Accès direct à...


> ACCUEIL  de ce blog
> Les écrits publiés (par genre)
> Les livres en LIBRAIRIES
> Signatures / agenda
 
MES NOUVEAUX LIVRES !!

undefined


Un problème de manuscrit ?
Cliquez ici :Logo-Web-Ateliers.JPG




W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Vendredi 20 janvier 2006
par Di Folco publié dans : Trier - penser - classer
commentaires (0)    recommander
Vendredi 20 janvier 2006
Le bonheur c'est de vivre éternellement dans un palace sicilien


Par le plus grand des hasards, je me suis retrouvé à faire le tour de la Sicile pendant le début de l’hiver 2000. Depuis 1850 et jusque dans les années 1920, les visiteurs du nord de l’Europe, quelques Américains aussi, effectuaient cette sorte de pèlerinage hivernal, à « contre saison » dirait-on aujourd’hui, vers les sources de la culture et des valeurs occidentales. Le tourisme d’alors ne signifiait pas « chasse au soleil », on le fuyait au contraire. Ce que l’on cherchait ? La douceur et l’Art ! Outre une quantité incroyable de temples grecs intacts désertés par les meutes de touristes,  la Sicile possède, de novembre à mars, un climat doux et tempéré, le tout servi par une cuisine variée et un sens de l’accueil remarquable. La Sicile en hiver : à voir !


  

Palerme, Grand Hôtel et des Palmes, samedi, 0h45.

J'arrive à Palerme de nuit. Au sud, le crépuscule comme un rideau de scène. Le Grand Hôtel, l'ancien palais des Ingham-Withaker, premiers négociants anglais de Marsala, digestif concurrent du Porto, du Sherry, semble fermé. Un vieux gardien en livrée élimée ouvre en toussotant. La discrétion il connaît car il a passé quelques années ici dans le secret de la compagnie des derniers descendants d’Alberto Capone. Les sbires du roi de la pègre se retrouvèrent autrefois souvent en ces lieux, en congrès, durant une semaine, régulièrement, jusqu’à ce que Hughes ne les capte sur Zéropolis. A gauche, incrusté sous l'immense hall en stuc blanc, le bar est une table d’hôtes bordée de damas rouges. Pas un bruit. La cire, les drapés, le temps suspendu... Wagner vécu ici et signa les dernières mesures de son Parsifal le 13 janvier 1882 avant de s'en retourner mourir à Venise, le Siddhârta inachevé en poche. Eut-il l'idée de donner Parsifal à la chapelle normande de Monreale (Montsalvat ?), plantée sur les sommets de Palerme (« Fuyez cette ville cholérique », écrit-il à Judith Gautier, la fille de Théophile – « Avec son philtre impur, gare / Qu’elle n’est vite tuer le maître. » P., Acte 1) ? Le Grand Hôtel, on en a tant rêvé : chambres immenses et délabrées, cube silencieux aux tuyaux percés, poussières d'étoiles... qui inspirèrent déjà le 13 juillet 1933, à Raymond Roussel, un étrange suicide : les superstitieux chercheront en vain la chambre 224 – c’est un placard ! Pour les détails macabres, lire l'enquête de Leonardo Sciascia. Au matin, la salle du restaurant d’époque brille de son argenterie usée, des linges amidonées, de l'abondante gentillesse du service : il n'y a pas un chat ! Tout va bien, le café est délicieux, un vrai Graal. Le bonheur c’est de vivre éternellement dans un palace sicilien.

