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Samedi 31 mai 2008

Alors ? ça daube en ville ? Odeurs urbaines saturées, confinées (pieds, aisselles, soufre) à peine recouvertes de sprays sucrés… où est la sortie ? Persistantes, ces pollutions olfactives contredisent la récente attitude à désexuer des comportements ancrés (« le gars sent le bouc, la fille sent la rose ») et oser aujourd’hui mélanger, transgresser et… inventer. Ça passe ou ça casse. Identification de 7 clichés senteurs un peu flous, comme le désir, l’air de rien, pour ne mouiller personne.

 

Les corponaturalistes

Le membre (naturel ?) de cette secte du corps brut prend une douche par semaine, afin de préserver, à tort ou à raison, la flore qui grouille sur son corps. Pas d’autoagression chimique. Pas de talc ou de spray sur les pieds, le sectateur ira, en tong, marcher à tous vents. Évitera l’oignon et les graisses saturées mais pas les piments. Sursocialisé ? Le sport, la bonne suée, la solitude ? Ses collègues ou amis n’osent lui faire de réflexion. A Noël ou à son anniversaire, on lui offre un stick toscan, mais peine perdue ! Il aime se sentir à découvert – presque nu…

 

Les aseptiques

L’exact opposé du précédent. La peau sera récurée matin et soir. L’épilation des aisselles, du maillot voir intégrale et au laser, constitue un objectif moyen terme (on épargne pour ça). Rien ne doit briller, suinter, rémaner. Onguents PH neutre, crèmes légèrement citronnées ou mentholées passent à la rigueur, sur sa peau devenue presque opalescente. Ça c’est avant les UV ou la plage. Là, il lui faut des protections solaires non parfumées. Un comble en parapharmacie. Écolo ? Pas du tout : ça chasse le squame, le sébum, le sauvage. Redoute que sa chair s’exprime outre mesure. Mais à l’intérieur, ça bouillonne. Humain, malgré tout…

 

Les immodérés

Douche ou pas, on badigeonne, recouvre, asperge, vidange les flacons ici et là (aye ! les muqueuses) mais surtout sur la tête, avant le gel. Un côté sucre glacé, barbe à papa, Foire du trône et fiesta barbecue sur sable permanent. On se la donne, l’ambiance, et on la propage : métro, bus, file d’attente en club, chez Gap ou aux Champs. Énergie des effluves. Je gènes ? Pourquoi tu fais le ventilo avec ta main ? Toi aussi tu sens ça ? C’est un truc de pédé non ? Tu rigoles : gris c’est mec, la meufe le noir. C’est cher… On se la raconte : peu importe le jus, pourvu qu’il ait vidé le flacon branding sur sa tête.

 

Les conformistes

Il y a d’abord les héritiers, ceux qui font comme leurs parents qui faisaient comme... Se repasse l’eau de cologne depuis trois générations. Il y a les copieurs : imiter la collègue, la bonne copine, le patron, et aussi, paradoxalement, l’ennemi, l’étranger. Je mets sur moi ce que ta peau sécrète afin de te voler tes secrets. Pas si sûr. Il y a ceux qui se sentent les pieds le soir au coin du feu. Ça rassure, les rituels. Confort des charentaises. Couches d’odeurs de soi accumulées. Nidification. Odeur de l’oreiller. C’est bien mon coin à moi. Un animal ? Un bon toutou ?

 

Les mondialistes

Ils mélangent les genres, unisexe, one + one, Italie et USA, caoutchouc et fraise tagada. Ils suivent la vibe. Le groupe dans l’arène du dancefloor. Ils veulent sentir ce que la grappe, ce que Colette, ce que le magazine tiré à 3 millions d’exemplaires ordonnent. Ils veulent sentir Madonna, Air et… Tarantino. Sauf que les peoples, on les paye, très chers, pour balancer une marque, ici et là. Mauvais plan ! Alors, Miami ou Ibiza ? C’est selon. Dans tous les cas, ça pue mais on s’en fiche : c’est style d’être tous pareils. Dommage que le realityshow ne soit pas en odorama. Tu veux sentir le punk à chien, toi ?

