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Mardi 29 avril 2008


Katarina Karneus chante "Ich bin der Welt abhanden gekommen" composé par Gustav Mahler en 1902
sur un poème (Lied) de Friedrich Rückert.

Spéciale dédicace à Hélène Mante pour son "assurance" face à l'article (de la mort, bien sûr !).

par Di Folco publié dans : Photos & Vidéos
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Vendredi 18 avril 2008

 

Tribulations d’un joyeux pubeux :
si la plupart des scènes de ce livre
très drôle se déroulent en plein
cœur de Manhattan, on est ici bien
loin des clichés colportés par les séries
télé ou le cinéma. Subtil roman,
jouant sur les registres de l’invraisemblable
et du catastrophique où peu à peu émerge
l’une des vies possibles d’Augusten,
qui constitue un grand moment
d’anthropologie urbaine.

 


La "pensée magique", c'est, pour aller vite : "être persuadé que penser quelque chose c'est comme faire la chose". Autrement dit : prendre ses rêves pour des réalités (comme on le fait dans la pub où le narrateur travaille comme indépendant), et risquer de se retrouver piégé à tous moments de la journée dans des situations banales, qui, de malentendu en quiproquo, tournent à l'impasse (et parfois emprisonne l'individu dans des scénarios à double contraintes). Le moment le plus tordant de ce livre est sans doute celui intitulé « Les exigences de Debby », situé au tout début : le narrateur recrute par l’intermédiaire d’un ami, une aide ménagère, une toute petite femme, une cinquantenaire d’abord souriante et énergique, qui se révèlera vite un véritable tyran, aux mil et un sadismes : il faudra longtemps à Augusten pour dire "non" à cette mini-vampire du plumeau. A chaque fois qu’Augusten se prend les pieds dans le réel (entre autres quand les questions d'argent émergent), ce qui donne lieu à d’irrésistibles scènes burlesques, il réagit avec un certain temps de retard : mais en définitive, plus pervers que lui, tu meurs. Lors d'un chapitre qui constitue une pièce d'anthologie du genre, se pose la question du comment se débarrasser des appels téléphoniques promotionnels visant à vous refourguer ce dont vous n’avez nul besoin. La leçon ici vaut pour chacun d'entre nous le détour ! Outre de facétieuses anecdotes emballées sous étui pratique et prêt à l'emploi, ce roman composé de fragments revient parfois, non sans quelque nostalgie mais débarrassée du pathos, du "c'était mieux avant", sur le passé, sur l’enfance : Augusten voulait être mannequin, le voici lors de la scène primitive, quand déboule dans sa petite ville de la Nouvelle Angleterre, où le temps semble s’être figé, une équipe de tournage publicitaire. Le désenchantement ne sera pas là où on le croit : l'enfant qui voulut être roi finira par retenir la leçon du "spectaculaire" :  la télé convoque là encore la figure du vampire, comme aspirateur à idéaux. Entre écriture de soi et fausse autobiographie, Burroughs, dégagé des afféteries d’un Armistead Maupin (au point que la sexualité d'Augusten importe en définitive peu et ne sert pas d'étendard politiquement correct), livre ici des documents, par plan-séquences, de son passé lointain ou immédiat, en une écriture très réjouissante et parfois cruelle comme on peut l’être sur la côte Est : il est, en l'occurence, impitoyable avec ses congénères californiens qui, avouons-le, fatiguent le monde avec leur superficialité érigée en vertu. Page après page, il s’amuse à redéfinir le rôle ambigu de l’écriture quant elle permet de dire « qu’est-ce qui a bien pu arriver pour que j’en sois là ». Simultanément, l'auteur, qui joue ici sur plusieurs plateaux (roman ? autofiction ? analyse ? confessions ?), aura mener un singulier travail de "tourneur halluciné" au sens où l'objet qu'il façonne au fil des pages ne présente pas au regard du lecteur les trous taraudés dans le sens attendu : pas moyen d'y enfoncer nos certitudes et de les y visser pour solder le montage psychologique classique. Déroutant, le portrait que tente de lui-même Burroughs ne cesse d'interjeter une question sans réponse, plus sourde, presque angoissante. Schizo, Burroughs ? Pas si simple…

 

Augusten Burroughs, Pensées magiques, trad. de l’américain par P. Rouard,
Editions Héloïse d’Hormesson, 290 p.