 

Grande Albergo delle Palme : via Roma 398 Palerme - Tél. : 00 39 091 602811 Fax : 00 39 091 331 545



Erice, Baglio Santa Croce, dimanche, 19h35.
Cette ancienne ferme bâtit en 1623 comprend un
baglio, vieux mot dérivé du français (les princes d'Anjou régnèrent ici) et signifiant « patio ». Un énorme rocher pousse au milieu de la salle du restaurant, où l'on trouve une cuisine locale (mercenaires arabes, voici votre « kouskous » de poissons, qu’accompagnent quelques pâtes fraîches aux vangoles) arrosé sans faute
d'un Santagostino de Trapani, blanc sec idéal pour les poissons, récolté par des frères augustins et ce, depuis le XIVe s, lorsque le monastère leur fut offert par le roi Frédéric III d'Aragon. Les chambres entourent le patio. La mienne est étrange, pleine d'alcôves, le lit repose en l'une d’elles. Le calme est absolu, mes fenêtres ouvrent sur le mont d'Erice cerclé de nuages. Le lendemain, je grimpe sur cette montagne pour visiter un château fort flottant dans le brouillard : sonnez les cuivres du grand Richard ! De là-haut, on voit par intermittence les longues plages de Bonagia. L’air est pur, vif, piquant. Le bonheur c’est de vivre éternellement dans un palace sicilien.

Baglio Santa Croce : SS 187 Contrada Santa Croce, 91019, Valderice

- Tél. : 0039 0923 891111 Fax : 0039 0923 891192



Trapani, Tonnara di Bonagia, lundi, 17h15.

Aux pieds du Val d'Erice, une tonneraie (ancien autel sanguinaire, de la pierre au harpon, le thon – la bonite – ici succomba par millions) habilement transformée en palace. Une capitainerie avec sa tour, de solides bâtiments entourant une cour pavée, un café, des échoppes, de vastes appartements style pécheurs et très design. Autrefois, lorsque les bonites impitoyablement abattues s'échouaient dans les filets des pêcheurs du village, la mer virait au vermillon. Ce soir, le rouge est maître, d’abord dans le soleil couchant, puis une sorte d'excavatrice rubiconde un peu bruyante finit de creuser le port de façon obscène et récolte une boue grenat répugnante qu’elle vomit sur les petits quais, et ici les filets sèches dans leurs mailles carminées, là les mini vespa prêtées par l'hôtel sont peintes en bordeaux et le restaurant propose des rougets : la Sicile et le Sang, vieille alliance, anciens rites. A la télé, des hommes politiques italiens s'écharpent, scène horrible habilement détournée par deux comiques assistés par de sublimes créatures quasi nues. Soudain, nos compères débarquent en studio sur une vespa (rouge) en déclamant des odes au mythique deux roues. Ces guignols me donnent l'envie d'en faire. La Tonnara en loue pour rien. Je roule en zigzaguant (à la sicilienne) sous la lune immarcescible qui flamboie, à sa base : demain, visite du temple inachevé de Segeste, pour un début prometteur dans la Magna Grecia. Je m’endors sur mon Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres (300 ap.c.) : Gorgias, Empédocle… Le bonheur est-il de vivre éternellement dans un palace sicilien ?

 

La Tonnara di Bonagia,  91010 - Bonagia (TP) - Tél. : 0039 92343111  Fax : 0039 923592177


Agrigente, Villa Athena, mardi, 20h05.

La route passait par Marsala et le Capo Lilybeo, pointe ouest extrême du triskèle sicilien, proue d'un navire aux soutes inépuisablement épicées : vue magnifique, Tunis est si proche... Les caves de Marsala, des centaines d’entrepôts décrépis, où dorment des tonneaux centenaires remplis de ce vin aromatisé, celui qui enchantât longtemps les esprits du XIXe, de Byron à Flaubert, et fit les fortunes anglaises, témoins ces palais palermois qui se souviennent encore de leurs hôtes albions. Après Ségeste, l'alignement des temples d'Agrigente confirme que la Grande Grèce survit en Sicile et nul par ailleurs (exception : Pastum, au sud de Salerne ?). Face au Temple de la Concorde, il faut se réfugier, se cacher dans les jardins chargés de spectres, d'amandiers, d'orangers, de la Villa Athena, à l'abri des barres HLM très Chicago, endeuillant à jamais les paysages face aux sanctuaires. Pierre Herbart, autre illustre marin perdu, écrivait : « Cette oeuvre aura rempli son espérance si elle apparaît comme une annonce faire à l'homme par des enfants et comme l'expression d'une revendication humaine ». En parlant d’Alcyon… La seule plage déserte se nomme Eraclea Minoa et vous offre ses sables d'or. Le coucher de soleil, hécatombe absolue, salut le mausolée de Pirandello sur lequel pleure un pin malade. Le bonheur c’est de vivre éternellement dans un palace sicilien.

