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Jeudi 28 juin 2007

Je ne connaissais pas il y a deux jours l’auteur britannique Ben Elton né en 1959 (Devine qui vient mourir ce soir, 2003). Son nouveau polar Amitiés mortelles (Past Mortem, Belfond noir, mai 2007) est une pure merveille. A Londres, au New Scotland Yard, Edward Newson, inspecteur de petite taille, rouquin, âgé de trente quatre ans, célibataire, enquête sur une série de crimes mystérieux. Assisté par la brigadier (loin d’être moche) Natasha Wilkie, il examine le gros corps mort d’Adam Bishop, percé de près de 400 petits trous. Le duo de flics, très attachant (frustré de sexe depuis deux ans, Edward est secrètement amoureux de Natasha qui, elle, vit avec Lance, une brute épaisse), découvre que ce Bishop était détesté par son entourage. Peu à peu, dans un Londres contemporain bien restitué, avec ses nouveaux riches qui dépensent 15 livres pour un simple verre et ses embouteillages dantesques, le lien est établi entre ce crime et d’autres meurtres plus anciens. La signature serait la même : à chaque fois, les victimes auraient accueilli l’assassin les bras ouverts, se seraient retrouvées ficelées dans des postures indignes, torturées et soumises à l’écoute d’une compile de tubes datant de leur adolescence. Le crime suivant inquiète les autorités plus que tout : cette fois, c’est une future parlementaire qui est touchée, Farrah Porter, retrouvée nue dans sa baignoire, le corps plongée dans un bain d’acide, les cheveux décolorés : seul indice, un petit poil roux dissimulé sous un savon. Elle aussi s’avère avoir être détestée par son entourage.

Edward vit donc seul. Comme beaucoup de gens, il surfe sur le net. Inscrit sur le site « Temps des copains » (l’équivalent de notre copainsdavant.com), il retrouve une partie des ses camarades des années 1984-88. Une seule manque à l’appel : la Christine Copperfield. Un soir, c’est Helen Smart qui le contacte. Helen était une petite post-punk militante anti-thatchérienne, la seule à ne pas se moquer de « Newson le gnome ». Ils vont se revoir. Celle-ci va lui faire vivre une nuit de sexe absolument bizarre et extrême. Un truc cloche chez elle : des lacérations, là, sur ses bras. Quelques jours plus tard, c’est au tour de Christine, le 1er amour de Newson, de déposer une fiche sur « Temps des copains » et de rameuter toute la promo en ligne à une soirée cocktail concert. A partir de là, tout va déraper ; le criminel semble rattraper Newson qui devra se battre pour tenter de prouver que les apparences sont trompeuses et lutter contre ses propres démons. Bien sûr qu’on ne va pas raconter la fin, d’autant que jusqu’au dernier chapitre, rien n’est sûr, le nom du coupable est là mais on ose y croire. Ce qui m’a séduit dans cette histoire ? Se servir d’un outil relativement connu, le net, et d’un genre de site aujourd’hui très populaire (« retrouvez tous vos amis de l’école ! ») pour bâtir un récit très palpitant, plein à la fois de ce légendaire humour british (les rapports de Newson et de Natasha) et d’une inquiétante étrangeté (les prospectives psychologiques et les motifs criminels), juste ce qu’il faut en somme pour faire de ce livre un excellent polar.

 

Tiens, de coup, moi, je crois que je vais me désabonner du site mescopainsdavant.com. D’autant plus que ces derniers jours, je reçois d’étranges mails de menaces… Brrrrrrrrr !

