Les petits hôtels, et mes quelques lecteurs le savent, me donnent souvent l'occasion d'une migration poétique. Je passe devant, je m'arrête, je regarde les fenêtres, parfois l'une
d'elle laisse deviner une silhouette ou une petite culotte qui transpire au vent, et là un vieux sac en plastique qui pendouille, quelques pigeons le chatouillent du bec. Ici,
l'hôtel n'affiche même pas une étoile. Il se trouve en haut de la rue Monsieur le Prince. Qui est Stella ? Une américaine débarquée là dans les années 1950-60, issue de la génération perdue
? C'est pas très cher. Pour 38 euros on peut dormir, écrire, s'isoler, s'extraire. Bien entendu, je donne là une adresse mais je continues mon chemin. Je ne vais pas m'y arrêter. C'est au
cas où. Se dire qu'un hôtel minable vous attend quelque part. Que la posture de l'écrivain reclus, un peu maudit, puisse perdurer ici. Ou bien je m'imagine touriste, marcheur solitaire, arpentant
l'Europe, un bouquin de Nicolas Bouvier dans les poches, et je finis là. Le Stella sent bon. Tous les soirs, le gardien de nuit change. Faudrait tester le lieu. Tenter une expérience
d'écriture. Capter les fantômes. Devenir gardien de nuit. Stella est-elle encore vivante ? Connaît-elle Sophie Salle ? C'est une question lourde de conséquences.
Très heureux et fier de vous annoncer la sortir du nouvel opus de la célèbre revue BIL BO K !
Invisible depuis plus d'une année, cette revue qui s'édite entre Bruxelles, Paris et Londres, devient international et a choisi comme thème : "Spirit".
Voici le programme :
Pour cette revue dirigée par Philippe Blondez depuis 1995, et à laquelle je collabore depuis plus de huit ans, j'ai écris un texte intitulé
"L'esprit du dernier des Pynchon", illustré par des images de l'Exposition internationale de Chicago de 1893.
Vous pouvez commander cette revue en passant par le site suivant : www.bilbok.com
ou attendre sa sortie en kiosque/librairie le 15 mai (attention, très collector, mieux vaut réserver son numéro !).
Il faut l’imaginer se réveiller à 6 heures du matin et partir inspecter son terrain en pente. Au bout de la
petite prairie verte, quelques monticules de terre noire indiquent leurs présences intempestives. Il faut le voir inspecter les pièges, de jolies pinces à escargot montées sur ressorts et
terminées par de la ficelle. Il tire un peu dessus. Il en a une ! L’animal est aveugle, l’homme non. Ça s’appelle une taupe. C’est grand comme ma main. Le museau ressemble à une hure, un
groin, et les dents sont celles d’un rongeur. La fourrure est douce, et couleur noir de jais. Les deux pattes antérieures sont surdimensionnées et palmées, sans doute pour ramener, pelleter,
excaver la terre. Chacune porte cinq doigts encroutés de terre. Mais les pièges se déclenchent parfois seulement sur du vide, ne ramènent du trou que du granulé, de l’éboulis. Les choses ne
vont pas assez vite pour l'homme, et les monticules indigènes se multiplient. Il va falloir agir plus fort. Trouver une solution plus radicale. Il imagine quelque pétard, qui, une fois allumé,
poursuivrait la bête nyctalope et laboureuse en d’obscurs tréfonds. Il se dit qu’en tirant un coup de carabine bien ajusté dans l’un de ces opercules miniers, la détonation, l’odeur de la poudre,
voir quelques plombs suffiraient sans doute à anéantir la talpique maraudeuse.
L'homme est un infatigable travailleur à défendre son territoire. Aujourd'hui, il s'étonne de cette présence tellurique sous son jardin à l'anglaise. Demain, il passera ses doigts dans son gazon
coupé ras, carressera sa terre basse, bien allangui au soleil, quelque peu aveuglé, voire étourdi par le grand silence que la Nature soudain lui opposera.