 

Villa Athena - Via Passeggiata Archeologica - 92100 Agrigento (AG) Tél. +39092223833 Fax +390922402180


Syracuse, Villa Lucia, jeudi, 10h05.

Il faut fuir hélas Syracuse, ses embouteillages, ses plages polluées, éviter même la fontaine d’Aréthuse (réduite à une mare proche du cloaque), pour rejoindre le silence absolu, se réfugier au sud de la baie, face à Ortygia, là où les grandes familles élevèrent au début du XXe s. quelques remarquables palazzi. La Villa Lucia de Maria Luisa attend : maison privée, accueil familial, discussions le soir autour d'un thé, bibliothèque aristocratique (sa famille remonterait au XVIIe s.), patio terre sienne attenant à chaque chambre meublée avec goût, sorte de cube dorée dont l’œil de bœuf ouvre sur un immense jardin et une superbe piscine creusée l'année passée. La serre orangerie est rénovée. On se sent chez soi. Le soir, sur la petite route, je m'arrête chez Bruno à l'Ostrica Park pour déguster les meilleurs poissons de Sicile, les moules fraîches, énormes, sautées à l'ail, au milieu de pécheurs applaudissant le calcio à la télé. En face de moi, un italien, sombre, en costume gris, solitaire, visage émacié : rossellinien ou scorcésien ? Notre écran, la baie, interminable, s'épuise au loin, Syracuse devenant alors le diamant convoité, on n'oublie les milliers de touristes (quand même : que font-ils là ?) du Grand théâtre et de l'Oreille de Dionysos. Le vin blanc des coteaux de l'Etna vous donne des hallucinations, voici qu’un immense Disneyland pousse au milieu des ruines. Prémonitions ? On repasse devant la fontaine d'Aréthuse qui bouillonne, on peut y boire, choper la malaria, se faire rapatrier, ou alors danser la tarentelle jusqu’en haut du cratère et s’y jeter pieds nus. Gare aux vins du coin ! Car au dessus, le volcan nous appelle : il faut pousser plus au nord, le tic-tac de la grande pendule du salon carliste de Maria Luisa n’y changera rien. Le bonheur c’est de vivre éternellement dans un palace sicilien.

 

Villa Lucia - Contrada Isola Mondello, 1  Siracusa (SR) - Tél. 0931 721007 - 336 888537 - Fax : 0931 721587


Taormina, San Domenico Palazzo, vendredi, 21h15.