 

Les olfatochics

Connait les bons plans, compare, analyse. Possède du nez, voire un nez. Le sait et le fait savoir. Se parfumer c’est tout un process. On est conceptuel. Artisan parfumeur ou rien. Annick G. sinon je meurs. Bobo ? C’est presque agaçant. Il rivalise avec la conseillère en fragrances de chez Guerlain, agitant sous son nez les mouillettes en papier buvard. Ça chochotte, ça chuchote. « Marianaud ? Sephora ? C’est plouc ! Non, nous c’est Duty Free Dubaï. Bon, d’accord, c’est un peu loin… alors on se contentera de la petite boutique du Marais »… dont on refile l’adresse (le jus qui donne des boutons) aux amis puants du samedi soir venus mâter M6.

 

Les aristo

On ne peut les suivre à la trace. Ils ne mettent jamais plus d’une goutte. Une évanescence. Un soupçon. La discrétion. Surtout ne pas se faire remarquer ou alors au moment opportun. N’ont rien à prouver. Sinon garder leurs rangs. Un statut. Une posture. L’élégance parisienne. New York ? Oui, mais c’est mieux Florence, la petite boutique derrière la piazza, vous savez, les parfums sur commande… A ce niveau-là, on se fait faire sur mesure son jus. Avec conseiller attitré. Pas question de sentir comme les autres. Unicité, harmonie, perfection. Les autres sont des suiveurs. Quels autres ?

                                                                                Publié dans DeDiCate n°14, oct. 2007

Par Di Folco - Publié dans : De la jouissance - Communauté : L'écriture comme antidote !!!
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Vendredi 30 mai 2008

Edité en jaune et rouge chez Buchet-Chastel et sous-titré "pour Aimé Césaire", le dernier livre de Claude Ribbe, auteur remarqué en 2005 pour Le Crime de Napoléon (Editions Privé), porte en lui le feu d'une analyse rédigée non pas dans l'urgence (ce qui est pourtant  le cas), mais parce qu'il est toujours nécessaire de rappeler aux personnes qui daignent encore lire des livres, le peu de considérations offerts au poètes, surtout si leurs peaux sombre, leur langue bien pendue, leur ténacité irréductible, les maintient dans le camp des "irrécupérables". 

On raconte que Césaire, dans les années 1930, se trouvait place d'Italie à Paris, quand un homme au volant de sa voiture lui aurait lancé : "Eh, p'tit nègre... !" Et Césaire de lui rétorquer : "Le nègre vous emmerde !". Peut-être que ce "vous" fait la marque des grands. Comme on dira d'un artiste : il a la classe. L'attitude. Juste l'attitude.

Or, il se trouve que les agents républicains de tous bords semblent là rater une belle occasion : celle de panthéoniser Aimé Césaire, j'ajouterais : "pour de vraies raisons et avec les formes" . Ribbe en offre une manifeste, et, disons-le, une magnifique démonstration. Il rappelle le parcours de ce martiniquais avant tout français, maire de Fort de France puis député (avant d'être auteur) dès 1946, mais aussi longtemps membre du PC, qu'il fut préfacé par André Breton, etc., etc., mais surtout l'auteur d'un livre qui maintient en éveil la mauvaise conscience de l'esprit colon qui sommeille encore en beaucoup de nos concitoyens : Discours sur le colonialisme (1950).  Ce texte est étudié dans les collèges aujourd'hui. J'ai vérifié. La censure rappelée par Ribbe n'a finalement pas été pérenne.

Qu'Olivier Py ait rendu possible à l'Odéon le seul hommage intéressant  (qui vit jouer La Tragédie du Roi Christophe écrite en 1963) n'étonnera guère les partisans d'un théâtre français joué par des français pour des français : l'entrée de Césaire à la Comédie française est récente, celle de Marie N'Diaye fait encore jaser les cons de tous bords, comme l'idée d'intituler "Continents noirs", une collection chez Gallimard ouvertes aux plumes francophones issues des anciennes colonies afro-antillaises : "Mais quelle drôle d'idée quand même", ricanait lors du dernier salon du livre de Paris un type que je croyais plus intelligent et qui voyait depuis dix ans tous les jours dans les bureaux de Nova ses potes "blacks" galérés comme des malades à la recherche d'un éditeur qui propose autre chose que du compte d'auteur. Les détracteurs, les fâcheux, mais aussi certains intéressés (les négrophiles ?) préfèreraient le silence, comme pour mieux ajouter au mépris. A cette logique de mort (de la mémoire), il faut répondre par le bruit. Claude Ribbe n'est pas du genre à se taire. On se souvient de ses prises de paroles (quand on tente de réduire son essai Le Crime de Napoléon  à un "Napoléon = Hitler"), il y revient d'ailleurs
sur son site, territoire de liberté de paroles et de "mots mis en face des choses"  : là encore, je ne connais pas beaucoup d'intellectuels abordant toutes ces questions avec autant de justesse dans l'argumentation (il en est un dont je n'écrirai pas le nom [Ribbe en a le courage, lui] qui s'associant à quelque comique autrefois aimé de nous, ferait mieux de réfléchir avant de parler).

