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Dimanche 30 mars 2008

 

Insupportable cette affiche du plus mauvais road-movie de toute l’histoire du genre, Into The Wild (Sean Pean, 2008), qui encombre depuis deux mois l’une des trois salles de l’UGC Rotonde. Quand j’ai l’audace de dire tout le mal que je pense de ce navet pétri de mauvais bons sentiments, j’entends dire : « Mais ce que tu es méchant ! ». Il faut se pâmer face au stupide éternel jeune-homme en quête de père, de vraie Nature, de froidure et d’ordalie. Il faut admirer tous les films, je dis bien tous, dès qu’ils sont commis par des acteurs. Même chose pour le Boon : le seul que je puisse à la rigueur respecter dans cette grossière histoire de Ch’tis c’est le producteur. Claude Berri, on le sait trop peu, on ne le dit pas assez, aime les gens. Eh ! bien pas moi. Je n’aime pas aimer les gens, car derrière ce mot, « gens » se cachent des foules de gens. Je n’aime pas les masses. Dès qu’il y a consensus sans débat, emballement de veaux, ruées de cloportes, je détale. Au mieux, je vais voir le film, à la séance du jeudi matin, celle de 9h45 au Pathé Wepler, là je suis certain d’être seul dans la salle. Non seulement « faut aimer les gens », mais faut faire mine de cracher sur les films intellos, les auteurs complexes, etc. Faut aimer les gens et les pets, les rots, les courses au supermarché, les crédits à la conso, les deux voitures et les vacances scolaires incessantes. Faut aimer les gens. Mais les gens ça n’existent pas.
Tout ça pour dire mon ras-le-bol des extases subites pour le Nord. Qu’il soit alaskien, lillois, ou islandais, oui, cette île dont les voyagistes me rabattent les yeux à coup de spams avec en prime un mini-films à la con mettant en scène deux pétasses néobabas parties en short à la conquête des geysers et d’hypothétiques vickings dégénérés et sans aucun doute impuissants puisque, c’est bien connu, là haut, ça boit cul sec et généreusement !
La Nature ça n’existe pas et l’illusion qu’il en serait une, pure, haute, marmoréenne, dans les glaces du Nord, ne m’excite pas. Pire, je crains que cette Nature-là ne cache quelques fantasmes malsains : La Nature ! Sans personne ! Alors ? On s’y retrouve comment ? faut aimer les gens qui aiment les endroits où on se fait chier parce que y’a personne et où on se les gèle ?
Les Ch’tis ça n’existe pas plus et mes nombreux allés et retours entre Paris et ces régions françaises ne m’ont pas convaincu du contraire. Au cœur de la Picardie, peut-être… En Wallonie, sans aucun doute, et encore. Je préfère les limougeots, les poitevins, les amateurs de graisse de canard, et autres irréductibles Corses mais ça ne m’empêche pas de fantasmer sur une bicoque du côté de Bruay-en-Artois : pas pour le crime, juste pour la frime (et facile, la rime).
Non, y’a pas à dire : je suis bien, au chaud, dans mon petit appart’, entre fissures dégoulinantes, plancher défoncé et tuyaux de plomb chantants. J’emmerde personne, pas même « les gens ».

Par Di Folco - Publié dans : De l'irritation - Communauté : Cinéma
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Dimanche 23 mars 2008

DEPUIS UN BON mois, que mon "U" tringla dans le caniveau, je roule vélo libre, sans attache, le posant ici et là, sans surveillance. Je m'en fiche. Il est vieux. Pourri. Personne n'en voudrait de toutes façons. Pourtant, ce soir, à la terrasse du Bracchi, je garde un oeil suspicieux sur mon vétété rouillé. Sa verdeur pistache se voit de loin. Pas si mal la draisienne. A vingt mètres de là, une grande tige germanopratine se déhanche, le reluque, mais oui, elle le tâte, et se l'approprie, ça fait pas un pli. Je me lève, l'apostrophe : "eh, ducon, c'est mon mien, tu touches pas : comprendo ?!" Je me suis réveillé deux heures plus tard. Sonné. Avec dans l'estomac un poids, ou plutôt un floc, un flot, une triple fiole de liqueur forte. La garçon du Bracchi me montrait du doigt. J'étais avachi, comme posé en rond, dans un coin de la salle. La fliquette discutaillait avec l'Auvergnat, s'enfilant une rondelle de jésus. Elle avance vers moi, me pointe la trogne de son stylo "et alors, ça va mieux, kékispasse jeun'heume?". Dans la glace du fond, ma face était couperosée. "Vous aviez bu pour vous emporter comme ça ?" poursuit l'agente féminine, son bout de langue labourant sa dentition à la recherche du porc perdu. "Longtemps, je me suis couché sur le carreau : non-violent, tel est mon credo..." que j'articule. "A la bonne heure : il parle ! Va falloir nous expliquez..." Alors, nous entreprîmes elle et moi un dialogue. Au bout duquel, il ressortait que, primo, je n'avais aucun moyen de prouver que ce vélocipède m'appartenait ; deuxio, je n'avais donc pas à réprimander le civil ni le molester ; tertio et pour en finir "je vous inflige une amende pour tapage et ivresse sur voie publique".

"Mais on est dans un café..."
- Vous savez bien qu'on vous y a mené...
- Qu'on m'y a emmené... Qui donc ?
- Bein le garçon de café, là...
- Il me connaît bien... je suis un calme, un gentil...
- Cépasaquidi...
- Quoi, pas ça ? Qu'est ce qui s'est passé nom de...
- Il vous a jamais vu..."

