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Mardi 27 février 2007

L'autre soir au Polit j'étais parti en vrille, improvisant un petit cours d'Histoire sur les descendants des capétiens et des orléans. On se disait : "Et si un roi ou une reine revenait ?" Ah, par la sainte Lambick ! Par la dantesque Gueuze !

Est-ce que nous sommes prêts à dire "Présidente Royal" ? Ce hiatus risque de peser sur le choix des votants, puis sur les Français(es) en général, qui préfèreront utiliser "Ségolaine", sans tambour ni trompette, un prénom qui sent bon la continette, la fabulette et la châtelaine, créant ainsi un lien de convivialité inédit entre le Haut et les autres, les contribuables nés en France inscrits et/ou sur les listes électorales (soyons précis). Disait-on "Louis" du temps des rois ? "Notre bon roi", peut-être, et encore... On observe ce particularisme nominatif chez nos voisins anglo-saxons, on entend ou lit dans certains médias "Tony said", quand eux-mêmes se plaisent lors d'un discours officiel à fustiger ou indexer leurs interlocuteurs de même niveau hiérarchique, d'un "Saddam should know..." et autre "Jacques, welcome back...". "Miss Royal" ça passe en anglais. Mais pas chez certains francophones. Pas "chez nous", comme ils disent, même si la République peut se targuer de dater de 1875 (une seule interruption entre 1941 et 1944, le maréchal Pétain ayant même fait frapper un "écu" à son effigie).

Ce hiatus deviendrait aussi une astuce, que ça ne m’étonnerait guère. Président Sarkozy ça sonne pas français mais ça en devient un argument aussi, discriminatoirement positif, belle ironie, un fait tout aussi probant que le sexe du candidat, voilà, on est comme ça, quand on enquille les noms de présidents depuis 130 ans, on voit défiler les terroirs, les pays, les petits coins entre vallons et vallées comme dans La Colline inspirée de Maurice Barrès, le livre préféré de feu "Mitt'rand" (ou "Mimite", comme disait mon père né en 1941), mais surtout que des grands pères, mort ici en épectase, là descendant d'un train en pyjama, ou encore inaugurant les chrysantèmes. Et "De Gaulle", ça en jettait non ? Ce grand gars de Lille, qui porte sa destinée dans les entrailles de son nom !

Au finale, c’est encore "Président Bayrou" qui passe le mieux. Avec son physique de rugbyman mangeur de cassoulet, rassembleur, et au dessus de la mêlée.

Un nom n’est pas un simple nom. Pour jouer en première ligne, va falloir assurer. Et trop tard pour en changer.

Par Sénéchal - Publié dans : De la contrainte
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Dimanche 25 février 2007

