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Mardi 31 juillet 2007

« Demandez du travail, s’ils ne vous donnent pas de travail, demandez du pain,

s’ils ne vous donnent ni du pain ni du travail, prenez le pain »


Réveil ce matin avec le nom de McKinley en tête. Il faut savoir que McKinley possède le titre peu honorable de « président assassiné des Etats-Unis le plus oublié de l’Histoire », Histoire certes récente de ce pays qui reste encore pour quelques années le plus riche du monde.

 

Né en 1843, on s’en fiche un peu mais sa mort, en 1901, le 14 septembre, voilà qui fait signe.

 

Comme l’indique le set de table du Parisian Coffe qui orne mes toilettes, il est élu en 1896 et réélu en 1900. William McKinley hérite d’une situation économique lamentable : les prix baissent et la bourse s’effondre (Dow Jones proche de l’indice 20) parce que l’or du Klondike afflue. Il est le premier président du XXe siècle, un siècle qui sera américain. L’Ere industrielle prenait son essor (buildings, expo universelle à donf’, armements, néocolonialisme interventionniste, domination masculine, orgie, soda, coca et cocaine). Ce type de l’Ohio devait sacrément se sentir fier de lui. Il porte le dossard n°25. Inutile d’ajouter, on l’aura deviné, c’est un conard de Républicain.

 

Il déclenchera une guerre prétexte contre l’Espagne pour faire main basse sur les richesses de Cuba (son discours au Congrès vaut celui de Bush le nain sur l’Irak).

 

Socialement, toujours autant de Noirs pendus pour rien, comme ça, en mémoire du juge Lynch (1736-1796).

 

Culturellement, le type ne lisait pas W. James, H. G. Wells, O. Wilde et les décadents français. Il ne s’intéressait qu’à une seule chose : parader en automobile.

 

On suppose qu’il rencontra Edison et admira son cinématographe, applaudit au vol des frères Wright. Mais aucune source ne le prouve.

 

Le 6 septembre 1901, alors que McKinley assiste à l’exposition panaméricaine de Buffalo, état de New York (au niveau du stand des filles à poils), un anarchiste de 28 ans, Leon Czolgosz, un sale gosse, lui tire deux balles dans la poitrine : quelle est la marque de son arme ? Willy mourra des suites de ses blessures le 14 septembre.

 

La geste de Leon (ah, ce prénom !) s'inspire des écrits d'Emma Goldman, une anarcho-théoricienne qui n'avait rien d'une chanteuse alors que Willie aimait les cocottes comme son copain Félix Faure.

 

Mon McKinley, héros pynchonien, que n’avais-tu essayé de lutter contre les jours mauvais au lieu de planter les graines des discordes futures ?

 

Bon, on rêve comme on peut et pas comme on veut.

 

AP - Mardi 31 juillet, 10h27

EAST POINT, Géorgie - Le propriétaire d'un concessionnaire automobile de Géorgie (côte sud-est des Etats-Unis) est accusé d'avoir tué deux de ses employés parce qu'ils n'arrêtaient pas de lui demander des augmentations.


 




Séquence finale de Zabriskie Point (M. Antonioni, 1970), musique Pink Floyd / S. Barret
Par Di Folco - Publié dans : De la jouissance
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Jeudi 26 juillet 2007
Note retrouvée (ortografe d'origine)
en voulant
ranger,
jeter,
remiser
des archives :



"Mai 1986, C.


Projets qui m'aident à survivre aux années 80 :

- projet pour recevoir des voisins estime et reconnaissance
- projet d'un album corporel à l'année
- projet d'un livret des sublimes
- projet d'un carnet de causes gagnées d'avance
- projet d'un guide des paris à Paris ou ailleurs
- projet d'une rupture mystérieuse
- projet antinostalgique et blanc de surcroit

- projets de rencontres avec Prince, avec Orson Welles, avec Nathalie Sarraute
- Projets de spectacles : les Immumilliations ou comment filmer Rimbe, Théâtre de vieilles clochardes authentiques, Syracuse, La route d'Alexandre, Comment lier Novalis à Mohanjo-daro...
- Projet pour des recettes de cuisine inexpérimentales
- Projet d'une revue sur le Secret (introuvable, épuisée)
- Projet d'essai sur l'obssession
- Projet de la bibliothèque de Saint-Victor
- Projet d'un cabinet d'amateur dans une vieille boucherie
- Projet de départ pour l'Argentine en cargo
- Projet de fête pour commémorer la fin des années 1980 en avril 1986 en Ukraine
(dancing around the Vulcano)
- Projet pour gagner du temps
- Projet de diverses scènes de torture
- Projet d'une certaine façon d'aborder une certaine femme
- Projet l'un dans l'autre
- Comment par le projet de vie trouver la mort
- Comment la réciproque du précédent est vraie
- projet d'un essai : "Jacobs ou les pièges du Temps"
- projets impossibles mais laissant impassibles
- Projet de film avec Fellini : "Fellini Paris"
- Projet de maison ronde avec un lit rond et des gens bourrés"

(fin de la note)
Par Di Folco - Publié dans : De la contrainte
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Lundi 23 juillet 2007
Qu'est-ce qu'il disait déjà Cat Stevens sur les années 1970 ? "J'aime bien quand on me dit 'c'était super les années 1970'... car quand on les a vraiment vécues, on peut difficilement s'en souvenir !". Je viens de penser à Syd Barret (1946-2006), le mystérieux co-membre originel des Pink Floyd, bien avant la daubasse Wall & Cie, choeurs d'enfants chrétiens, we are the Wall, etc.

