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Samedi 27 octobre 2007
Les obsèques de l'écrivain et poète René Maran, prix Goncourt 1921, eurent lieu le 12 mai 1960. Un faire part dans Le Monde daté du 11 mai nous le dit. Rien de plus rien de moins. C'est qui ce René Maran, qui laissent indifférents ses contemporains parisiens d'alors, occupés sans doute à gérer la crise algérienne ? C'est qui ce René Maran, qui, aujourd'hui, en janvier 2007, donne lieu a une biographie signée d'un certain Charles Onana (éditions Duboiris, inconnue de moi à ce jour), aussi discrète que l'était la mort d'icelui ? Il était minuit moins une à l'heure du Grand Oubli, avant que René Maran ne sombre dans l'effacement, ne rejoigne la longue armée des ombres, la cohorte de vies exemplaires que parfois certains tentent de rendre à la lumière ? Histoire de dire au prochain lauréat du 5 novembre, qu'en terme d'égalité et de fraternité, rien n'est jamais acquis. Messieurs les showbuzzers du livre jetable, un petit peu de modestie, SVP...

A quoi ressemble l'Académie Goncourt en 1921 ? Voici la liste des dix "couverts", des dix bonshommes qui "choisirent" (voir plus loin)) de voter René Maran : Léon Daudet, Henry Céard, Jean Ajalbert, J.-H. Rosny aîné, Justin Rosny jeune, Léon Hennique, Émile Bergerat, Gustave Geffroy (président), Élémir Bourges, Lucien Descaves. De ces votants (pour certains, aux douteuses destinées, aux vieillesses assombries par de mauvais choix), il n'en reste
rien dans nos librairies modernes, en revanche chez les bouquinistes... Personnellement, j'aime beaucoup le prénom "Élémir"...

Si l'Académie se fait remarquer en couronnant
"l'auteur difficile" Marcel Proust en 1919,  elle choisit par la suite de distinguer Ernest Pérochon, René Maran, Henri Béraud, Lucien Fabre, Thierry Sandre. Inutile de rappeler que le prix Goncourt travaille depuis fort longtemps pour l'actualité et non pour la postérité. Les auteurs lauréats entre 1920 et 1944 sont, à de rares exceptions près (Genevoix, Malraux...), aujourd'hui bien oubliés. Voilà pourquoi le "cas Céline" semble à notre actualité "injuste", mais en réalité, le Goncourt récompense rarement un inventeur de formes (sous ce "rarement", depuis 1945, quelques noms affleurent à peine...)

On passera vite sur la situation de la France à cette époque, au sortir de la Grande Boucherie, de la Grippe espagnole ("Que de morts ! Tous des monstres !" dirait Adèle Blanc-Sec, l'ami d'une des momies littéraires les plus sympathiques), du Congrès de Tours, des suffragettes, des premières émeutes anticoloniales... Stop.

Au début de l'année 1921, Albin Michel publie donc Batouala par René Maran. Si certains rappelle à son sujet les origines d'Alexandre Dumas, un critique de l'époque, Jean-Michel Renaitour, dans La Bataille (15 sept. 1921) dit de René Maran, qu'il "est un noir authentique, ce qui ne l'empêche pas d'être un remarquable écrivain français (...)". Il dit que ce roman "vient nous convaincre définitivement qu'il est urgent que nous songions à réformer nos méthodes colonisatrices, à abdiquer nos préjugés touchant une race "inférieure", à estimer enfin qu'un homme en vaut un autre, quelle que soit la couleur de sa peau, quel que soit le climat sous lequel il est né."

On l'aura compris : à situation politique différente (d'un côté l'Empire colonial français, meurtri, en pleine recomposition avec des chefs blancs et des administrateurs "mélangés", de l'autre une France sarkosienne qui se questionne sur la pertinence d'une visibilité accrue de ses minorités (les Bat'd'Af au cinéma, le 20 h de TF1, un gouvernement métissé, des équipes sportives idoines, etc.), on jaugera la persistance d'une problématique dans la rhétorique, dans le corps des mots mêmes : chez Renaitour, ça s'écrit en italique, entre guillemets, mais ça s'écrit. Aujourd'hui, les exemples sont légions, à l'oral comme à l'écrit, les discours trébuchent, hésitent, s'interdisent, piétinent. En clair : tant qu'être NON caucasien posera de tels anicroches linguistiques et fantasmatiques (l'imaginaire de "l'être français"), on aura encore du pain sur la planche.

