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Mercredi 25 avril 2007

Le film Très bien, merci d'Emmanuelle Cuau (2007) m'a bien remué.

Je me suis souvenu de la brillante analyse du sentiment d'imposture opérée par Belinda Cannone dans son essai paru en 2005 (id., Calmann-Lévy).

Ce sentiment qui peut surgir inopinément en chacune et chacun, n'a toujours pas de nom.

On ne sait pas bien si les Anciens l'avaient identifié.


Gilbert Melki est comptable et son patron lui demande de lui trouver
chez quelques salariés des éléments de faute dans le but de pouvoir les licencier, qu’ils soient bon ou mauvais importe peu, « la boîte enregistre des pertes, il faut dégraisser… ».

Les psychologues parlent de "burning-out" quand un individu connaît en lui une montée de l'épuisement, une incapacité à agir, une perte des repères, un àquoibonisme irréductible... mais Gilbert Melki dans le film de Cuau ne peut pas seulement être réduit à ça.

Un soir, après avoir rangé son bureau plutôt deux fois qu’une, il est témoin d’un contrôle de police : un jeune couple doit justifier de son identité et Melki est là, il observe, et nous avec, nous observons et l’on se dit : pourquoi la police fait-elle peur ? Où est passée la police de proximité ?  


Mais ce n'est pas simplement ça non plus, car là on entre dans le cliché de la campagne, a posteriori, et le film vaut bien plus qu'un épisode de la vie publique française.


Les Romains parlaient aussi de l'acédie : "Dépression se manifestant par un dégoût de vivre, une indifférence affective, de l'inhibition, et même de la torpeur."


J’aime bien la fin du film qui mise sur l’amitié.


Dans la vie réelle [ici plutôt écrire : "Dans la vie à côté des fictions..."], où nous agissons parfois en nous inspirant des représentations, des mythes, des actes des autres, on a souvent besoin de l’amitié, d’une aide, d’être deux plutôt que seul, de se sentir entouré, choyé, reconnu, de vivre non pas pour soi mais aussi pour sentir qu'on est avec les autres (cette illusion permet de garder le "goût de faire semblant de vivre").


Au cours du film, j’ai aussi pensé à cette nouvelle de Philip K. Dick citée par Ariel Kyrou dans son dernier essai, Paranofictions (Climats), une nouvelle qui m’avait littéralement traumatisé, simplement intitulée Là où il y a de l’hygiène (The Chromium Experience, 1955, Folio SF n°164).


Dans cette nouvelle, Don Walsh habite la banlieue, utilise les moyens de transports, met des pièces dans des distributeurs, lit des journaux. Sur l’un d’eux, une manchette : « L’amendement Horney provoque une émeute ».


Don Walsh se rend compte qu’il ne supporte plus cette société qui se résume au contrôle de l’haleine, au blanchiment des dents et à l’ablation des glandes sudoripares : « L’indécision n’est pas nécessairement un état d’esprit négatif. Ne pas gober les slogans, les partis organisés, les croyances et le sacrifice, ce peut être en soi une croyance digne du sacrifice de soi. Je pensais être sans credo… mais je me rends compte à présent que j’ai de très fortes convictions », dit Don. Et ce credo [rappelle Kyrou, auquel je pensai en regardant Melki fumer dans le métro puis prévenir Salinger quelques semaines plus tard du DANGER qu’il y a à fumer dans le métro ], va causer sa perte. Walsh déchire son certificat qui justifiait de son « comportement névrotique ». Il refuse de céder à la police de l’Hygiénisme et termine dans un fourgon dont le dispositif de recyclage se met en marche dès ses portes fermées, incinérant son corps pour le décomposer en minéraux simples.


Pendant ce temps là, où étaient les amis, les proches de Don ?

Depuis mes treize ans, je me répète cette phrase : "Tu es le gardien de l'ombre de ton frère..."

Pierre Vassiliu chantait en 1974 : "Voyant que sur cette Terre tout n'était que vice, et que pour faire des affaires je manquais de malice, je montais dans mon engin interplanétaire et je ne remis jamais les pieds sur la Terre..." (Qui c'est celui-là, sur un air de Sergio Mendez).

P.S. : Le Monde de mercredi 25 avril signale sous la plume de Rauger la sortie d'un film tiré d'un texte de Dick, Next de Lee Tamahori, avec le trop rare Nicolas Cage. On en reparlera ici.

par Di Folco publié dans : Troubles in Mind
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Commentaires

vous n'avez rien compris à l'acédie  les romains n'en ont jamais parlé et pour cause c'est une maladie spécifiquement chrétienne


je travaille dessus depuis 1O ans et je publie bientôt


 


 

commentaire n° : 1 posté par : lucrÚce lucianil le: 05/05/2007 22:27:28
C'est sûr. En quelques lignes on peut difficilement montrer que l'on sait. Tel n'est pas le but de cet article. Vos dix ans ne prouvent rien non plus. Quant à la dite chrétienté, elle se saurait inventer un affect qui semble bien humain avant que d'être le produit d'une (sous)culture.
commentaire n° : 2 posté par : di folkkken le: 07/05/2007 13:13:32
C'est pénible en fin de compte ces gens qui ne laissent pas de contact mais juste leurs mots définitifs. Impossible de retrouver la trace de cette Lucrèce qui semble être une conne de psy obsédée par l"assez-dit".  T'inquiète, Ô hypolacanienne, je te laisse tes territoires lexicaux, mais viens pas me faire chier sans laisser d'adresse : un peu de courage, que diable ! Et puis révise Augustin...
commentaire n° : 3 posté par : di folkkken le: 07/05/2007 13:26:20

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