Cette justesse, cet art du lien, de la citation, bref, de la rhétorique, fait toute la force et la différence dans Le Nègre vous emmerde. Il est bon d'y lire comment les Villepin, Bayrou, Royal et autres politicards borgnes, tentèrent ces dernières années de récupérer les votes martiniquais (et antillo-guyanais) en cherchant la bénédiction de Césaire. On ne s'étonnera guère des manœuvres mais plus de l'attitude de Césaire : il tiendra la dragée haute face à De Gaulle en 1964, face à Giscard ensuite, et finalement, ce n'est PAS parce que Mitterrand tient quelque peu ses promesses en matière d'autonomie et de reconnaissance des "DOM", que le Césaire politique devient le parangon du Socialisme. Quant à Sarko : il déboute le ministre pour accueillir ensuite le candidat aux présidentiels.  Liberté grande.

Page 70-71, je vous recommande un vibrant passage sur le "dénominateur commun" et la solidarité de la souffrance. Si l'on ne croit pas à ça, c'est à vous désespérer de la race humaine. Ah ! le mot "race" : Ribbe lui fait un sort, bon c'est pas nouveau, mais ça fait là aussi du bien de lire "dans le bon sens", des choses qui nous semblaient acquises, voire élémentaires. En vérité, les faits, l'actualité, démontrent tous les jours notre incapacité linguistique à faire notre révolution [en ce qui me concerne, cette révolution-là commencée au lycée n'a jamais cessé d'advenir...]

On apprend aussi ce qu'a été le Buridom (Bureau pour la migration intéressant les département d'outre-mer). Je ne savais pas. Mais j'avais quelque doute. Là encore, De Gaulle, comme Napo, en prend pour son grade de général.

Enfin on revient sur le Panthéon, ce monument laïque dont rien que la croix dominante signifie la sombre hypocrisie. J'ai longtemps été partisan d'un Diderot au Panthéon : mais le côté "girouette" du confondateur de l'Encyclopédie ne plait pas aux panthéonisateurs. Césaire serait-il "rangé" dans le secteur "inclassable" et de fait, non admissible sous la coupole Soufflot ? Après la mise en bière sur son sol natal, la mise en boîte par les récupérateurs, pour terminer avec une mise au tombeau symbolique, un "cénotaphe" : c'est entre autre ce que dit Ribbe.

Je n'ai qu'un seul regret : les deux dernières petites phrase, au dos du livre, de ce que l'on appelle l'argumentaire destiné au lecteur pressé  : "A partir de là, Claude Ribbe interpelle les Français. Sont-ils enfin capables de regarder en face la réalité de leur racisme ? "

Ce livre vaut bien mieux qu'une tentative de culpabiliser "les Français" sur ce qu'ils auraient en propre : une forme inhérente de racisme. Oublions le marketing, les généralités maladroites de dos de couverture, et lisons cet essai : le 5 juin dans toutes les librairies (enfin, on l'espère).

Par Di Folco - Publié dans : De mes lectures - Communauté : Littérature
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Mardi 27 mai 2008

(Ici, je voulais mettre le dos du rapeur 50Cents, mais ça marche pas ! Quelle galère !!!)


Coup de sang ce matin près du métro Duroc : un café-tabac me refuse mes 4 euros 80 centimes contre un paquets de blondes. Prétexte : j'ai 20 centimes en pièces rouges ! Soyons précis, le petit commerçant l'est, pas de raison que je me fasse entuber sans explication : les 20 centimes se composaient intégralement de pièces rouges soient 2 x 5 cents, 2 X 2 cents et le solde en pièces de 1 cent.

