La grande crainte que j'ai c'est qu'au soir du 1er tour on se retrouve avec Sarkozy et Le Pen.
Que le taux de participation soit très élevé.
Qu'on ait donc à réinventer plus tard l'opposition, d'où qu'elle vienne.
J'ai sous les yeux le "leaflet" de Ségolène Royal qui commence par un bandeau rouge au blanc : Familles, éducation, emploi, écologie.
Dans le film 300, la reine de Sparte plonge la lame d'une épée dans le ventre d'un conseiller corrompu.
Est-ce qu'on aura droit à de nouveaux visages au sein du prochain gouvernement ?
Page 4 du dit Royal leaflet, on trouve cet encadré (toujours rouge au blanc)
titré : Les 7 piliers du pacte présidentiel...
Charles Martel arrêta en 732 les Sarrasins avec à leurs têtes Abd-al Rahman, au sud de Poitiers.
Etonnant Royal leaflet où toutes les photos de membres du PS "venus témoigner leur fidélité" ont un faciès et des noms bien de chez nous.
"L'ordre juste" ; "Agir pour une France plus forte" ; "Agir juste"... L'un des grands épigones des lois de Lycurge fut en son temps Marat, qu'une femme assassina.
Sparte était une cité raciste, xénophobe, terriblement matchiste. Les populations sous sa domination n'étaient que du matériau humain, on en disposait selon son bon plaisir, on organisait des chasses à l'homme avec le premier ilote croisé dans la campagne lacadémonienne, c'est ce que les Anciens racontent.
Je ne sais pas ce qu'est un ordre juste, je me fiche d'une France plus forte, et ce que j'attends d'une présidente potentielle c'est justement qu'elle agisse, oui, voilà la moindre des choses, en effet, et la justesse, le juste, le vrai, n'ont rien à voir avec le politique : est-on naïf d'avaler de telles couleuvres ?
Pas un mot sur l'Europe mais toujours ce titillement des concepts puants tels que la Nation, la cocarde, nos terres, nos patois, nos campagnes.
On ratisse large et une fois au pouvoir, la sclérose, les compromis, l'argent des partis, les privilèges, l'attentisme, la démagogie, le népotisme...
Accordera-t-on à Ségolène Royal le temps nécessaire de tuer nos démons ?
C'est une campagne étrange, donc, plus démagogique encore que de coutume, plus fausse, plus figée. Jamais nous ne votons "pour" (sauf à être un militant ontologiquement convaincu de la validité de sa pensée) : nous votons toujours, peu ou prou, contre quelque chose d'autre, qui nous effraie ou nous déplaît davantage. La présidentielle française, dans son fonctionnement et ses principes mêmes, nous accule à réduire notre vote à une bipolarité foncièrement stupide, à un choix forcément binaire, à une réduction du champ de nos capacités de réflexion et de vision. C'est ainsi, mais j'aimerais bien que cela change un jour, qu'on cesse de nous sortir ce spectacle tous les cinq ans. Ce qui signifie, sans doute, le passage à un scrutin indirect ; je suis de gauche, mais je ne suis pas défavorable à cette idée.
Moyennant quoi, figure-toi que je m'apprête à voter pour un "troisième homme", chose que je n'avais encore jamais faite. J'ai l'impression que celui-ci (pas la peine que je le nomme), à la fois par stratégie et par tempérament, résiste mieux que les autres à l'hystérie et à la schizophrénie dont est victime notre pays depuis quelques années. Retour à quelques fondamentaux, donc : démocratie apaisée, principe de négociation, relance de l'Europe (dont nous sommes les co-fondateurs et dont nous sommes singulièrement absents aujourd'hui), contestation, enfin, d'un ordre excessivement bipolaire. Du rocardisme pur sucre, donc...
Tout ça en très gros, et en résumé. Rendez-vous dimanche !
Marc