 

Ben ELTON : Amitiés mortelles, Belfond Noir, 2007

par Di Folco publié dans : Rapports de lectures
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Mardi 26 juin 2007

Avec le bon petit cinéma français, on caricature rarement, de façon efficace s’entend, notre « propre » patronat et le système managérial qui en découle, produit du complexe X-HEC-ENA, forcément parfait. Même si c’est un remake, le film Fun With Dick & Jane (2006) produit par Jim Carrey, fonce dans le tas et fait mouche. La cible : l’argent facile au début des années 2000, les faillites de grands comptes et le sort désastreux réservé aux employés. A sa sortie sur notre sol, je veux dire le pays des Le Plope-Prigent, Messier et Fourtoudanslapocket, seuls les Cahiers du cinéma saluèrent ce petit chef d’œuvre d’insolence et de justesse, montrant un couple de cadres drogué de travail qui s’extasie à l’idée de faire l’amour « samedi prochain ». Enorme société de fonds de pensions californienne dirigée par Jack McCallister, héritier vulgaire et grotesque, Globodyne a trafiqué les comptes, passant les pertes en profits. Après une fuite, elle dépose son bilan en 24 heures (chrono), Jack, lui, s'envole en hélico vers sa villa de Malibu. Viré comme 6000 autres employés, Dick Harper (Carrey, toujours aussi fou mais pour une fois dans les limites du réalisme) et son épouse Jane (Téa Leoni) se retrouvent en trois mois au bord de la faillite. Jack avait tout placé en actions Globodyne qui ne valent plus un cent. Seuls les murs de leur maison sont encore là mais une lettre annonce que la banque s’apprête à les saisir. Jane et Dick tentent de sauver les apparences et puis s’en fichent. Mais bientôt ils en viennent à commettre des délits : les scènes, très burlesques, sont à mourir de rire – on retiendra un défilé de postiches comme ce mémorable Sonny (Carrey) & Cher (Leoni). Produit par la Paramount, ce film ne prend aucune pincette avec les crimes en principe invisibles commis par la haute finance, le consumérisme outrancier et l’absence de morale inhérente à l’argent : si on est bien en Californie du Sud, ça ressemble à de par chez nous. Étonnement, ça fonctionne. Même si on termine avec un « overall donation funds grand tour », la dernière image nous montre une famille heureuse roulant dans sa vieille Panda sur Sunset croisant un ex-employé Globodyne au volant d’une Bentley. Il a retrouvé un job : chez Enron. Au générique de fin, sont remerciés les défuntes Arthur Andersen, Enron, Adelphia, HealthSouth, WorldCom et tous leurs ex-dirigeants. On se demande bien ce que deviennent leurs ex-centaines de milliers d’employé(e). A la rentrée, sortira sur nos écrans La Question humaine (Nicolas Klotz, d'après le bouleversant récit de François Emmanuel), un scénario très sombre, sans aucun doute moins drôle (on ne rie pas de ces choses-là mister Sellières) mais assez inédit : il est utile de notifier qu’il abordera le problème de la gestion des matériaux humains – sans complaisance aucune.

 

Fun With Dick & Jane (2006) de Dean Parisot

Produit par Jim Carrey

Avec Jim Carrey (Dick Harper), Téa Leoni (Jane)

par Di Folco publié dans : Baffes qui se perdent
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Lundi 25 juin 2007
PROJECTIONS DE COURTS - DEBATS - MUSIQUES


Bon, on vous dévoile quelques noms d'artistes :

ANITA GALLEGO, peintre 
MICHEL BOUVET, affichiste
MICHEL MONTEAUX, photographe....


Adresse : L'Entrepôt - 7/9 rue de Pressensé 75014 Paris - métro Pernéty

Pour un avant-goût : 4 rêves ici et 1 rêve ...
par Di Folco publié dans : Mes apparitions
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Dimanche 24 juin 2007

J’ai fait un horrible cauchemar ce dimanche dans la nuit… Le marché de la poésie devenait le théâtre d’un drame affreux…

 

A un moment de la journée, il fait chaud, orageux disons, tout le monde a soif et tout le monde s’ennuie ferme. Le chaland est rare. Les livres exposés fondent un peu.

On entend des cris, au loin, de l’autre côté de la fontaine.

On aperçoit vers l’entrée, du côté de la buvette, un attroupement.