Ce regard !!!! Tu as ce même décrochage avec Artaud 1929. Tiens, il me tarde de le relire celui-là aussi.
On peut se l'écouter : Pour en finir...
Par Di Folco - Publié dans : Des questionnements
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Dimanche 22 juillet 2007
Clisson et Eugénie n'est pas encore en librairie. On risque sans doute de reparler de cet opuscule assez lamentable publié aux dépens de Fayard. L'histoire est connue : le jeune Napoleone Buonaparte s'essayait à la littérature. Il s'ennuyait. Devenir célèbre en tant que romancier, ça l'a toujours fait. En 1803, il aurait dit à Claire de Rémusat : "Lorsque j'entrai en service [dès 1786, il a 17 ans], je m'ennuyai dans mes garnisons ; je me mis à lire des romans, et cette lecture m'intéressa vivement. J'essayai d'en écrire quelques-uns, cette occupation mit du vague dans mon imagination, elle se mêla aux connaissances positives que j'avais acquises, et souvent je m'amusais à rêver, pour mesurer ensuite mes rêveries au compas de mon raisonnement. Je me jetais par la pensée dans un moinde idéal, et je cherchais en quoi il différait précisément du monde où je me trouvais." C'est pas mal, on dirait du Mitterrand.

Pour la modique somme de 13 euros, on aura l'impression d'avoir en main un roman de 128 pages. Mais, surprise, le texte du futur empereur (un composé de brouillons, c'est pas moi qui le dit, on y voit même des trous) ne fait que 26 pages en corps 16 (taille du caractère en général réservé aux personnes ayant une vue déficiente - les vieux donc). L'appareil critique lui, de 122 pages, est souvent redondant, parfois intéressant mais on connaissait déjà cette histoire. On se demande en revanche (raisons bassement commerciales !) pourquoi l'éditeur, mais aussi Emilie Barthet, Peter Hicks et Gérard Gengembre, historiographes patentés et très reconnus, n'ont pas voulu ajouter à "cette esquisse de roman" rédigée en 1795, le Dialogue sur l'Amour, Le Souper de Baucaire ou mieux la nouvelle Le Masque prophète. Quelle perte de temps, là encore ! Et NB aimait la vitesse. En amour comme en littérature, en statégie militaire comme en cuisine. Après tout, on dit tellement de choses sur NB. Et ça permet de faire tout autour ses petits trafics.

Pour les fous de reliques, tous les manuscrits de ce petit Clisson, de la main de NB, sont consultables ICI (enfin, si vous y arrivez !).
Par Di Folco - Publié dans : Du petit commerce
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Samedi 21 juillet 2007

Elisabeth Quin a sans doute écrit son chef d’œuvre avec Bel de nuit, Gerald Nanty (Grasset, mai 2007). J’avais acheté ce livre au Relay d’Orly, un essai, une sorte de biographie, sur les conseils de J. avec qui j’étais allé deux fois au Mathi’s. Ce bar de nuit situé rue de Ponthieu était, quand je l’ai connu la première fois, une bonbonnière rouge et noir. Le restaurant n’existait pas encore il me semble. Edouard Baer, souvent cité par Quin, m’y avait conduit après une émission sur Canal+, et un détour par Castel. Ce devait être en 1997. Amusé, j’y suis retourné une dizaine de fois mais pour observer et prendre notes. Hélas, n’est pas Balzac qui veut.

 

Après lecture, il me reste pas mal de choses : des dizaines de noms de personnages de la nuit parisienne de 1944 à 1985, tous extravagants. Après cette date, « chacun était avec son clan, sa classe d’âge, sa niche […]. Autour des clubs, un invisible filet de protection empêchait le mélange, transformant la nuit parisienne en Polynésie où, d’île en île, la consanguinité accomplit son œuvre dégénérative » (p. 288).

 

Il y a cette histoire du peintre anglais Francis Bacon (1909-1992) qui venait au Trap, un bar de la rue Jacob (aujourd’hui redevenu L’Échelle de Jacob, un resto chic) qui pour draguer le barman (une idiote comme on en voit mille et cents) lui offrait des portraits au crayon. La gymqueen se dépêchait de les jeter aux ordures, trouvant le bonhomme collant, répugnant, vieux en somme. Les années 1980 commençaient. D’un autre côté, plutôt que de se demander se qu’il reste d’un Rembrandt déchiré en morceaux, Quin trouve évident de maintenir Bernard Buffet en « grand peintre ». Au Mathi’s, on voit un Buffet sur le mur. Mais pas de Bacon. Ni de Schnabel. Ni de Keith Harring ou de Basquiat. Étonnant la façon dont ces rescapés de la nuit n’ont pas vu (ou voulu voir) les années 1980.

 

Il y aurait beaucoup à dire de ce livre, trop de bonnes choses peut-être. Le style de Quin réserve de sublimes épigrammes, des visions qui croquent en quelques mots incisifs l’air d’une époque. Françoise Sagan revit sous sa plume mais aussi des inconnus, des frappes, des folles, des artistes maudits, des suicidaires, des drogués, des généreux, des gentils et des méchants (Roger Peyrefitte : où le classer ?), des trahisons, des amours sublimes ou déçus.

 

C’est souvent très drôle. On s’y croirait. Quin a su évité le côté documentaire Arte, Paris Première ou Paris Match. Elle a prêté ses deux oreilles et sa plume heureuse à Gerald Nanty. Un tombeau ouvert en quelque sorte. Une élégie pour quelques-uns. Mais n’y voyant là que des morts, on se méprendrait. La nuit, comme le rappelle Quin, est la mère absente. Elle accueille tous les orphelins, celles et ceux qui feraient n’importe quoi pour un peu de tendresse. Et rebâtir une maison.

Par Di Folco - Publié dans : De mes lectures - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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