J'ouvris bien grandes mes esgourdes. Alentour, le Bracchi s'était métamorphosé en Café Tomaso. Envolé le Brachi. Envolé le vélo. Envolé aussi les biffetons. Il me fallut payer rubis sur l'ongle. Je suis rentré à pince, faucher comme les blés, dans la froidure du petit matin. Bien entendu, chemin faisant, je me suis demandé si cette femme perceptrice n'était pas déguisée en fausse verbaliseuse rien que pour m'extorquer d'hypothétiques fonds. Après l'arnaque au vétété, dont le titre de propriété restait également hypothétiquement coincé entre vingt tonnes de factures, après une série de spoliation, de vol d'identité, de dérive éthylique et de poltronnerie minauderie, j'en vins à douter de la réalité, la clef de ma porte dans la main droite (ou gauche ?). Cette nuit n'avait pas été blanche et noire. Elle n'avait pas été un rêve. C'est ça le drame. Saoul comme une bourrique, je m'attendais à retrouver mon vélo au réveil, dans sa belle robe verdâtre, perdu au fond de la cour... Papate que j'étais : quelle cour ? Pendant ce sommeil stupéfiant, la mise en scène montée et la messe dite, permirent simplement l'escamotage d'une partie de mes attributs. Car ce n'était pas fini : en ouvrant la porte (curieux, le couloir semble moins large), une toute petite vieille me tance, crie et vitupère : "T'as donk pas fini de trainailler, fils de pochard, t'es même pas fichu de t'habiller pour sortir !" En vérité, la vieille, l'avait raison : mon seul caleçon, un modèle Redoute 1987, noisette et bruni aux élastiques, pendouillait sur mes guibolles.

Par Di Folco - Publié dans : Des travaux en cours - Communauté : L'écriture comme antidote !!!
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Samedi 22 mars 2008

La lecture du dernier opus de Dominique Noguez, Oeufs de Pâques au poivre vert, offre quelques bons moments d'hilarité. Le tout est bien fignolé, signé, je crois, pour la maquette, d'un certain David Pearson (Zulma, 9.50 €). 

En réalité, ai à peine le temps de lire les potes, de voire des films, de sortir prendre l'air.

JPDT me fait cette remarque dans un mail : "Encore un livre de toi - je comprends pourquoi on ne te voit plus - serai à l'étranger jusqu'au 5."

MLD me demande des adresses.

PT veut me montrer ses blessures de sport.

JS revient de WDC.

SLK m'offre tous les soirs de formidables ouvertures sur le ring de cocktails "inmanquables".

Si je m'exécutais immédiatement, si je répondais "j'arrive", à la vitesse d'un courriel, si je courrais donc à la rencontre de ces invitations amicales, eh bien, mes enfants chéris, de quoi aurai-je l'air l'été venu ?

Vous partirez donc en "grandes vacances", après celles de Noël, de février (le ski !), de Pâques, mais vous penserez à moi mes petits chats, je serai entre mille et une notules sur les rotules.

Oui, je sais, "travaillez plus pour gagner plus".

Ou "écrire plus pour perdre moins".

Ou encore : "Penser juste pour penser plus".

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Par Di Folco - Publié dans : De mes apparitions
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Mercredi 19 mars 2008

Caf--Le-Nicot-rue-Vanneau.JPG


Salle du Café-bar-tabac-jeux "Le Nicot", angle rue Vanneau / rue de Babylone, Paris 7e
Le Nicot est dirigé par Marcelle depuis 1979 et a été revendu depuis peu.

Attention, ce décor se désintégrera dans quelques jours...

Par Di Folco - Publié dans : Des images - Communauté : L'écriture comme antidote !!!
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Mardi 18 mars 2008

Steiner-11-02-08-copie-1.JPG

A bientôt 80 ans, le parisien de naissance George Steiner, navigue depuis plus de quarante ans, entre les chaires d’Oxford, Princeton, Cambridge et Genève, préférant la compagnie des scientifiques à celles des littéraires. L’auteur d’une cinquantaine d’essais jubilatoires, nous convie cette fois à traverser un semainier confit de savoirs, sept mots d’excuse en forme de contes philosophiques, d’une admirable portée morale où l’insolence le dispute avec l’exigence, toujours modeste, de la Vérité. De ces livres jamais écrits, sur lesquels plane l’ombre d’un Borges, on ressort comblé, l’on voudrait dire merci, merci pour ces anecdotes bondissantes, voire croustillantes : ainsi cette question, « qu’est-ce que la vie sexuelle d’un sourd-muet ? » – ou bien encore : « à quoi bon passer toute une vie [ici celle de Joseph Needham] à écrire l’histoire des sciences et de la civilisation chinoises sans tomber dans une sorte de fiction générale du monde ? » ou encore : « comment peut-on être un poète épique animé d’ambition philosophique quand Dante est […] dans les parages ? » Steiner questionne aussi bien son identité, son rapport à l’éducation, aux animaux, au politique ; dans la foulée des jours qui s’enroulent en autant de points de rencontres (et s’il fallait écrire un livre pour chaque homme croisé dans sa vie ?), le penseur se pose en prince de l’échec, en croyant du désastre, en défenseur de la cause des pèlerins, des vagabonds qui collectionnent les passeports comme d’autres les timbres poste. Comment Steiner a-t-il pu écrire après Erasme, Montaigne et son cher Proust ? Réponses, dans ces sept péchés du connaître, parce que « nous sommes les invités de la Vie ». N’oubliez pas de refermer la porte en douceur…
 
George Steiner : Les livres que je n’ai pas écrits,
essai,tr. de l’anglais : M. Groulez, éd. Gallimard

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Photos prises à la Lib. Compagnie, 11 février 2008 
Par Di Folco - Publié dans : De mes lectures - Communauté : L'écriture comme antidote !!!
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