On entend des coups de feu.

Un type portant un chapeau haut de forme, armé d’un lance-roquette, surgit précipitamment près de la scène du petit théâtre où deux jeunes filles à genoux et couvertes de pansements lèchent les pieds d’une vieille dame à la bouche déformée par un énorme zona.

De jeunes types costauds cherchent à maîtriser le forcené, hésitent, reculent.

L’enragé a un visage rougeaud et sourit tout le temps. Il a des grenades fixées à son gilet bleu. Il lance une première roquette vers la scène qui se volatilise. Des sirènes de pompiers, ou de flics hurlent au loin.

La statue des quatre curés explose, les débris retombent en corolle sur les stands avoisinants. Gérard d’Allia dit « quel con, quel con, il n'a plus 25 ans ! ». On voit Christophe Manon et Motif-R contre attaquer ensemble, armés de poubelles vertes et lui jeter au passage des livres détruits comme si tout ça ne les intéressait que mollement.

En sang (de la peinture ?), Vincent Gimeno rampe vers eux et parvient à leur dire : « C’est pas le moment les gars mais merci quand même » avant d’expirer. Bart, le chien de Boisnard, cherche à dévorer le cigarillo de Vincent.

Werner Lamberzy concocte des cocktails molotofs avec du sang et de l'eau.

Un ouvrier en bleu de travail courre après une petite fille sans tête.

La fille derrière la salle de bains a sorti son rouge à lèvres électronique, ajuste l’enragé et lui décoche un jet d’onguent ultracollant spécial Morning Glow & Face Up.

Un type dit « C’est la saint Jean ! » avant de s’embraser.

Le haut-de-forme roule sous mes yeux. Mais je ne vois plus rien. « Il n’a plus de bras, oh mon Dieu » et « A l’aide, à l’aide » sont les seuls cris que je perçois.

« La poésie ne peut pas mourir » sont les seuls mots que j’entends dans ma tête.

Puis tout est jaune d’or.

Comme dans un désert.

 

par Di Folco publié dans : Quelques inédits
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Lundi 18 juin 2007

(Savoir & Douleurs, § 01)

 

On dirait une journée ordinaire qui commence mais il n’en est rien. La petite douleur fait son chemin. D’abord dans la racine, puis entre la joue et la mâchoire gauche et enfin dans l’oreille interne, le long du temporal et au dessus des cervicales. Elle diffuse. Impossible de se concentrer. Que manger, que boire, que faire ? Si je bois du thé vert, la chaleur est toujours trop grande et la petite cavité couine, élance et semble vouloir se contorsionner. Si j’avale une cuillérée de fromage blanc additionnée de miel, les glucides et les peptides s’insignent en croisillons, leurs stridences lamentables transforment ma joue en pièce de Stockhausen.  Un fruit ? Des rillettes ? Du pain grillé ? Même combat. Je me souviens. Il y a sept jours. La glace. Une crème onctueuse. Un pot de Ben & Jerry Grateful Dead passé aux microwaves. Je peux l’imaginer non sans douleur (qui s’ajoute alors à la douleur actuelle) : l’éraflement du métal de la cuillère contre l’ivoire sans doute fêlé par les ruptures de température – ce bruit, ce tintement, ce choc : un son mat, un révélateur de trou, un signal obscur, une sonde pour un puits dentaire. Je vois le remplissage. Les détritus. Ils s’accrochent. La brosse rabote, excavate, agrippe, anicroche mais il en reste encore un peu, juste quelques microgrammes. Ils ont des yeux ronds et noirs. Ils complotent dans la nuit de ma bouche. Ils rient. La nuit, ils s’arment de pics et creusent. Mes rêves sont peuplés de germinations en ut mineur. J’ouvre en grand la bouche face à la glace. On dirait une journée ordinaire qui commence mais il n’en est rien : J’AI UNE ENORME CARIE !

par Di Folco publié dans : Le goût du goût
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