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Dimanche 11 mai 2008

Les petits hôtels, et mes quelques lecteurs le savent, me donnent souvent l'occasion d'une migration poétique. Je passe devant, je m'arrête, je regarde les fenêtres, parfois l'une d'elle laisse deviner une silhouette ou une petite culotte qui transpire au vent, et là un vieux sac en plastique qui pendouille, quelques pigeons le chatouillent du bec. Ici, l'hôtel n'affiche même pas une étoile. Il se trouve en haut de la rue Monsieur le Prince. Qui est Stella ? Une américaine débarquée là dans les années 1950-60, issue de la génération perdue ?  C'est pas très cher. Pour 38 euros on peut dormir, écrire, s'isoler, s'extraire. Bien entendu, je donne là une adresse mais je continues mon chemin. Je ne vais pas m'y arrêter. C'est au cas où. Se dire qu'un hôtel minable vous attend quelque part. Que la posture de l'écrivain reclus, un peu maudit, puisse perdurer ici. Ou bien je m'imagine touriste, marcheur solitaire, arpentant l'Europe, un bouquin de Nicolas Bouvier dans les poches, et je finis là. Le Stella sent bon. Tous les soirs, le gardien de nuit change. Faudrait tester le lieu. Tenter une expérience d'écriture. Capter les fantômes. Devenir gardien de nuit. Stella est-elle encore vivante ? Connaît-elle Sophie Salle ? C'est une question lourde de conséquences.

par Di Folco publié dans : Quelques inédits communauté : L'écriture comme antidote !!!
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Samedi 3 mai 2008

Il faut l’imaginer se réveiller à 6 heures du matin et partir inspecter son terrain en pente. Au bout de la petite prairie verte, quelques monticules de terre noire indiquent leurs présences intempestives. Il faut le voir inspecter les pièges, de jolies pinces à escargot montées sur ressorts et terminées par de la ficelle. Il tire un peu dessus. Il en a une ! L’animal est aveugle, l’homme non. Ça s’appelle une taupe. C’est grand comme ma main. Le museau ressemble à une hure, un groin, et les dents sont celles d’un rongeur. La fourrure est douce, et couleur noir de jais. Les deux pattes antérieures sont surdimensionnées et palmées, sans doute pour ramener, pelleter, excaver la terre. Chacune porte cinq doigts encroutés de terre. Mais les pièges se déclenchent parfois seulement sur du vide, ne ramènent du trou que du granulé, de l’éboulis. Les choses ne vont pas assez vite pour l'homme, et les monticules indigènes se multiplient. Il va falloir agir plus fort. Trouver une solution plus radicale. Il imagine quelque pétard, qui, une fois allumé, poursuivrait la bête nyctalope et laboureuse en d’obscurs tréfonds. Il se dit qu’en tirant un coup de carabine bien ajusté dans l’un de ces opercules miniers, la détonation, l’odeur de la poudre, voir quelques plombs suffiraient sans doute à anéantir la talpique maraudeuse.

 


L'homme est un infatigable travailleur à défendre son territoire. Aujourd'hui, il s'étonne de cette présence tellurique sous son jardin à l'anglaise. Demain, il passera ses doigts dans son gazon coupé ras, carressera sa terre basse, bien allangui au soleil, quelque peu aveuglé, voire étourdi par le grand silence que la Nature soudain lui opposera.

par Di Folco publié dans : Quelques inédits communauté : L'écriture comme antidote !!!
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Lundi 14 avril 2008

 

(ou comment
          j’ai appris à aimer
                      Violaine de la Pigne)

 




