Une première sélection de livrespubliés en
Francefaisant l'effort d'être résolument plus graphiques, de
repenser notre confort lecture fut présentée ici. Nous remercions les visiteurs pour leur enthousiasme. Nous poursuivons, avec
les défauts que l'on sait, l'analyse de livres découverts en librairie ou reçus par quelques éditeurs. Si vous repérez certaines imprécisions (l'éditeur / l'atelier garde parfois ses secrets de
fabrication, ou nous-mêmes sommes incapables de les identifier), vous pouvez ici-même nous les communiquer. A bientôt.
Conception graphique : 2 Visu Design - Loïc Vincent
(visuel ici de basse qualité, non significatif)
Taille : 140 x 215
Traitement couv : pelliculage semi-mat
Intérieur Mise en page / Typo : Nord Compo
Main et interlignage : correct, justifié à 10,4
Police texte : Berkeley
Papier : blanc cassé, sans transparence
Reliure : moyennement souple
Editeur : La Manufacture de livres - Imprimeur : CPI Firlmin Didot (avril 2009)
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Conception graphique : Patrick Lébédeff
Taille : 117 x 170 avec rainures (1) et rabats couleurs (2)
Traitement : carte, sans ajout
Intérieur Mise en page / Typo : blancs tournants TTB
Titres courants centrés, bel équilibre
Très bonne préhension, justifié à 8,2
Composition : police Caslon
Papier : ivoiré, bonne main, transparence TB
Reliure : bonne qualité, ouverture aisée
Editeur : Le Bruit du temps - Imprimeur : Chirat (mars 2009)
Après We Love Books, nostalgie
oblige, on espère avoir ce regard accroché, plus aiguisé, en librairie française. On chope ici et là quelques couvertures du coin de l'oeil, on saisit l'objet, on le retourne, le soupèse,
l'ouvre, l'hûme pour finalement se décider à l'acquérir. On proposera ici quelques exemples graphiques remarquables (d'autres, plus tard). On aura compris que l'amoureux des livres, très
ignorant, n'est pas photographe : pour sa défense, disons que ces livres sont en situations (ombres, accroche de la lumière, pliures, empreintes digitales, spots et autres présences). L'aura du
livre c'est aussi cette humanité.
Graphisme : VPC
Images : C Squared Studios / GettyImages
Taille : 138 x 214
Traitement : pelliculage mat (ne marque pas)
4e de couv. : classique
Intérieur Mise en page / Typo : blancs tournants confortables,
corps lisible et aéré, justifié à 10 (correct)
Composition : Atlant'Communication
Papier : couleur ivoirée, bonne main, transparence correcte
Reliure : assez souple
Editeur : Anne-Marie Métailié - Imprimeur : Corlet (mars 2009)
Graphisme : Cheeri
Photogravure : MPC
Taille : 135 x 214 avec rabats
Traitement : pelliculage semi-mat
4e de couv. : drapeau fer à gauche, blocs couleurs
Intérieur Mise en page / Typo : blancs tournants TTB
Très bonne main, justifié à 8,5 (un luxe !)
Composition : Palimpseste en police Granjon
Papier : blanc, un peu léger
Reliure : semi-rigide
Editeur : Fayard - Imprimeur : Floch (mars 2009)
Graphisme : Antoine Fortin
Images : Antoine Fortin
Taille : 133 x 180
Traitement : pelliculage mat, marque cireuse
4e de couv. : bloc en défonce dans image de la 1ère
Intérieur Mise en page / Typo : Yolande Martel
Belle arération, blancs spacieux, justifié à 9,2
Papier : FSC recyclé, un peu grisâtre, bonne transparence
Editeur : Héliotrope (Montréal) - Imprimeur Gauvin (sept. 2008)
1
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Graphisme, jacquette : Julien Levy (image 1 et 2)
Taille : 121 x 178
Traitement : pelliculage brillant
4e de couv. : classique, bichromie
Intérieur Mise en page / Typo : blancs tournants TTB
Très bonne main, justifié à 8,3
Papier : ivoire, un peu transparent
Reliure : hardcover, ouverture très facile
Editeur : Le Passage - Imprimeur : France Quercy (octobre 2008)
Graphisme : Yann Legendre
Taille : 139 x 189
Traitement : pelliculage sélectif brillant / mat
Intérieur Mise en page / Typo : blancs tournants très confortable
Très bonne main, interlignage TB, justifié à 8,5
Composition : police Tribute
Papier : blanc, épais, sans transparence
Reliure : confortable, casse un peu au dos
Editeur : Inculte - Imprimeur : Darantière (février 2009)
Graphisme : Christian Kirk-Jensen / Danish Pastry Design
Photo de couv. : Guillaume Zuili, Go West / Agence VU
Taille : 140 x 180
Traitement : pelliculage semi-mat, marque un peu
Intérieur Mise en page / Typo : blanc de fond TB
Main et interlignage : bon, sans plus, justifié à 10,5
Police texte un peu fine
Papier : blanc cassé, sans transparence
Reliure : très confortable, ne casse pas, dos un peu gros
Editeur : 13e Note Editions - Imprimeur : Floch (mars 2009)
A bientôt pour un prochain accrochage... et allez en librairie retrouver ces livres !