« Le plus beau des palaces du monde » n'usurpe pas son titre en dépit de la restauration du Timeo, son concurrent voisin, situé non loin aux pieds du fameux théâtre antique. Cet ancien couvent dominicain possèdent d'immenses atouts : efficacité et gentillesse de l'accueil, bar sublime, chambre monacale dont toute possède la vue sur la baie et l'Etna, et enfin, la salle des repas. Le hasard merveilleux voulut que la table où chambrait un Barolo Enrico Senifino 1984 (après le delirium d’hier j’avais besoin d’un baume !) se trouvât juste en dessous du tableau de « L'inconnue donnant le sein au vieillard ». Tout le monde semblait ce soir-là oublié que c’est à partir d’un plan de cette peinture anonyme, que, quarante ans plus tôt, Antonioni, parti à la recherche d'Anna, clôturait son Avventura. Au lieu de reluquer les créatures autrefois shootées par Wilhelm von Gloeden vers 1900, qui sont désormais toutes habillées en Prada, il faut se perdre dans les jardins mystérieux du San Domenico où rôderait le Ré del Bastoni. Et rêver. Et se déprendre. L'un des hôtes les plus illustres de Taormina, l'écrivain anglais D.H. Lawrence, y rédigea l'ultime dialogue de Femmes amoureuses (1920) : « - Tu ne peux pas dire cela, parce que c’est faux et impossible ! Je ne crois pas cela », ainsi répondait l’homme à son épouse, dans un ultime hommage à l’Amitié et à la Dignité. Au matin, les journaux titraient au retour de la Dolce Vita. Là-haut, les fumeroles de l'Etna dessinaient dans le bleu du ciel des croconuages, formes graciles qui n'en demandaient pas tant. Un soir, j’ai arpenté l'hôtel pendant la nuit, on dirait le Louvre endormi, dans le jardin aussi, les cénotaphes, les vieilles amphores, et l’air y était doux, j’y ai surpris du personnel prenant une douche (ah, le voyeurisme des écrivains en déplacement !) et toujours cet homme triste dans son costume triste (Kafka rend ça très bien) assis seul derrière son verre de Marsala... Décidément, il faut découvrir la Sicile en hiver, comme au XIXe siècle, c’est un peu cher bien sûr, mais on doit marchander, se laisser aller, louer une voiture, se donner l’illusion qu’on est libre de tourner autour du grand triangle de nos origines (« la nuit obscure d’où nous sommes venus ? »), car en fin de comptes, le bonheur n’est-il pas de vivre éternellement dans un palace sicilien ?

 
San Domenico Palace Hotel,  Taormina - Tél. : +39 0942 61 31 11 Fax : +39 0942 62 55 06 E-mail:
san-domenico@thi.it


POUR ALLER EN SICILE :
Départ tous les jours Paris-Naples puis escale pour Palerme
Retour par Catane-Naples puis Paris.
Location voiture de Paris (c'est moins cher)
Réservations indispensables même en hiver (meilleures chambres et 50% de discount)

 
(c) Philippe Di Folco

 

Article inédit qui devait paraître dans L'Optimum, hiver 2000.

par Phillipe Di Folco publié dans : Outre France
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 10 janvier 2006

Des entretiens en version intégrale restituée :

L'image « http://www.psu.edu/dept/scifi/images/man/blrdmug1.gif » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.  James Graham Ballard, écrivain extralucide

AVEC Crash (1973), il devient l’un des plus grands écrivains vivants. Depuis quarante ans il décrit sans complaisance aucune notre monde à venir, des récits d’anticipation où s’entremêlent violences, catastrophes, érotisme, pouvoir et argent. Ce mois-ci sort une version inédite de son chef-d’œuvre, La Foire aux atrocités, sorte de carnaval de figures grotesques de la fin du XXe siècle. Dans cet entretien accordé à TGV, Ballard se révèle à 73 ans, un homme résolument ouvert sur son temps et nous offre une belle leçon de lucidité.

 * * *

Dans votre jeunesse, pourquoi avoir arrêté la médecine ?

Au bout de deux ans, j’en ai eu marre de la physiologie, des cadavres… Je voulais pratiquer l’anatomie au sens de Balzac… Je savais que je ne pouvais continuer mener les deux de front. Ici comme en France les études sont très longues : écrire était un besoin absolu. Quant à la psychiatrie et la psychanalyse (Freud, Jung, Reich) je l’ai étudié seul : maintenant, je me concentre sur les neurosciences, les mécanismes de la pensée, les métaphores du rêves qui mènent à la nature de la réalité : « qu’est-ce que le réel ? » reste le vrai sujet de tous mes livres ! Tous est devenu fantasme : par la pub, la télé, les drogues… Les romanciers doivent composer avec cet imaginaire-là.