L'oblation (le mot est faible) du sujet René Maran n'est pas un exemple unique. Cette "effacement" n'a rien de raciste, n'est pas le trait caractéristique d'une France intellectuellement déficiente, d'un complot colonialiste ou que sais-je encore : la thèse peut se résumer à un constat purement économique : avoir le prix Goncourt ne marque pas l'Histoire de façon déterminante, et ce, quelle que soient ses origines. Mais ce vide constitue bien une métonymie qui, moi, me fiche la trouille (le seul fait d'écrire sur lui, de signaler sa présence passée comme manque à notre mémoire : non pas dénoncer une injustice, mais s'étonner des "répétitions" par un lieu commun comme : "Tiens, il y avait déjà des Noirs écrivains à l'époque ?"). Une sorte d'effroi qui tient à notre incapacité, depuis 1918, à normaliser les singularités individuelles dans le champ culturel républicain. Ici, on a un homme né aux Antilles en 1887, un contemporain de Jean Paulhan. Ni rebelle, ni génie : juste un
serviteur de la République coloniale. Avant de le juger comme "collabo du méchant colonisateur" (et tuer tout débat dans l'oeuf), on ferait mieux de s'interroger sur les autres possibilités d'élévation sociale qui étaient offertes aux "enfants de l'Empire français" : le sport ? la musique ? Cette "réduction" territoriale (qui lie affect et affectation, posture et imposture) mène à la question que se poseront les familles de la bourgeoisie noire du Harlem Renaissance entre 1905 et 1930 : pourquoi ne pas continuer cette "collaboration" qui donne à nos enfants la possibilité, même minime, de sortir du ghetto musical et sportif, de devenir juge, avocat, homme d'affaire ? Vaste débat qui constitue en partie l'un des fondements des luttes intercommunautaires des années 1950 à nos jours.

Ses parents, Marie Lagrandeur et Léon Herménégilde Maran (né à Cayenne), appartiennent à la bourgeoisie de Fort-de-France. Le père, appelé par Savorgnan de Brazza, part travaillé comme administrateur financier des territoires français au Gabon.

René supporte mal le climat et passe son adolescence près de Bordeaux, dans un lycée de Talence. Une photo de l'équipe de rugby local  le montre en tenue rayé au milieu de 13 gaillards tous moustachus. Je note, outre ses larges épaules, cette absence de moustache sur son seul visage : j'ai observé dans certains pays méditerranéens cette persistance de la moustache chez les "post-ado" pour signer le passage à l'âge adulte. Une signature virile en quelque sorte : avant même le service militaire, mais souvent au sortir du lycée. Cette absence de moustache : l'ombre, l'ourlet sombre entre le nez et la fente des lèvres...

Au lycée, René compose des vers, encouragé sans doute par un professeur, Monsieur Lambinet, auquel il rendra plus tard hommage (Roman d'un nègre, Albin Michel, 1947, précédemment publié en 1941 sous le titre : Un homme pareil aux autres). Dans ce même livre, il note comment ce professeur, et d'autres, communiquait l'envie de lire, d'explorer de nouveaux territoires sensibles : ici André Soarès.

Chez René, le rugby tient une place importante dans la construction du moi : ainsi, en 1919, il rencontre le guyanais Félix Eboué (1884-1949, enterré au Panthéon) qui avait joué en junior au Stade Français à Paris où se trouvaient déjà quatre autres étudiants guyanais et un brésilien.

De 1909 à 1918, il entre au service de l'administration coloniale en Oubangui-Chari (Centrafrique). Dans ses écrits intimes, on note une langue totalement inféodée aux principes colonisateurs où s'expriment l'angoisse d'abandonner les "anthopophages" à leurs "mauvaises habitudes". René a conscience d'être le "bon Noir" instruit, investit d'une mission civilisatrice. Frantz Fanon écrira en 1962 : "
le noir antillais sera d'autant plus blanc, c'est-à-dire se rapprochera d'autant plus du véritable homme, qu'il aura fait sienne la langue française" (Peau noir, masque blanc). En 1919, voulant couvrir la faute d'un employé noir, il devient la cible des colons blancs. En même temps qu'on l'écarte de l'administration et du terrain, il achève l'écriture de Batouala commencé en 1913.