Vendredi soir, l’avant-dernière de la reprise Le Roi Lear  avec Michel Piccoli aux Ateliers Berthier. Je découvre pour la première fois ce lieu situé porte de Clichy, un ancien hangar des années 1930, peut-être. Je m’en fiche. Je vais fumer deux cigarettes dehors, dans l’humidité de cette soirée qui n’est plus tout à fait hivernale ni déjà le printemps, je téléphone à ma mère qui m’apprend qu’elle a perdu tous ses cheveux, que les rayons s’arrêtent sous peu, je rallume une clope, je la jette, le vent pique, je regarde les publics s’agglutiner dans l’entrée contrôlée par deux physionomistes, puis je me dirige vers le bar, je n’ai ni soif ni faim, je suis un peu agacé comme autrefois quand j’allais au théâtre toutes les semaines, par ce côté « nous autres on ne fréquente que le théâtre de création, on en est et on vous emmerde… », je pense à l’ère Lang pérenne, au fric que ce lieu doit coûter, puisqu’il s’ajoute à l’Odéon bientôt dirigé par Olivier Py qui nous servira des « créations » de 6 heures voir plus, comme au tant de l’Aquarium Mouchkine, les samossas et l’encens en moins, mais le spectre de Jean-Luc Lagarce en plus, oh oui, Lagarce que c’était chiant, et que j’en ai marre du culturellement correct, du faussement transgressif, du « s’il a le sida, c’est que cet artiste est sublime, forcément sublime », et j’ai envie de fumer, mais la sonnerie retentie, et là j’aperçois la comédienne Dominique Reymond, venue avec une jeune fille, elle m’avait bouleversée chez Sobel du temps de Gennevilliers (on était abonné, on faisait l’effort dans les années 1990-1995, de se taper le métro, les retours en taxi, mais on sortait ravi d’un Mort de Danton de Büchner, ou alors d’un Thomas Bernhardt, d’un Peter Handke chiantissime (on en riait), je me souviens aussi de nos abonnements au théâtre de la Bastille, de David Warrilow, l’Acteur préféré de Beckett, oui celui de Quad tant admiré par Gilles, vu dans L’Institut Benjamenta, avec un Philippe Demarle éberlué, fragile et postillonnant, l’accent du pays déboulant de temps à autre, que tout ça est loin et je mélange tout), Dominique Reymond donc, que je recroise au bar après les 2 h 45 de neige en plastique et de pétards « ambiance mafia Chicago » voulus par le metteur en scène André Engel, après quelques répliques souvenues (on a tant piqué au Lear, à W. S. que là on est en terre familière), et tout en l’écoutant, cette belle voix grave, je repensais à son jeu dans Sade de B. Jacquot, dans Les Destinées sentimentales de O. Assayas ou dans Presque rien de S. Lifshitz, trois films sortis en 2000, et je la trouve mieux qu’à l’image, je veux dire qu’elle est bien comme ça (les acteurs dans la vie courante, certains glissent, ils ont cette grâce), son verre de vin rouge à la main, sa fille de 20 ans, et puis l’éclair, l’absence, soudain, je me souviens de son rôle dans Ma Mère de C. Honoré, totalement nul ce film, comment prétendre pouvoir filmer d’après Bataille, ça me dépasse, mais elle sauvait une partie du film, en fait c’est le seul film où la Huppert ne joue pas bien, je trouve ça, je pense ça, et je repense à elle, son crâne chauve, ses petites touffes de cheveux blancs, sa perruque, je pense à la vieillesse, aux marques indélébiles, à la dégradation des corps, aux désirs intacts, je pense aux désirs sexuels dans un corps qui sent la mort, qui voit la mort dans le miroir du matin, je me dis que devenir aveugle comme Gloucester c’est pas si mal, guidé, sans le savoir et sans le voir, par la main d’un fils qui joue au fou, là-dessus je veux fermer les yeux, cesser de penser à elle, mais l’image hideuse me poursuit, jusque dans un rêve que je fais vers 5 heures du matin je crois, puisque ne parvenant pas à m’endormir, même après m’être enfilé trois heures de Profit (série culte de 1993, 8 épisodes), elle est encore là, la mère confondue en des centaines d’avatars, et que quelle que soit la métamorphose que je me propose de lui plaquer sur la face (pour m’échapper de ce qu’elle a été, de ce qu’elle est devenue), elle rôde encore, alors que les oiseaux chantent dans la cours, que je me lève du fauteuil pour aller me faire un café, que je me prépare pour la piscine, que je me heurte aux vieilles nageuses, que je me frotte après la douche et que je découvre que je peux encore me prendre un kilomètre de brasse sans arrêt cardiaque. Ensuite, place de la Contrescarpe, le soleil, le petit chocolat, tout ça convoque les beaux souvenirs, du temps où tu m’emportais avec toi, rue du Montparnasse, chez Larousse, tu portais un tailleur sexy, et je t’aimais.

Lear retrouve Cordelia bien après qu’il l’eut chassée : « Oui, ce que mes yeux voient, ne peut tromper le cœur d’un vieil homme ! ».