La peinture est très présente dans La Foire aux atrocités : Becon, Freund, les surréalistes, le Pop Art…

Quand j’ai commencé en 1966 à l’écrire, l’époque s’ouvrait aux arts visuels : la photo, l’explosion psychédélique, la pop music, la conquête spatiale, le Viet nam et la pub qui entamait son travail de domination : une pub devenait plus importante que le produit de consommation ! Ces simulacres omniprésents alimentèrent mes « premières atrocités », mon "salon des horreurs"...

La Foire est-elle un « work in progress » infini ?

Ce livre inachevé reflète mon monde, mon imaginaire et tant que je vivrai... Les personnages publics que je convoque, les icônes, les Kennedy, Onassis, Marilyn, Nixon… sont tous morts sauf Reagan. Mais, même morts, ils vivent en chacun. En un mot, ce livre c’est l’Amérique et les erreurs, les monstres qu’elle engendre. Ce pays est malade comme le fut l’Allemagne en 1932. Pourquoi ? La perte du sens des réalités, la plongée dans le fantasme, les loisirs, la recherche de sensations de plus en plus fortes la guident. Un côté très enfant, le complexe de Peter Pan sans doute, irrigue ce système construit comme un comic strip avec ses « bang ! » et ses « houps ! »…

Pourquoi si peu d’icônes actuelles dans ce livre ?

Voilà un vrai problème pour nous : nous n’avons plus d’icônes ! Les Kennedy, la Taylor, James Dean offraient de nouvelles mythologies. Les icônes sont aujourd’hui manufacturées, préfabriquées ! La dernière icône serait peut-être la princesse Diana… et encore !

L’accident de Diana est très ballardien…

Oui ! Et on me l’a reproché ! Comme si j’étais l’auteur de cette tragédie ! Et le World Trade Center : le plus gros drame depuis Hiroshima et Kennedy. A présent, les USA constatent qu’ils sont menacés, périssables et se réfugient dans la religion. Mon dernier livre, Millenium People, comme SuperCannes (1999) traite de terrorisme urbain mais à Londres où les classes moyennes ne peuvent plus vivre, dépassés par les taxes et la pollution, ce qui provoquent des actes de violence gratuits comme chez vous l’attentat de Nanterre… Pourquoi de tels meurtres ? Ma réponse : ces crimes n’ont pas de signification car il symbolise la liberté ultime. D’ailleurs, la folie est une sorte de poésie : la dernier refuge pour les âmes esseulées ou effrayées par le système de contrôle. La pornographie en revanche est une sorte de substitut à la folie sexuelle. Une alternative aux coutumes, pour tourner les règles, être « underground », contre-culturel et ça génère du fric : voyez internet !

Vos livres servent sans doute à lutter contre l’hypocrisie du système…

Je l’espère de tout cœur. Tous mes livres sont des histoires vraies. Crash par exemple a choqué les gens ici puis quand le film est sorti, encore une fois, la connexion voiture-sexe ne pouvait être admise. La voiture au contraire du train ou de l’avion, fascine car elle permet une forme de violence amusante et permise. Voilà tout.

Comment engendrez-vous vos « visions » ?

Pour écrire je suis whisky et soda, je n’écoute pas de musique. Je lis peu de contemporains, jamais de fiction. Burroughs fut le dernier à m’impressionner, et au delà, Graham Green. De bons modernes ? Will Self, un anglais, et aussi le dernier Houellebecq finalement. La vie sexuelle de Catherine M. se lit comme une fiction alors qu’elle raconte ses vraies expériences. Imaginez une fiction de A à Z reste impossible car nous vivons déjà dans un énorme roman. L’imaginaire pour vous,  c’est le réel ? L’imaginaire est aussi réel que le réel ! Les mondes engendrés par les pensées sont des mondes réels, plus réels que Chirac, Bush ou Blair qui sont des créations publicitaires !

Vous voyagez ?

J’ai fait le tour du monde. Je vais en été seulement dans le Sud de la France : je fréquente Cannes et ses environs, ça ressemble à une sorte de Silicon Valley du côté de Nice, avec d’immenses hôtels où vous croisez des ingénieurs en neurosciences et des PDG constructeurs d’avions. De plus le temps y est merveilleux ! La présence de certains extrémismes politiques basés sur l’intolérance, déjà décrits dans mon roman SuperCannes, est effrayante.