Novembre 2006

« Quelle époque et pic ! »  qu’elle disait la voix-jingle dans le poste, du moins c’est ce que j’entravais. Tous les matins de jadis, et plusieurs fois par jour, ces mots martelés par une sorte de madone – bien née – des usages domestiques. « Quelle époque éthique ? ». Je me demande aujourd’hui, avec le recul si elle s’infligeait à elle-même ses ordonnances, tout ce qu’elle prétendait avoir testé, évalué, jugé, pesé et au finale, négocié en avantage nature, petits pots de vins « au naturel » et autres pots de bébé bio à la con. Les armoires de la Pigne ? Pleine ! à en crever et à n’en point douter ! La Pigne, elle me mit en garde « on air » un jour de printemps 2006 avec son nouveau trip : le tri des déchets. « Avez-vous vu la belle affichette dans votre cour d’immeuble ? Eh ! bien, vous ne pouvez plus l’ignorer ! Trions, trions ensemble ! Avec le sourire en plus, qui ne gâche rien ! Consommez mieux et bio, et jeter intelligent ! ». Elle articule en détachant bien les syllabes : « IN-TEL-LI-GENT ». Trainée par les cheveux, je veux ramener Violaine jusqu’à ma grotte et lui mettre le nez dans nos merdes : une cour de vingt mètre carré, et conséquemment, des conteneurs vert, marron jaune ou à couvercle blanc, ridicules, mesquins, toujours pleins et débordants d’organique et de recyclable mêlés : TOUJOURS PLEINS ! Aussi, j’en ai plein le dos des bonnes âmes médiatiques, des mamas matérialistes, des pondeuses biopolicées qui sermonnent les masses après avoir ingurgité une juste dose de saumon élevé aux antibiotiques (« ça tue les graisses ! »), et être allé pissé une sereine dose d’urine saturés d’oestrogènes –oui, oui, « je prend la pilule ! » – sous-entendu : moi ; La Pigne, je baise, je suis une femme (« une être humain donc suant, rotant, flatulant, chiant ») sans malaise et pas obèse, ça s’entend à ma voix, ronde, gazouillarde, enveloppante, incontestable, oui et toi, auditeur moyen tu es COUPABLE, mais je vais t’aider à te RACHETER !

 

Novembre 2007

J’ai tenu bon un an puis je me suis rendu aux orbes de la TSF. La Pigne, virago du poste émetteur parisien, à toi humblement me soumet, le corps ployé sous ton joug, Ô maîtresse, me voici balayette en palmier sarawi authentique et sac poubelle biodégradable en main, parlez, parlez, je suis à vos ordres...

 

Février 2008

Au début de l’année 2008, mon éducation achevée, je me pose et entreprend de passer à la deuxième phase : éduquer les voisins aux principes de la Pigne. Les cours radiophoniques de la Pigne, dispensés cinq fois par jour, j’en affiche les horaires dans l’entrée. Une main salope arrache le feuillet à plusieurs reprises. Je soupçonne immédiatement Rosamonde Perolin, la vieille du 7e, habiter au dernier étage ne l’arrange pas, elle rouspète sans cesse, et se défoule sur la poubelle jaune ; tous les matins, elle jappe, elle rengaine : « Non mais c’est pas vrai, regardez moi-çaaaaaaaaaaa ! » La première fois, je me dis qu’elle a découvert un fœtus mort dans notre cour cloaque, mais non, Rosamonde tente là d’y déposer en offrande ces onze bouteilles quotidiennes de Vittel vides NON COMPRESSÉES ! Ni une ni deux, je tente de la rattraper, j’habite au premier, c’est facile. Je lui montre : « Vous faites comme ça, vous voyez, d’un coup sec et puis vous refermez avec le petit couvercle rouge : et hop ! une bouteille compressée !  c’est mignon, non ?» Rosamonde arthritique, son rouge à lèvres dégoulinant, me regarde, effrayée. Elle ne pige rien. Elle recule. Elle ne voit pas la marche. Son corps déglingue et rigole dans la descente de cave. Bruit mat.

 

14 février

L’ambulance, le médecin, les flics, tous conclurent à un accident. J’aime la note interne du Syndic : « Rappel. Mesdames et Messieurs les habitants, vous êtes priés de ne pas laisser traîner de déchets organiques dans la cour et dans les escaliers de la cave. Danger de glissade et chute mortelle ! ». Ah ! aujourd’hui, on est privé de la Pigne sur les ondes nationales : virée, le jour des amoureux ! Mais une pasionaria comme elle se venge toujours…

 

26 février

Très bon bilan, beaux résultats ce mois-ci ! La poubelle jaune débordait depuis quelques matins mais c’est moi qui choisis cette fois de rouspéter. En silence. Et d’agir fissa. On prend goût à ces choses. Les cartons non pliés des derniers arrivants de l’année 2007, de ces quelques traders du back office sans doute ? Entassés devant leurs portes avec un mot rageur au marker rouge : « A la prochaine incartade, on vous les fait bouffer ! ». Ils ne sont pas restés longtemps. Deux semaines. Ils viennent de déménagé en grande banlieue. Hier, je trouve un ordinateur. Avec le nom de l’ex proprio dessus. Je l’ai dénoncée à la Voirie. Ils ont pris une prune. Un climat de terreur galopante règne depuis quelques heures dans la cage d’escalier. Sur chaque poubelle j’ai collé un grand poster réalisé en sérigraphie noire avec tête de mort et sigle radioactif : « Ici les déchets organiques ! Exemple : épluchures, marre de café, sachet de thé, serviettes hygiéniques, capotes (en rouge : « Les jeunes du 4e, cessez de les jeter par la fenêtre, on vous a vu ! ! »)… ». A côté : « Ici les déchets recyclables ! Bouteilles plastiques compressées (souligné deux fois), sac plastique vide, papiers, cartons pliés…

