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Mardi 26 juin 2007

Avec le bon petit cinéma français, on caricature rarement, de façon efficace s’entend, notre « propre » patronat et le système managérial qui en découle, produit du complexe X-HEC-ENA, forcément parfait. Même si c’est un remake, le film Fun With Dick & Jane (2006) produit par Jim Carrey, fonce dans le tas et fait mouche. La cible : l’argent facile au début des années 2000, les faillites de grands comptes et le sort désastreux réservé aux employés. A sa sortie sur notre sol, je veux dire le pays des Le Plope-Prigent, Messier et Fourtoudanslapocket, seuls les Cahiers du cinéma saluèrent ce petit chef d’œuvre d’insolence et de justesse, montrant un couple de cadres drogué de travail qui s’extasie à l’idée de faire l’amour « samedi prochain ». Enorme société de fonds de pensions californienne dirigée par Jack McCallister, héritier vulgaire et grotesque, Globodyne a trafiqué les comptes, passant les pertes en profits. Après une fuite, elle dépose son bilan en 24 heures (chrono), Jack, lui, s'envole en hélico vers sa villa de Malibu. Viré comme 6000 autres employés, Dick Harper (Carrey, toujours aussi fou mais pour une fois dans les limites du réalisme) et son épouse Jane (Téa Leoni) se retrouvent en trois mois au bord de la faillite. Jack avait tout placé en actions Globodyne qui ne valent plus un cent. Seuls les murs de leur maison sont encore là mais une lettre annonce que la banque s’apprête à les saisir. Jane et Dick tentent de sauver les apparences et puis s’en fichent. Mais bientôt ils en viennent à commettre des délits : les scènes, très burlesques, sont à mourir de rire – on retiendra un défilé de postiches comme ce mémorable Sonny (Carrey) & Cher (Leoni). Produit par la Paramount, ce film ne prend aucune pincette avec les crimes en principe invisibles commis par la haute finance, le consumérisme outrancier et l’absence de morale inhérente à l’argent : si on est bien en Californie du Sud, ça ressemble à de par chez nous. Étonnement, ça fonctionne. Même si on termine avec un « overall donation funds grand tour », la dernière image nous montre une famille heureuse roulant dans sa vieille Panda sur Sunset croisant un ex-employé Globodyne au volant d’une Bentley. Il a retrouvé un job : chez Enron. Au générique de fin, sont remerciés les défuntes Arthur Andersen, Enron, Adelphia, HealthSouth, WorldCom et tous leurs ex-dirigeants. On se demande bien ce que deviennent leurs ex-centaines de milliers d’employé(e). A la rentrée, sortira sur nos écrans La Question humaine (Nicolas Klotz, d'après le bouleversant récit de François Emmanuel), un scénario très sombre, sans aucun doute moins drôle (on ne rie pas de ces choses-là mister Sellières) mais assez inédit : il est utile de notifier qu’il abordera le problème de la gestion des matériaux humains – sans complaisance aucune.

 

Fun With Dick & Jane (2006) de Dean Parisot

Produit par Jim Carrey

Avec Jim Carrey (Dick Harper), Téa Leoni (Jane)

par Di Folco publié dans : Baffes qui se perdent
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