Il me conseille d'aller à la Poste, non sans brandir un gros sac rempli de pièces rouges et d'ajouter : "Vous voyez, j'ai même plus le temps d'aller à la banque..." Eh ! ducon, je peux pas faire coursier en plus, non ?

La postière de la rue Vaneau : "Oh non, ça non, regardez, mon tiroir en est plein et mon collègue, c'est la même chose !" Pendant ce temps, un distributeur de timbres crachent au son du bling bling jackpot une nuée de 1 cent, de l'autre côté de la salle. J'ai juste eu le temps de japer : "Non mais c'est pas vrai : alors, c'est quoi, ça si c'est pas de l'argent, si on peut rien en faire, hein, et en plus, c'est vous qui refilez cette merde !" Réponse : "Je sais, c'est terrible : le pire c'est que si vous allez au CIC du coin, ils vous diront de venir ici !"

La tension montait : je n'avais pas fumer depuis hier soir.

Je regardais mon tas de cuivre dans la main. Je pensais à tous ces vols de cuivre qui, soi-disant, ont lieu en Europe, escamotant en un clin d'oeil tuyauteries, tubulures et casseroles. Et si l'Etat volait lui-même ses usagers ? Ecoulant du cuivre recyclé sous la forme de pièces INUTILISABLES ?

Que fait Bernadette ? La campagne "Pièces rouges", ça marche pas avec ce label. En revanche, elle a gardé le syntagme "Pièces jaunes", et du coup, ça banque : 5,5656 fois plus. Pas folle, la bougnatte !

Je trouverai bien un moyen d'écouler mes pièces rouges, avant de voir rouge et pourquoi pas, dans un coup de rouge, sur un beau comptoir en zinc ?

Amis, levons le coude, demain est un autre jour !

Par Di Folco - Publié dans : De l'irritation - Communauté : L'écriture comme antidote !!!
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Samedi 24 mai 2008







Impossible de trouver un fichu temps de pose pour donner un style à la Giacomo Balla ou à la Marcel Duchamp. Pas d'escalier, ni de nue, ni de tapis rouge. Les reflexes numériques imposent une netteté contradictoire. Elle est déçue, tout autant que moi. De plus, ce jour-là, il fait gris. Il n'empêche que tes cannes ambrées valent bien celles des starlettes. Je me relève difficilement du sol. Fait penser au dos d'Ozu. Dodo, zu ? Au dodo. Ozu tu connais, c'est un peu chiant, je sais, on adorait ça dans les années 1980... A dada. Tu grandis si vite et moi je me tasse. "J'habite le pays de mon enfant". Tu marches au dessus de mes traces, bien au dessus. Tu t'élèves. Tu t'élèves... Tes mains frolent les livres. Tes pas se perdent dans le noir du couloir.

Par Di Folco - Publié dans : De mes apparitions - Communauté : Cinéma
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Mardi 20 mai 2008


Nous sommes restés longtemps devant ce grand portrait de 1989 signé Antonio Saura.




En sortant des Abattoirs, nous assistons à un défilé de lycéens et de profs, nous restons derrière les grilles du musée, un gardien nous conseille de ne pas bouger.





Nous refluons vers les jardins et débouchons sur un parapet et restons une demi-heure sans un mot.
On se dira plus tard : "On pourrait se croire à Florence..."

La musique des chutes d'eau et le fort soleil achèveront de nous propulser dans un été promis à toutes les libertés.




En revenant sur l'avenue du quartier Saint-Cyprien, nous croisons trois levrettes forcément effrayées. Les manifestants sont partis. Nous devons rejoindre Paris, un taxi arrive. L'avion se posera à Orly dans moins d'une heure. Nous saluons le groupe d'artistes américains TODT, mais aussi un éditeur enthousiaste, et les personnels des Abattoirs.

Dans quelques heures seulement, alors que nous serons rentrés chez nous, et que nous repenserons aux travaux de Saura, une pluie de grêle s'abattra sur Toulouse, déplumant les arbres de leurs jeunes feuilles et recouvrant d'un étrange tapis blanc le rose pubescent de l'accueillante cité.



                                                                                                                                                                          à SLK

Par Di Folco - Publié dans : De l'ailleurs - Communauté : L'écriture comme antidote !!!
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