 

En grand dans l’entrée, chevillé au mur, ce soir je placarde : « INTERDIT DE JETER DANS LES POUBELLES DE LA COUR : ORDINATEUR – PILES – ELECTROMENAGER – ARMES A FEU

 

10 mars

Fin février, j’ai trouvé un luger dans la poubelle jaune, je n’en parle pas, sauf à Jo, bien entendu. Jo habite les Myriades, un quartier crade du nord de la ville, à 10 minutes d’ici. Il fait des descentes avec quelques disciples de la Pigne. Dans le genre violent : bâte de base ball, « body wrapping » (corps enroulé dans du polyvinyle et torsadé de bandes adhésives, le tout laissé sur place avec inscription à l’antirouille : « GROS PORC »), camion benne déversant du purin sur les paliers, lettres de menaces et de dénonciation, vidéo témoin diffusée sur notre chaîne locale. Deux mois plus tôt, La Pigne décrochait auprès du PAF un canal baptisé « BIO KOMMANDO » puis BIO-K, j’y pris le créneau de la nuit, rappelant nos troupes à l’ordre, diffusant en boucle les vidéos des contrevenants, bientôt de mèche avec les gardiens et les agents de surveillance qui me fournissaient en images. Les flics nous couvraient : grâce à nous, furent coffrés les trois bandes d’incendiaires qui emmerdaient la cité depuis cinq ans.

 

25 avril

Si nous ne manquons de volontaires, notre morale, elle, souffre encore de quelques paradoxes : une télé citoyenne ça pompe de l’énergie, et si l’on abandonne les tracteurs et voitures, nos trottinettes, skate, rollers et vélo, eux, ralentissent nos actions. Un petit malin de Sciences-Po qui avait pris le créneau du 12-14h sur BIO-K a donné la semaine dernière dans l’autoflagellation et la balance. Jean-Mathieu trouva tout drôle qu’on le laisse suspendu par les pieds recouverts de compost. Mais moins lorsqu’on l’y planta pendant deux jours. Sa tête ressemblait à une grosse boule de noël, ses clignotants au blanc, les oreillettes bleues comme chez Mickey. Ce fut ce mort là qui décida du schisme. La Pigne posa un ultimatum. Elle dit en gros, et ça n’a pas changé depuis, « de ne pas faire de quartier, d’être intolérant au quotidien avec les pollueurs du quotidien : IN-TO-LE-RANT !».

 

Mai

Je vis avec elle. Elle est plus grande que moi. C’est pas grave. Elle veut un mariage bio, des enfants bio, bouffer bio et dieu merci, baiser comme des bêtes.

Une grande éolienne fouette l’air au dessus de notre demeure, un vaste château qu’elle tient de ses ancêtres. Tous les matins, j’astique les panneaux solaires et je remplis de sciure l’énorme fosse sceptique. Sous les lambris, on héberge BIO-K, et une dizaine de bureaux équipés en ordinateurs recyclables. Quelque part, y’a un truc qui m’échappe. Dans la chaîne. Je ne sais pas si j’oserai lui en parler. Violaine si pleine d’amour peut parfois disjoncter. Vivement l’été. Les vacances équitables. Putain, pourvu qu’on prenne pas un catamaran pour rejoindre Formantera, je vais tout gerber moi…

 

Ce texte a failli paraître dans feu la revue Carbone

puis dans le magazine DeDiCate (trop tard, bouclé !).

par Di Folco publié dans : Quelques inédits communauté : L'écriture comme antidote !!!
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Dimanche 23 mars 2008