Que pensez-vous de l’évolution du corps au XXIe siècle ?

Les gens ne veulent plus ressembler à des monstres mais à des stéréotypes : aux Etats-Unis, toutes les filles veulent être des starlettes. Standardiser c’est tuer l’unicité de la beauté ! Tout le monde ne peut pas ressembler à Catherine Deneuve !

 

Propos recueillis pas Philippe Di Folco et Sylvain Fanet.

 

Lire :

 
La Foire aux atrocités
, préf. de Burroughs W., édition Tristram, 2004

 
Millenium People,
Denoël, 2005

 

Site (où l’on trouve des tas de FAQs sur JGB)

http://www.jgballard.com

 

(Article paru dans TGV Mag,  sept. 2003)

par Phillipe Di Folco publié dans : Quelques inédits
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 4 janvier 2006
2 janvier 2006

"Non pas le fasciste à visage humain, mais le visage inhumain du combattant pour la liberté" - Slavoj Zizek

Salve,

Bon bon bon : c'est quand même une sorte de blog. Avouons. Mais on en restera là...

Pour janvier, ce site inaugure une rubrique "Entretiens et articles" qui donne à lire en leurs versions intégrales, restaurées même, les propos que m'ont accordées quelques personnalités rencontrées depuis 1998. Ce que la presse fait passer, internet peut le restituer, autrement, plus longtemps.

Et l'Album Photos ? Le hic c'est "la Chambre verte" : où en sont les limites ? Malraux et son Musée imaginaire, et aussi pourquoi réduire celle-ci à des icônes, des visages idéaux ? Pourquoi pas des objets, des abstractions, des silences, des blancs ? On n'en sort pas.

Autre remarque : créer une rubrique "Position". Prendre la parole pour réagir sur l'actuel, l'événement. Au "je ne préfèrerais mieux pas", opter pour "voilà ce que j'en dis". Faudrait être motivé par une urgence : les élections de 2007 ?

Bon, les bonnes nouvelles (enfin pour moi et celles et ceux concernés au 1er chef) : le Dictionnaire de la pornographie (PUF) on en parle (cf. "Revue de presse") et il se vend. Quant à 
Salva™, les premiers retours de lecture sont positifs. Me voilà rassuré (pour quelques jours...). Et puis les commentaires sur ce site frémissent : comme chez Petitrenaud, la sauce prendrait-elle ? Mais alors sans en faire trop, merci !

Inquiétude : se poser trop de questions, se soumettre à la torture. Il faut sortir de ses propres prisons. S'échapper. Trouver comment. Vite.


Bonne lecture,


phdifolco@yahoo.com
par Phillipe Di Folco publié dans : Dust is Dust
commentaires (0)    recommander
Dimanche 1 janvier 2006

BHL

Des entretiens en version intégrale restituée :

L'image « http://tovima.dolnet.gr/data/D2005/D0410/v2neb46b.jpg » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.  Bernard-Henri Lévy 

Voyages au bout des possibles

A vingt ans, il a rêvé changer l’implacable monde à l’aune de son engagement, de sa fougue, de son amour des lettres et des arts. Trente ans plus tard, revenu du Pakistan, hanté par la question du Mal, il semble toujours fidèle à lui-même. Epris de justice, partisan du dialogue, comme rescapé du siècle des Lumières, héros de roman, voici Bernard-Henri Lévy qui nous convie à un voyage spirituel doublé d’une réflexion sur l’histoire, le temps et l’avenir de la dignité humaine.

*

PDF : Vous voyagez beaucoup : dans Impressions d’Asie (1995), vous écrivez « Le voyageur de l’avenir sera kantien ou ne sera pas ». Que vouliez-vous dire ?

