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Jeudi 1 février 2007
Une bien belle brochette


Qu’il est bon parfois d’être hors saison, hors mode, et disons-le, hors du temps. Ainsi raisonne Vieux garçon, le nouveau roman de Bernard Chapuis (Stock) où nous suivons le périple estival d’un jeune-homme de dix-sept ans qui, se découvrant un peu trop sage, ni tout à fait capable d’échapper à son milieu, ni complètement prêt à se laisser glisser dans la « vie facile », se voit propulser aux sources de ses origines comme dans un Simenon. Adrien Flahault face à son destin ? On en redemande…

D’abord les nuits d’août à Paris ne sentent pas toujours l’ennui entre célibataires, fussent-il lycéens. Adrien, oreilles décollées, grand nez, grosses loupes et un tantinet claudiquant, que ses amis (Furtif le Loquace, Agnès, Adham) surnomme « Paulo Newman » (un atonyme ?), garde l’espoir d’une conquête. La bande des quatre en exil investit l’appartement de la mère, où s’improvisera une série de petites parties fines : on est pas sérieux à cet âge-là, mais aussi, faut comprendre, il a de qui tenir l'Adrien. Le père, un certain Denis, amateur de grands vins (tout le roman en déborde, l’auteur s’y connaît !), trop transparent pour être sain(t), a jadis mystérieusement quitté le nid sans laisser d’adresse. Un soir, Agnès, éconduite pas le trop studieux Adham, imagine une petite vengeance : mettre ce dernier dans les bras de Tong Tong la jolie Chinoise, de passage à Paris. Re-appartement : tout colle ! Ah, qu’il est bon d’avoir des racines provinciales et de bénéficier d’un joli pied-à-terre, hauts plafonds, large canapé, cuisine aux placards débordants de pâtes… Seulement voilà, au réveil, passé midi, la Chinoise a joué le papillon… le tableau de la chambre des parents repose sur l’épais tapis… un coffre est là, ouvert, sur du vide. Consternation, questions, enquête… On part se mettre au vert dans le Sud-Ouest. Mais on ne dira pas la fin ! Elégance et précision, ô combien, dialogues ciselés et cocasses, rebondissements, idées savoureuses, le quatrième roman de Bernard Chapuis (Prix Nimier 2005) en est rempli. A propos d’idées, en voici une bien bonne balancée par Adrien : transformer le bar du TGV en double wagon-bar (un « double bee »), avec salons spacieux fumeurs et alcools « qui fusent » ! On a le droit de rêver, de se transporter ici et ailleurs : l'imaginaire foisonnant, le regard malicieux et gourmand de cet écrivain trop rare métamorphose ainsi le nôtre et ça fait beaucoup de bien.

Bernard Chapuis, Vieux Garçon, roman, 260 p., Stock


(c) TGV Mag.


Les Chapuis sont-ils en voie de disparition ?

Le Bernard vit près du Palais-Royal où il aime à se balader, non sans avoir saluer les vendeuses de chez Chanel, rue Cambon. C'est dans ce quartier qu'il se fait photographier en angora ou pashmina, torpillards aux pieds, chemise sur mesure et jeans vintage. On ne plaisante pas avec le style, après avoir été quinze ans à la tête de Vogue Hommes. Chapuis appartient à une secte mystérieuse, les "Kangourous", où l'on croise des peintres, des cinéastes, et autres écrivains, tous honnêtes hommes, saints buveurs et bons coups de fourchette. Jean-Dominique Bauby, auteur du Scaphandre et le papillon, décédé en 1997, ancien rédac'chef de Elle, en était. Le Bernard possède un sens aigu de l'Amitié et en plus il écrit bien mieux que moi. Salaud ! Je t'aime.


Par Sénéchal - Publié dans : De mes lectures - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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