DEPUIS UN BON mois, que mon "U" tringla dans le caniveau, je roule vélo libre, sans attache, le posant ici et là, sans surveillance. Je m'en fiche. Il est vieux. Pourri. Personne n'en voudrait de toutes façons. Pourtant, ce soir, à la terrasse du Bracchi, je garde un oeil suspicieux sur mon vétété rouillé. Sa verdeur pistache se voit de loin. Pas si mal la draisienne. A vingt mètres de là, une grande tige germanopratine se déhanche, le reluque, mais oui, elle le tâte, et se l'approprie, ça fait pas un pli. Je me lève, l'apostrophe : "eh, ducon, c'est mon mien, tu touches pas : comprendo ?!" Je me suis réveillé deux heures plus tard. Sonné. Avec dans l'estomac un poids, ou plutôt un floc, un flot, une triple fiole de liqueur forte. La garçon du Bracchi me montrait du doigt. J'étais avachi, comme posé en rond, dans un coin de la salle. La fliquette discutaillait avec l'Auvergnat, s'enfilant une rondelle de jésus. Elle avance vers moi, me pointe la trogne de son stylo "et alors, ça va mieux, kékispasse jeun'heume?". Dans la glace du fond, ma face était couperosée. "Vous aviez bu pour vous emporter comme ça ?" poursuit l'agente féminine, son bout de langue labourant sa dentition à la recherche du porc perdu. "Longtemps, je me suis couché sur le carreau : non-violent, tel est mon credo..." que j'articule. "A la bonne heure : il parle ! Va falloir nous expliquez..." Alors, nous entreprîmes elle et moi un dialogue. Au bout duquel, il ressortait que, primo, je n'avais aucun moyen de prouver que ce vélocipède m'appartenait ; deuxio, je n'avais donc pas à réprimander le civil ni le molester ; tertio et pour en finir "je vous inflige une amende pour tapage et ivresse sur voie publique".

"Mais on est dans un café..."
- Vous savez bien qu'on vous y a mené...
- Qu'on m'y a emmené... Qui donc ?
- Bein le garçon de café, là...
- Il me connaît bien... je suis un calme, un gentil...
- Cépasaquidi...
- Quoi, pas ça ? Qu'est ce qui s'est passé nom de...
- Il vous a jamais vu..."

J'ouvris bien grandes mes esgourdes. Alentour, le Bracchi s'était métamorphosé en Café Tomaso. Envolé le Brachi. Envolé le vélo. Envolé aussi les biffetons. Il me fallut payer rubis sur l'ongle. Je suis rentré à pince, faucher comme les blés, dans la froidure du petit matin. Bien entendu, chemin faisant, je me suis demandé si cette femme perceptrice n'était pas déguisée en fausse verbaliseuse rien que pour m'extorquer d'hypothétiques fonds. Après l'arnaque au vétété, dont le titre de propriété restait également hypothétiquement coincé entre vingt tonnes de factures, après une série de spoliation, de vol d'identité, de dérive éthylique et de poltronnerie minauderie, j'en vins à douter de la réalité, la clef de ma porte dans la main droite (ou gauche ?). Cette nuit n'avait pas été blanche et noire. Elle n'avait pas été un rêve. C'est ça le drame. Saoul comme une bourrique, je m'attendais à retrouver mon vélo au réveil, dans sa belle robe verdâtre, perdu au fond de la cour... Papate que j'étais : quelle cour ? Pendant ce sommeil stupéfiant, la mise en scène montée et la messe dite, permirent simplement l'escamotage d'une partie de mes attributs. Car ce n'était pas fini : en ouvrant la porte (curieux, le couloir semble moins large), une toute petite vieille me tance, crie et vitupère : "T'as donk pas fini de trainailler, fils de pochard, t'es même pas fichu de t'habiller pour sortir !" En vérité, la vieille, l'avait raison : mon seul caleçon, un modèle Redoute 1987, noisette et bruni aux élastiques, pendouillait sur mes guibolles.

par Di Folco publié dans : Quelques inédits communauté : L'écriture comme antidote !!!
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Mercredi 10 octobre 2007
comme je masquais les rides
avec du mir couleur
je n'ai point vu tes yeux noirs
que des indiens
ciblaient pour mon malheur
entre nous soit dit
un ange passe
comme je masquais mon dard
l'ongle de ta main
falôte marmotte
feulante goupille
efface mes mails
entre nous soit dit
le mélange faste
dysharmonieux
contrastes
noir mirlitone
michetoneuse
sans col
neu-
tre sanglotte

sur ta main
ce matin
j'ai soif
de toi


Un couteau dans le dos au mur



par Di Folco publié dans : Quelques inédits
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