Cette absence de clairvoyance des vieux ne serait rien, si nous parvenions à échapper aux illusions dans lesquelles nous devons parfois fusionner, arrivistes postichés que nous sommes tous condamnés à être pour devenir.

Par Sénéchal - Publié dans : Des questionnements
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Dimanche 18 février 2007
Georges Lucas, PDG de Lucas Films Ltd, ne sait plus quoi faire de ses millions après la fin de la série Star Wars. Il vient de remasteriser Chantons sous la pluie, un film qui en avait bien besoin :



Par Sénéchal - Publié dans : Des images
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Samedi 17 février 2007
Scène culte tirée du film Velvet Goldmine (1998) de Todd Haynes où l'on voit Ewan McGregor chanter (en live) et se démener, en Curt Wild du groupe garage The Rats, clin d'oeil appuyé, cul nu et zizi inclus, à Iggy & The Stooges. Et c'était avant d'être niqué par Star Wars, et juste après Transpotting. On le regrettera ce dingue d'Anglais.

Par Sénéchal - Publié dans : Des images
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Vendredi 16 février 2007
Trois claviers bien tempérés

Hier soir je suis allé écouter à 21 h., un extrait du Clavier bien tempéré (Das wohltemperierte Klavier) de Johan Sebastian Bach. J'avais décidé ça la veille, car la veille tous les lieux de convivialité avaient été pris d'assault par des couples prétextes. Je me suis assis au fond de l'Eglise Saint Louis en l'Ile, sur ma petite chaise, et j'ai écouté la présentation donnée par l'organiste Pascal Vigneron, enseignant à l'Ecole Normale de Musique de Paris. Une seule phrase m'a touché : "On vient à Bach comme on vient à un ami, il est là au moment précis où quelqu'un vous manque, ou quelque chose fait défaut. Appelons ça la foi, appelons ça l'espérance, comme vous voulez : Bach est là, il y a Bach, éternel." Deux japonaises devant moi, deux japonais derrière. Des couples plutôt jeunes, des mamies, des grands messieurs secs et dignes, des rombières en fourrures, de grands bourgeois costumés comme pour aller au Lido, des étudiants solitaires, les deux prêtres catholiques cachés au fond d'une chapelle... voilà pour le public, environ 300 personnes. Sur les 4 h. 30 que dure les deux livres de la partition originale du Clavier, nous avons eu droit à un peu moins de deux heures. Une alternance de fugues et préludes (BWV 840 à 866) de piano forte (Dimitri Vassilakis, Soliste de l'Ensemble Intercontemporain/Pierre Boulez sur un Steinway), de clavecin (Christine Auger, des Conservatoires Supérieurs de Musique de Paris et de Lyon sur un Ducornet) et d'orgue (Pascal Vigneron donc, sur le grand orgue conçu par l’organier-maître d’art Bernard Aubertin et inauguré en juin 2005).
Bach n'est pas du tout un triste au fond, un froid calculateur, un tyran pour l'esprit. Quand je sors de ça, je flotte bien sûr, mais surtout j'ai l'impression que tout est bien rangé là haut, réconcilié avec le bas, en acord avec quelque aspiration, quelques rêves et aussi, j'ai oublié pendant deux heures ma seule présence, mes petites douleurs, mes tracas. Un peu c'est tout. Le sourire. Qu'il faut noyer dans le vin et les acides gras. Eh bien, les oreilles de cochon en sauce avaient le goût de Bach, les joues de lotte aussi et le vin, un Terre rouge, embaumait son Bach à plein nez. Le chauffeur de taxi racontait sa vie, devenue à force de travail, harmonieuse et finalement, il en était content. Bach ou l'étrange pouvoir narcotique de sa musique, qui, le temps d'un soir, me donne à espérer que ce monde vaut encore la peine. Comme un ami... comme l'Ami.
Par Sénéchal - Publié dans : Du petit commerce
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