Sacré plus grand nageur olympique aux Jeux de Beijing, Michael Phelps se voit accorder seulement dix lignes dans
Le Monde (10/02/09) : tout ça pour annoncer que son principal sponsor, l'entreprise Kellogg's, lui retire son soutien suite à une rumeur comme quoi
Michael aurait fumé de la marijuana. Très obéissant, Michael s'est ensuite excusé publiquement : "Je ne le ferai plus, je le promets, pardon !" Insensible, le n°1 des céréales matutinales (et
déconstipante) maintint la suspension de contrat.
On appelle ça de la morale totalitaire. Qui nous gouverne ? Des entreprises Food & Business, genre Nestlé, Kraft et autre General Dirty Protein Soylent Green "in your plate". Bein oui, c'est
simple.
Qu'on laisse donc fumer les champions en paix : on raconte qu'aux temps des dieux païens, les murs des ville étaient brisés pour qu'on leur livre le passage dès leur retour d'Olympie, le front
cerné d'une couronne d'or. Tu me diras, la ploutocratie et les négoces existaient déjà...
Phobie des dopants oblige, Michael n'aura pas eu droit à son 1/4 d'heure herbacé, "out of the time". A quand les bilans sanguins publiés en ligne en mode ouvert ? Mais aussi, à quand de véritables
enquêtes sur la nature exacte des substances qu'on nous propose à la consommation ? Où se trouvent donc les bonnes fibres de qualité "hype" ? Ras le bol des trucs frelatés avec du choco
chips...
Beaucoup de gens me disent que je suis sinistre, avec mes vidéos d'économistes matérialistes et tout et tout,
alors moi je vous montre juste la vidéo qui me fait pisser de rires à chaque fois, c'est comme ça. Surtout qu'en 2009, on va en entendre des remontades. Autant prendre tout son credit de rires
maintenant. Eh, oublions pas que les Deschiens sur Canal c'était jamais méchant, et qu'il nous manque aujourd'hui, oui monsieur, de ces jeux de scène où l'on moquaient nos petites manies
hexagonales. Oh, mais regardez-les...
LA DEVOLUTION est la récupération de toute forme de révolte collective. La dévolution – la transformation d’un
contre-pouvoir en objets de consommation courante – ni diabolique, ni magique, commence par nous et se termine par nous. D’un autre côté, la révolution ne peut venir d’un individu quelconque.
D’un « je » désirant devenir « Lui ». Démo suit…
Robert A. Hawkins (ci-contre), 19 ans, a tué 9 personnes et lui-même le 5 décembre 2007 dans le centre commercial Von Maur
d’Omaha, Nebraska, États-Unis. Ce centre (mall) construit en briques rouges (comme le sont la plupart des malls, dont ceux de la chaîne WalMart, 1ère entreprise mondiale)
portent deux grandes inscriptions sur ses flans : « Your Mall » (votre centre ? un mensonge, assurément) et aussi un énorme « Dick’s » (bien…). La
question n’est pas de savoir si les centres commerciaux présentent après ça un indice optimum de sécurité pour les usagers puisqu’un tel acte « tirer dans la foule sans raison »
constitue semble-t-il l'une des seules façons de perturber « l’ordre des choses » (de même, le pillage collectif ou l'absence totale de clients, cf. plus loin) et l’un des rares
événement dont aucun système de contrôle de centre commercial ne peut se prémunir totalement (comme le tremblement de terre, une hyperglaciation accélérée, la chute d’un réacteur d’avion sur la
toiture, etc.). La question serait plutôt : après les caméras de vidéosurveillance, les antivols, les vigiles armés, les portails d’accès équipés de détecteurs de métaux, existent-ils
d’autres méthodes pour empêcher un inconnu de briser « la quiétude d’une communauté » (fr. ABC, chaîne nationale, le lendemain) sinon d’interdire tout simplement aux humains
d’y pénétrer ? En effet, le 6 décembre, « le jour d’après », le centre commercial Von Maur a été fermé : le silence, le vide y a régné pendant 24 heures. Le manque à gagner en
terme de chiffre d’affaire a été ce jour-là supérieur à l’ensemble des primes d’assurance-vie qui devront être versées aux familles des 9 victimes. Preuve qu’aujourd’hui, sur un territoire donné,
certaines vies humaines, si elles trépassent, ne valent pas mieux que tous les objets fabriqués et destinés à être vendu en une journée sur ce même territoire : je répète-souligne, plus
vite, certaines vies humaines aujourd’hui ne valent pas mieux que tous les objets fabriqués et destinés à être vendu en une journée. La
famille génétique de Robert Hawkins reste introuvable. Le fusil AK-47 utilisé par Robert provenait de sa famille d’accueil. Une semaine avant la tuerie, Robert avait été licencié d’un McDonald,
la société qui produit un milliard de petit pain fourré à la viande hachée par jour, soit 1 milliard d’euros minimum si l’on compte 1 euros par petit pain. Je rappelle qu’en aucun cas un employé
de McDo ne peut espérer vivre avec sa paye de façon décente et conséquemment espérer convoler de façon durable avec un autre membre de l’espèce humaine (de plus, l’odeur de la friture, le
« graillon » imprègne la peau et constitue un puissant répulsif). Sa copine venait donc de le quitter. « How safe are US’mall ? How safe are U ?