René Maran souhaite dans ce livre couper court avec l'exotisme à la Pierre Loti, décrire ce qu'il voit, ce qui a lieu effectivement sous ses yeux. Un personnage fictif, "Batouala le Mokondji", dans un cadre documentaire anticolonial et non-européen. Là est la prouesse du livre, puisque ses descriptions hyperréalistes coupent courts avec les pesanteurs de la mode. Il faut imaginer Maran porté par son texte pendant six ans : au creux du texte, s'y exprime la voix d'un fonctionnaire qui dit non au système colonial, non à l'Empire des faux-semblants. Henry de Régnier,
directeur éditorial d'Albin Michel, qui reçoit le manuscrit accompagné d'une photo de Maran,  signe un contrat le 15 mai 1920 pour 5000 ex. Personne ne pense au Goncourt. C'est tout juste si Régnier devine qu'il publie là un roman colonial "pas comme les autres".

Maran, qui n'est qu'au commencement de sa découverte du "racisme intellectuel parisien", reçoit un courrier d'Albin Michel qui s'étonne de trouver dans son textes des "solécismes et des barbarismes". Plus tard, c'est Maran qui décide d'envoyer des services de presse aux membres de l'Académie.

Lors de la délibération le 14 décembre chez Drouant, les candidats en course sont : Jacques Chardonne, Pierre Mac-Orlan, Henry Champly, Marcello Fabri, Harlor, Henri Asselin, Louis-Frédérique Rouquette, Georges Imann (là encore, le temps a fait le tri). Au dernier tour, seul Maran et Chardonne restent en lisse. Les votants pour Maran seront Céard, Ajalbert, Descaves, Rosny Jeune et Geffroy (deux voix).

On passera sur les récriminations, les lettres d'insultes envoyées de la part des fonctionnaires coloniaux à René via la presse où se déchaine un verbe "haut en couleurs". On lui reproche de "cracher dans la soupe", de trahir la cause impériale, etc.

Maran devait écrire ensuite pour se justifier : "Je me suis proposé d'autres buts, en écrivant ces pages, que de donner au lecteur un aperçu sommaire, mais correspondant à la véritable vie coloniale d'Afrique. Mon unique souci a été celui de l'impartialité la plus complète vis-à-vis des Blancs comme vis-à-vis des Noirs. Je ne les ai pas opposés les uns aux autres, je les ai juxtaposés simplement, comme ils le sont dans la vie."

La suite se trouve dans le livre de Charles Onana. Batouala fut réédité plusieurs fois par Albin Michel (1927, 1938...) et une réédition jeunesse chez Magnard (2002) est à signaler. On note aussi de nombreuses traductions à l'étranger depuis les années 1920 à nos jours : cette année, une traduction allemande vient de paraitre.
par Di Folco publié dans : Rapports de lectures
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Vendredi 26 octobre 2007
Bon plan communiqué par I. (qui nous renvoie à notre incompétence à assumer notre héritage rock) : The Tiny Masters of Today, un  "pre-teen punk duo" plutôt electro, Ivan (13 ans, lead guitare) et Ada (11 ans, basse), ça ne s'invente pas, on est à Brooklyn, des parents bloquant l'accès à la TV, refilant du matos ringard,  anti-Bushy, puis on se fait un concert à Londres, Bowie trouve ça génial, bon, voilà ce que ça donne :





Song n°1 : "Tooty Frooty" (au CBGB, New York, avant la fermeture définitive !)
Song n°2 : Single "Radio Riot"
Album : Bang Bang Boom Cake,13 tracks.
Site : http://www.tinymasters.net
par Di Folco publié dans : Photos & Vidéos
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Lundi 22 octobre 2007
Sous les yeux, une page de publicité arrachée, extraite d'Air France Magazine (octobre 2007) : l'ancien président "Gorbatchev de retour d'une conférence", Gorbi, l'homme au front marqué par une tache de vin. Le regard vers la droite (un ailleurs inquiétant), il est assis à l'arrière d'une voiture qui semble longer un mur de béton recouvert de graphes. A ses côtés : un sac LV, et, posé dessus, un magazine russe. Le slogan imprimé juste en dessous de cette image pose une invraisemblable question, "Voyage-t-on pour découvrir le monde ou pour le changer ?", et j'en suis là quand je reviens de Tunis où dans l'après-midi du lundi, ce jour donc, mes jambes fatiguées m'ont porté jusqu'aux pourtours de la médina.