BHL : Je voulais dire que l’on ne voyage jamais sans idée préconçue. On a toujours un savoir préalable dans la tête et que c’est mieux ainsi. Je me méfie de ceux qui croit que l’on voyage mieux quand on voyage avec un regard vierge. On voyage mieux avec un regard formé, instruit, riche d’une connaissance préalable. Je formulais à cette époque ma réserve à l’égard du mythe du voyageur innocent. Un art du voyage est à réinventer. Mes certitudes sont ébranlées durant mes voyages. Je crois au dépaysement.

« Voyager le même tout en étant un autre » écrit Romain Gary. Et vous, en Angola, au Burundi, en Bosnie, en Colombie, au Pakistan : qui devenez-vous à travers toutes ces étapes ?

Je deviens un autre : c’est l’effet du voyage. On sent tourner autrement le moteur physiologique et psychologique. On accède à une identité plus complexe que l’identité ordinaire. Chez les grands voyageurs, il y a une fatigue d’être soi et un désir d’être un autre. Quand Gary a été fatigué d’être lui-même, il a inventé Ajar, son double en écriture, et puis il a voyagé, il allait n’importe où, partant d’Orly ou du Bourget à l’époque.

Il n'y a plus vraiment d’endroits où aller, non ?

Il y a un art du voyage à réinventer. Je crois que l’Histoire n’est pas finie contrairement à ce que dit un Francis Fukuyama, conseiller de Bush, je crois que la planète n’est pas unifiée, il y a encore ici et là de l’hétérogène, de la diversité, de l’altérité. Je ne voyage pas tranquille : l’Angola, la Colombie, le Sri Lanka, certes, sont des endroits durs, mais quoi qu’il arrive je laisse vaciller mon identité. Un bon voyageur c’est quelqu’un qui est sûr de lui-même, de son assiette, qui ne part jamais la tête vide, ou alors on voyage mal. Un bon voyageur c’est quelqu’un qui accepte que ses certitudes, son savoir soient ébranlés. Aujourd’hui quand je voyage, je passe ma vie à ça. Je passe ma vie à voyager. Je n’ai jamais eu le sentiment de ce retour éternel du même, contrairement à ce que disait des écrivains comme Raymond Roussel, Joë Bousquet, ou Nietzsche : les voyages continuent de me dépayser. Je ne rentre pas le même de la lecture d’un grand livre tout comme d’un voyage.

Aimeriez-vous inventer un hétéronyme, d’autres vous-mêmes, comme Fernando Pessoa ou Romain Gary ?

Non, mais je rêve plutôt d’une œuvre diverse et hétéronyme sous un pavillon commun. C’est l’étape au dessus dans cette espèce de vertige des possibles et des identités masquées. Le masque absolu c’est resté soi tout en étant un autre.

On vous dit « égocentrique », mais vous dites ainsi rarement « je » dans vos livres…

Parce que le « je » est le produit du livre, il n’est pas ce qui lui préexiste. Il n’est pas la condition, il est le résultat. Sartre proposait un « je » fictif, induit, produit par les œuvres.

A part la littérature, vous êtes ému par quoi ? Un parfum ? La musique ?

Un parfum, oui, le musc. Depuis quelques années. La musique ? J’ai joué pendant vingt ans du piano. Ça a beaucoup compté pour moi et puis plus maintenant. J’ai arrêté. J’ai commencé à écrire. Et tout se passe comme si la littérature avait remplacé la musique dans mon rythme intérieur.

Et à part André Malraux, ou Albert Cohen ?

J’ai découvert un jeune écrivain allemand, qui s’appelle Hans-Christoph Buch et dont je suis en train de préfacer un livre de reportages dont on va entendre parler, croyez-moi.

Votre œuvre, votre parcours sont hantés par la figure de Malraux : pour vous faire entendre vous accepteriez un poste ministériel comme Luc Ferry ?