How safe are you small ?” Ce petit homme était grand de par sa taille et portait des lunettes de vue (hawk signifie aigle – en omaha : « celui qui voit loin »), il a
quand même tué 9 personnes, il ne visait pas, il a tiré dans le tas humain. D’après un condisciple de lycée, il parlait peu ou, pour ainsi dire, « jamais ». Dans la lettre qu’on a
retrouvé de lui on peut lire : « Maintenant je vais être célèbre ». Ce jour-là, la chaîne ABC a connu un record d’audience, une marque de lingette nettoyante et réutilisable a payé
une fortune pour être l’annonceur du reportage consacré à la tuerie d’Omaha.
Que ce soit du gaz sarin, une arme à feu, un avion de ligne détournée, de l’anthrax ou une souche de virus de type
Ebola, rien n’y fait : les êtres humains retournent toujours dans « leur » centre pour bien se faire mettre par Dick’s et les autres.
Rien ne peut empêcher les humains de croire en cette religion qui possède ses temples, ces gardiens, son œil de
dieu, ses fausses offrandes, ses ex-voto, ses vestales : le centre commercial.
En dématérialisant le centre commercial, en généralisant la vente en ligne, ne déplace-t-on pas le
problème ?
En accumulant toutes les marchandises possibles dans une série de zone de stockage périphérique et robotisée de
surcroît, supprimerait-on toute velléité de tuerie de la part d’un ado moche et épris de célébrité solanasienne ?
Bien sûr, rationaliser la demande s’imposerait : ne proposer pour ainsi dire à ceux qui possèdent une maison,
un ordinateur et un modem, de ne commander qu’une série limité de choses.
La démocratie productive s’inscrit nécessairement dans un devenir totalitaire : le contrôle des affects, du
désir, des compulsions, voilà bien une forme de révolution, la seule qui fonctionne à vrai dire.
Mais les livraisons ! les livraisons ! Elles devront, à la longue, se faire mécaniquement et non de la
main à la main. Car là encore, qu’est-ce qui empêche la personne qui livre les marchandises de contaminer celle-ci, de tirer sur les acheteurs et réciproquement pour ces derniers qui deviendront
des achetueurs, puis des acheveurs, puisque la boucle étant bouclée, la peur installée, la paranoïa généralisée, le commerce annihilé. Tout est suspect parce que tout objet avant
d’être objet est percept.
L’achèvement de cette logique encryptée dans les lieux même du mall Von Maur participe du théorème de Von Brown,
l’inventeur des V1 et V2, on le trouve détaillé dans Gravity’s Rainbow de Thomas V. Pynchon (1973) : « If you don’t want to be a dickhead, never use your
gun. »
Ainsi la révolution ne viendra pas plus du ciel, que d’un objet volant à haute ou basse latitude, à grande ou
petite vitesse. D’une balle, d’un missile tomahawk, d’une spore, d’un mail ou d’un mall aussi dématérialisé soit-il.
Elle viendra nécessairement du don de la tendresse, Bob, j’espère que c’est clair ? Tu aurais du te faire
aimer de tes géniteurs, de ta copine, de tes condisciples, de ton manager, de tes nuggets et de toi-même. Tu aurais du t’accepter laid, puant,
perdant. Ta coupe de cheveux était nulle ! Tes lunettes, j'en parle même pas ! Tu aurais du faire montre de courage physique plutôt que d’utiliser une arme à feu de cow boy. Maintenant c’est trop
tard, dans quelques mois, tout le monde t’aura oublié. Ton geste était ridicule. Il te suffisait de cesser de regarder la télévision, l’Internet et lâcher ton joystick. De partir courir le matin
dans les champs pour percevoir que ton corps peut accomplir mille ruses et prouesses. De faire des sacrifices. De te retenir encore un peu. D’attendre le bon jour. D’accumuler des savoirs sur
tous les aspects du monde. Le prendre d’assaut. L’arraisonner. Au lieu de ça tu t’es emporté, embarqué dans un très mauvais film : Bobby, la prochaine fois (dans une autre vie), il est
préférable que tu prennes ton temps, en effet, dans quelques années (un demi siècle, ça va très vite tu vois), chacun d’entre nous disposera enfin de l’arme nucléaire.