Grâce à
V. L. (sorte d'ange, ou plutôt, putto, qui, associé à d'autres putti, surveillent et soignent amniotiquement mes "cultures" ), j'ai redécouvert les écrits de Pierre Guyotat dans les années
2000-2003 qui, relus intrégralement, eurent et ont encore, une forte influence sur mes recherches. Le Mercure de France
vient de publier Coma dans la collection d'autobiographies de créateurs (souvent illustrées) dirigée par Colette Fellous, "Traits et
portraits" (dans laquelle on compte déjà le très bel Autoportrait en vert de Marie NDiaye). Ayant dévoré cet ouvrage (acheté chez L'Arbre voyageur, Paris
5e), je ne résiste pas au bonheur de la citation, histoire de partager quelques moments forts (mais citer c'est extirper et décontextualiser, tant pis, prenons ce risque : ici, on arrache pour
espérer voir re/pousser ailleurs).
"Comme je n'ai fait que suivre ma pente, exploiter mes penchants naturels, que je n'ai eu d'autre maître que moi-même et
nos prédécesseurs, que j'ai toujours travaillé à l'intérieur de moi-même, sans conseil, tout ce qui entoure, ennoblit, construit le peu que je ressens être - ce noyau, cette origine (le souci
premier de toute pensée c'est l'origine) quasi embryonnaire, cet embryon - est de l'ordre du fantôme."
"Je ne me fais toujours pas à l'idée que le talent - le génie même - doive être
considéré. Ce que j'ajoute à l'embryon n'est peut-être pas de ce monde."
"Il est aussi celui que j'aurai voulu être, simple, subtil et beau comme la Nature et le
commerce, avec beaucoup d'enfants dans ses reins."
"A l'époque, le passage de Paris à la banlieue se fait par les seuls boulevards des Maréchaux. La banlieue est alors plus proche de Paris qu'aujourd'hui. Et les localités ne sont pas traversées,
déchirées par les autoroutes."
" ... la nuit est la rumination du futur."
"Le prêtre étant, et restant, pour moi, celui qui peut tout entendre - donc tout imaginer - sans s'étonner de rien, le messager et l'ordonnateur du pardon [...]."
"Parce que Samora, c'est le buste en avant, les fesses en arrière, et Mâchel, les cheveux
de fille, sous lesquels on mâche du verbe et de la semence, et d'autres sons-sens."
"Dans la salle de bains, je caresse le peigne de corne, où s'entremêlent les cheveux de la mère, les cheveux-boucles des enfants à quelques cheveux de leur père."
"Bénédiction et terreur de créer des figures qui seront réelles au lecteur - et au
juge."

NB. : Coma est déjà annoncé dans la réédition de Prostitution en 1987, chez
Gallimard.
(c) Photo d'Olivier Roller