Non. Je ne saurai pas faire ça. Pas la patience de me plier à ces règles, cette discipline… je suis un maniaque de la liberté pour moi-même. J’ai été parfois conseiller auprès d’hommes politiques. Je ne l’ai pas regretté. Pour être entendu. Pas de coquetterie ou de fausse modestie : pourquoi pas une telle position ! Je me suis retrouvé à Sarajevo confronté à un personnage magnifique, le président bosniaque Hitzen Begowich, j’ai essayé de le convaincre un temps mais je ne me serai pas vu vitam aeternam « conseiller des princes ». Je me souviens aussi d’une conversation avec le commandant afghan Massoud sur le peuple juif : chez ce grand musulman modéré je suis convaincu de l’avoir fait réfléchir sur des sujets où certains l’enfermaient dans quelques préjugés. Quand les princes ont l’allure de Massoud ou du Général de Gaulle, ça vaut la peine de passer une saison de sa vie auprès d’eux. Tout dépend de l’homme et de la circonstance. Je trouve en tous cas pathétique le destin des intellectuels qui cherchent leur « homme à cheval ». En 1971, le président du Bengladesh Rahman Mujibur, m’a permis d’être son conseiller pendant quelques mois, suite à un appel de Malraux. A ce vieux musulman, héroïque, qui sortait d’une guerre de libération victorieuse, j’ai apporté tout le savoir d’un jeune normalien disciple d’Althusser. C’était bien mais il fallait retourner à la littérature, à la philosophie et à la poésie.

Vous jetez une sorte de regard philosophique pessimiste sur le monde…


Depuis trente ans je regarde spontanément l’horreur en face. Quelque chose en moi ne se résout pas à cette horreur. J’ai une philosophie pessimiste, une vision du monde pessimiste, et néanmoins j’ai conservé l’esprit de résistance, à vouloir autre chose : résister au mal tout en sachant qu’il est inévitable, c’est peut-être absurde mais c’est la seule manière qui paraisse digne.

Derrière vous, cette photo de votre père… Que pensait-il de votre prise de risque face au monde ?

Tous les journalistes et les écrivains engagés le prennent. Je prends le risque mais je veux témoigner. Je suis prêt à aller au devant d’un certain danger, je le fais avec prudence et mesure. Mon père m’a formé à ça. Je suis le fils d’un homme qui a été combattant en Espagne, puis engagé contre les Nazis puis dans la Résistance : voilà, je suis fabriqué par cette idée là, de « mettre sa vie en jeu ». Il me semble que c’est l’amour filial qui rend le monde respirable.

Ces jours prochains, vous relancez votre revue La Règle du jeu

En octobre [2003] on découvrira la nouvelle formule. Ce qui a changé par rapport à la première qui eut 21 numéros entre 1990 et 1996, puis un ultime numéro en 1998 dédié au rôle des intellectuels dans le monde, est née après l’effondrement du monde communiste et du Mur, elle prétendait intervenir dans le débat qui suivit ces événements. La nouvelle série interviendra après trois événements que je résumerai ainsi : mort de Massoud, World Trade Center et mort de Daniel Pearl. Elle sera dans le droit fil de la première version mais avec des soucis, des défis et une problématique nouveaux.

 © Philippe Di Folco

 

A lire 

- de Bernard-Henri Lévy :

Qui a tué Daniel Pearl ?, Grasset, 2003
Réflexions sur la question du mal
, Grasset, réédition, 2003

- Revue La Règle du jeu, avec Gilles Herzog (rédacteur en chef), nouvelle série, n°1, octobre 2003

- Marc Villemain, Monsieur Lévy, éditions Plon, sept 2003 : pour la première fois, un récit, mi-roman, mi-essai, s’inspire de la vie de Bernard-Henri Lévy (voir "Liens" sur mon site)

- Hans Christoph Buch

(Article paru dans Air France Magazine, octobre 2003)

par Phillipe Di Folco publié dans : Quelques inédits
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

ALBUMS PHOTOS

Partenaire !

Cliquez ici pour recommander ce blog

undefined
blog maison et décoration sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus