Voilà bien un document video embarrassant :
- un reportage sur le gavage des canards qui appelle à l'abolition du gavage
- donc à la disparition du foie gras
- ça montre des scènes d'épouvante : comment sont broyés les canetons femelles, les conditions de vie pendant les 14 jours de gavage, et surtout la saignée des canards gavés encore vivants ! Hanibal, mon meilleur lecteur, doit apprécier...
Le documentaire, un peu long, se conclue entre autres par cette affirmation : "Le canard est un animal sensible".
Bilan :
- je n'ai plus envie de manger de foie gras pour les prochaines fêtes
- je ne suis pas naïf : pas de viande sans élevage en batterie
- mais je reste partagé : si on cherche à réformer l'élevage en France, à le "moraliser", autant tous devenir VEGETALIENS (végétaux uniquement, mais "les plantes sont-elles sensibles ?"), ce qui est possible voire souhaitable (vache folle, clonage, bactérioses, etc.)
- si on arrête ça en Europe (Rec. UE de 1998), la Chine ou d'autres s'en chargeront (et on fermera les yeux, en déglutissant) à très bas prix en plus
- impossible de ne pas penser à soi-même, en vue et place du canard...
Le film (attention, images très violentes, c'est pas de la fiction) :
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Video envoyée par
Michel Monteaux.
Eu égard à cette vidéo. Ce n'est pas un reportage, mais, et je le dis sans connotation, un film de propagande, ou au moins un film militant. Ce n'est absolument une critique, juste une indication. On ne développe ici qu'un point de vue, unilatéral, centré sur la souffrance (indigne, évidemment indigne et intolérable) de l'animal. Et sans doute serait-il assez facile, en effet, et sans même parler d'abolition du gavage, d'instaurer des pratiques un tantinet moins barbares ; c'est, ce serait, un minimum.
Ce que je n'aime pas, dans ce film, est qui est le propre de tout film militant, c'est l'esthétisme, la théâtralité, l'artifice vendu comme effet de réalité. Pourquoi passe-t-on soudainement au noir et blanc, voire au sépia, sur des prises d'ensemble, si ce n'est pour susciter chez le spectateur, et de manière très consciente, l'impression d'assister à une scène de la Shoah ? pourquoi, quels que soient notre distance et notre culture, avons-nous à l'esprit en visionnant ce "reportage" des images du Rwanda, du Darfour, de Bosnie, de la Chine ou de l'URSS belle époque, des camps de guerre nazis ? pourquoi, à un moment donné, jouer de la luminosité pour faire croire à une larme coulant de l'oeil d'un canard ? pourquoi cette musique ? etc, etc... Il faut nous rendre sensibles aux conditions d'abattage des canards : cela va de soi. Je suis pourtant prêt à parier qu'un bon "reportage" sur les conditions de travail et de vie des "abatteurs" et autres "gaveurs", sur le marasme social et économique de ceux qui seraient rendus au chômage et peut-être à la rue en cas d'abolition, pourrait presque autant faire pleurer dans les chaumières. Je ne suis pas en train de défendre le gavage, ni même de juger illégitime les campagnes organisées contre lui ; je dis juste que, sur quelqu'un comme moi, les techniques de propagande peuvent avoir un effet inverse à celui recherché.
Cela étant, ce que l'on montre est terrible, quasi insoutenable. Je ne partage pas du tout l'euphorie commerciale, convenue, et, disons-le d'un vilain mot, très grand-bourgeoise, qui sévit autour des fêtes de fin d'année et qui fait du foie de canard ou d'oie un must obligé. Comme Di Folco, et sans nier la spécificité du gavage, je pense que le temps ne tardera plus où le végétalisme sera perçu comme la seule forme éthique de nutrition. Nous frôlerions alors le ridicule.
Donc : oui à un contrôle infiniment plus strict des conditions d'exploitation des canards, oui à des sanctions plus fortes contre tous ceux qui ne suivent pas les recommandations réglementaires ; oui, même, pourquoi pas, à la fin du foie gras, si l'on ne peut faire autrement pour en produire qu'exercer un gavage pendant des jours et des jours. Mais non à cette autre forme d'indignité qui consiste à assimiler cette technique, fût-elle barbare, à une imagerie qui renvoie directement à l'extermination du genre humain.
Cela dit, si l'on montre ce "documentaire" à tous les Français une semaine avant qu'ils aillent faire leurs emplettes, il est fort à parier que le foie gras seraient absent des tables festives. Et, je suis d'accord, ce serait une bonne chose.
Je poste mon article dans quelques heures.
Il y a un autre argument rarement mis en avant, c'est celui du gaspillage énorme que représente le gavage en termes de céréales. Bizarrement celui-là me convainc encore plus.
Un monde sans foie gras ? On s'y ferait, sûr. Mais le débat est ailleurs : un monde sans foie gras, PUIS sans fromages puants (moi, ça me va), PUIS sans alcool légal, PUIS sans sexe... Ok je divague, mais pour des tas de raisons différentes, les plaisirs sont menacés.
Pauvres canards. (Je suis sincère. Putain on dirait miss France.)