... elle ne parvient pas à leur dire non, à rester dans son appartement, à fixer l'écran 40', les murs marrons, la fissure, les chats, les objets, surtout celui-ci, long et rose. Quelqu'un sonne à la porte. Elle n'ouvre pas. L'ordinateur est muet. Le portable déchargé. Demain elle n'ira pas au travail. Elle prendra le train pour l'Ouest. Pour les grands ports découvertes. L'Hôtel de l'Univers. Les embruns. La citadelle. Son corps est une étrange forteresse qui ne sait pas dire non. Alors elle l'éloigne le plus possible du Centre et l'expose aux limites occidentales, aux bords des falaises. Elle se penche. Les vents diluent tout. Même les mauvais souvenirs. Au moins, elle s'épuise pour une bonne chose : elle-même, rien qu'elle-même. Elle reste là sept jours. Il l'a rejoint. Par hasard. Il se souvenait de ce qu'elle avait dit : "Je suis attendue par les embruns tant je manque d'air et de poumons..."
... surprenante exposition galerie L. J. Beaubourg (Paris), un travail intitulé "Swoon,
Chris Stain, The Polaroïd Kidd", composé de trois ébauches de cabanes en bois, aux murs décorés de frises de motifs en papier blanc découpés, de madones, poissons, fantaisies animalières,
et surtout de photos d'adolescents vivants dans les rues de Baltimore ("The Greatest City in America"), là sur un train en partance, ici entouré de chiens, de bouteilles vides. Le tout forme une
fresque, un parcours sombre très impressionnant.
Hier soir, nous avons parlé du "droit à la parole limité" par quelques obscurs codiciles propres aux règleMENTS internes de certains établissements publics.
Ce matin, les journalistes sur France Info faisaient tous amende honorable au sujet des mouvements de grèves en se démarquant de la une du Figaro ("qui
reste un très bon journal"), qu'ils affirmaient trouver "exagérément dure pour la CGT et les éventuels casseurs affiliées aux représentants des
travailleurs".
Ce matin encore m'est revenue la nécessité de croire à une propédeutique de la Joie : irréductible, irréfragable, incomputable et innommable.
Va falloir ajouter ce film de Paul Auster à la liste des films mettant en scène des écrivains (voir vieux débat sur ce blog ici). Epure presque confondante et nostalgique ici : quatre personnages et leurs muses, on pense à Wenders bien entendu, la lenteur en moins. Un film produit par le courageux Paulo Branco, BO signé du trop rare Laurent Petitgang... Irène Jacob est ses mini seins pas mal, pas mal... J'aime bien l'écrivain qui dit : "I want to be alone" et qui se retrouve avec trois personnages en quête de... quoi ? On cite Berkeley, Hume et Kant à propos (comment faire disparaître ce que nous imaginons et non ce qui est, simplement en cessant d'y penser). Voilà : ça a l'air simple, mais c'est bourré de choses complexes ces petits films d'écrivain parlant d'écrivains qui se battent avec leurs petits manuscrits tapés à la machine. Je suis pas sûr que ça intéresse grand monde mais on s'en fiche un peu, non ? Regardons ça comme une archive de l'échappée dans un monde où tout semble interconnecté en boucle, prévisible, confus et parasité.
C'est le genre de livre que j'aime dévoré en deux-trois heures, comme autrefois, quand on avait le temps pour soi, toute la vie devant soi, à l'ombre des pommiers, fin août, chez la grand-mère... enfin voilà, c'est de la SF, ça s'appelle Les Chronolithes et c'est signé Robert Charles Wilson.
Les descriptions de notre société à venir en 2020 sont ici assez troublantes de réalisme. On s'identifie rapidement à Scott, témoin du surgissement d'un monolithe en forme d'obélisque, de couleur bleu, non loin d'une plage de Thaïlande. D'où vient-il, etc. ? Le bloc comporte une inscription : "Hommage à la victoire en Asie de Kuin, 2040", soit dans vingt ans et trois mois. On verse parfois un peu dans le catastrophisme : manque d'eau, de pétrole, etc. Au moins, Wilson en tire-t-il des conclusions avec rigueur. Les monolithes continuent d'apparaître et cette fois ravage tout : ici en plein coeur de Bangkok, là de Tokyo, puis de Pékin d'où un conflit nucléaire local, etc. Seul l'Occident semble épargné. Bien entendu. Mais bon, on passera sur cette propension à glisser dans les récits de SF de bons vieux réflexes nationalistes, identitaires ou matchistes : comme dans une série américaine bien qualibrée, l'héroïne, une scientifique spécialisée en "onde gravitationelle et autres particules élémentaires" est métisse, lesbienne et très indépendante. Les théories de Jung sont ici passées au tamis pour le meilleur (synchronicité, précognition etc.) et pas de petits extraterrestres verts à l'horizon. En dernière partie, ça traine un iota mais ça va, le résultat est troublant. Scott écrit là son journal : il commence lors de la première apparition du monolithe et se termine quand... Bon, on va pas raconter la fin. Pour les amateurs de paradoxes temporels et d'anticipation, c'est parfait.
Robert Charles Wilson, Les Chronolithes, tr. de l'américain par Gilles Goulet, Folio SF