J'y ai retrouvé Ben Abdallah et son cabanon chargé d'épices, des aquariums géants en lieu et place des drageoirs d'autrefois. Je fais la queue derrière des femmes qui réclament, elles, des dragées roses et bleues.

Je venais de la place de la Monnaie où j'ai touché l'écorce des deux énormes ficus : ils n'avaient pas été taillés, leurs cris contenus invalent plusieurs siècles de patience. Sous la pluie, les vendeurs d'oeufs pochés se cachaient dans l'ombre d'une cafétéria. Je gobe une figue de barbarie épluchée et rose. Le bureau de tabac est fermé.

Maintenant, je file vers le Marché central car il ferme à 15h et il est déjà 13 h 30 passées, il faut dire que lorsque je demande une rue, mon accent, mes empressements, n'augurent pour toute réponse qu'un contrechamp, une esquive, un biais de plus. Je joue le jeu : j'accepte de me perdre pour retarder l'arrivée rue d'Espagne, pour ralentir l'efficace, pour trainer.

Les pourtours du souk, ceux situés autour de la porte de France : Tunis est là toute entière, brassée, ou comme sur des braises.

Dans l'avion, en repassant le film de ces journées, ce fou rire avec C. Mais aussitôt ce désir de me réfugier dans le sommeil. Lourd sommeil en vérité où se trémoussent Gorbi devant un parterre de présidents méprisants. Au premier rang, Nicolas en rugbyman de calendrier, un homme de petite noblesse comme ils disent tous, un minus qui n'a que ce qu'il mérite comme elles se l'écrivent toutes depuis que Cécilia a refusé de vivre "dans le mensonge" ; ensuite Wlad Dracul Poutine, qui pour contrebalancer d'éventuelles implantations de missiles, menace d'égorger une pauvre fillette surnommée "Demokratia" ; juste à côté, Hillary, déguisée en Céline Dion brandissant son arbre généalogique ;  enfin une bombe, énorme, pendue à une corde, qui telle une pythie débite ses anathèmes : "Jeroushaleïm doit mourir..., c'est écrit, vous ne savez pas lire !"

Je sais pourquoi j'ai fait ce petit voyage : pour te dire en bégayant que je pense à toi tout le temps, tout ce temps. Nos jours sont comptés, nous sommes embarqués, l'esquif prend l'eau à Tunis où il pleut et partout ailleurs la pluie est maudite - mais pas ici.

Au pays des roses de personne tu étais là présente comme en plein été. Rue des Salines, j'ai touché ta maison.

Notre royaume n'appartient qu'à nous : à l'heure des combats, s'il faut agir, tu sais que je serai là, nous partirons ensemble au milieu du troupeau vers un ailleurs dont nous savons seuls le nom. Tel est notre intranquille secret : lisse, strié, sensible, continu.

Tu es un collier de perles fines, je suis ton caillou noir, hilare pour cent sous, riant de bon coeur, mais fatigué par quelques grands argentiers du Nord aux mesquines lignes de vertus, aux populistes politesses sourdissantes de leurs yeux perçants depuis mille frontons d'immeubles aveuglés.
par Di Folco publié dans : Troubles in Mind
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Mercredi 17 octobre 2007
Bon il est temps de partir mais on dirait que c'était moins une. La grève, la météo, les créanciers, les publicités intempestive sur le portable, la panne d'ordi, le rhûme... et surtout les manuscrits à rendre avant hier !

Quoi qu'il en soit, je serai là.

A Tunis et pas ailleurs.
par Di Folco publié dans : Mes apparitions
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Lundi 15 octobre 2007
par Di Folco publié dans : Fuck WallMart
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