(c) Chronique partiellement publiée dans TGV Mag avril 2008

par Di Folco publié dans : Rapports de lectures
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Jeudi 17 avril 2008

En réponse aux sollicitations de milliers de mails, voici une photo de mon bureau d'écrivain. A cet endroit furent écrit les incroyables livres que l'on sait (mais l'on ne savait toujours pas "où" : voilà qui est fait). Pour décrire ce bureau, sans doute faudrait-il plusieurs heures d'observations et d'anotations. Le temps d'épuiser cette image, la scénographie évoluerait, la chose est donc impossible ; en réalité, on ne peut décrire instantanément  un bout d'espace intime sans  figer ou geler le temps et les objets. Je peux quand même dire que la tasse arlequin, que l'on voit à droite, est l'objet indispensable par excellence, car elle contient du thé, véritable carburant pour le cerveau : dès 7 h du matin, elle se remplit du précieux brevage  ; tout aussi précieux le cendrier mauresque où gisent une dizaine de mégots ; mais aussi la lampe année 1985, sans laquelle ma vue s'amenuiserait... et il me semble que le crayon, le papier sont utiles aussi, sans parler du PC (qui parfois reste allumé, tandis que je remplis de lignes  de mots des feuilles A4)... enfin bref, pour obtenir les conditions du vrai, et donc de l'écriture, voici cette image du bureau contenant tous les objets indispensables à la matérialisation des textes. Ce bureau n'a rien d'original, il ressemble à quantité de bureaux. C'est une image pauvre. Ces prochains jours, nous nous contenterons de mettre en ligne des images de plus en plus pauvres, issues de la maison. C'est passionnant d'être ennuyeux.

par Di Folco publié dans : Photos & Vidéos communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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Lundi 14 avril 2008

 

(ou comment
          j’ai appris à aimer
                      Violaine de la Pigne)

 




Novembre 2006

« Quelle époque et pic ! »  qu’elle disait la voix-jingle dans le poste, du moins c’est ce que j’entravais. Tous les matins de jadis, et plusieurs fois par jour, ces mots martelés par une sorte de madone – bien née – des usages domestiques. « Quelle époque éthique ? ». Je me demande aujourd’hui, avec le recul si elle s’infligeait à elle-même ses ordonnances, tout ce qu’elle prétendait avoir testé, évalué, jugé, pesé et au finale, négocié en avantage nature, petits pots de vins « au naturel » et autres pots de bébé bio à la con. Les armoires de la Pigne ? Pleine ! à en crever et à n’en point douter ! La Pigne, elle me mit en garde « on air » un jour de printemps 2006 avec son nouveau trip : le tri des déchets. « Avez-vous vu la belle affichette dans votre cour d’immeuble ? Eh ! bien, vous ne pouvez plus l’ignorer ! Trions, trions ensemble ! Avec le sourire en plus, qui ne gâche rien ! Consommez mieux et bio, et jeter intelligent ! ». Elle articule en détachant bien les syllabes : « IN-TEL-LI-GENT ». Trainée par les cheveux, je veux ramener Violaine jusqu’à ma grotte et lui mettre le nez dans nos merdes : une cour de vingt mètre carré, et conséquemment, des conteneurs vert, marron jaune ou à couvercle blanc, ridicules, mesquins, toujours pleins et débordants d’organique et de recyclable mêlés : TOUJOURS PLEINS ! Aussi, j’en ai plein le dos des bonnes âmes médiatiques, des mamas matérialistes, des pondeuses biopolicées qui sermonnent les masses après avoir ingurgité une juste dose de saumon élevé aux antibiotiques (« ça tue les graisses ! »), et être allé pissé une sereine dose d’urine saturés d’oestrogènes –oui, oui, « je prend la pilule ! » – sous-entendu : moi ; La Pigne, je baise, je suis une femme (« une être humain donc suant, rotant, flatulant, chiant ») sans malaise et pas obèse, ça s’entend à ma voix, ronde, gazouillarde, enveloppante, incontestable, oui et toi, auditeur moyen tu es COUPABLE, mais je vais t’aider à te RACHETER !

 

Novembre 2007

J’ai tenu bon un an puis je me suis rendu aux orbes de la TSF. La Pigne, virago du poste émetteur parisien, à toi humblement me soumet, le corps ployé sous ton joug, Ô maîtresse, me voici balayette en palmier sarawi authentique et sac poubelle biodégradable en main, parlez, parlez, je suis à vos ordres...

 

Février 2008

Au début de l’année 2008, mon éducation achevée, je me pose et entreprend de passer à la deuxième phase : éduquer les voisins aux principes de la Pigne. Les cours radiophoniques de la Pigne, dispensés cinq fois par jour, j’en affiche les horaires dans l’entrée. Une main salope arrache le feuillet à plusieurs reprises. Je soupçonne immédiatement Rosamonde Perolin, la vieille du 7e, habiter au dernier étage ne l’arrange pas, elle rouspète sans cesse, et se défoule sur la poubelle jaune ; tous les matins, elle jappe, elle rengaine : « Non mais c’est pas vrai, regardez moi-çaaaaaaaaaaa ! » La première fois, je me dis qu’elle a découvert un fœtus mort dans notre cour cloaque, mais non, Rosamonde tente là d’y déposer en offrande ces onze bouteilles quotidiennes de Vittel vides NON COMPRESSÉES ! Ni une ni deux, je tente de la rattraper, j’habite au premier, c’est facile. Je lui montre : « Vous faites comme ça, vous voyez, d’un coup sec et puis vous refermez avec le petit couvercle rouge : et hop ! une bouteille compressée !  c’est mignon, non ?» Rosamonde arthritique, son rouge à lèvres dégoulinant, me regarde, effrayée. Elle ne pige rien. Elle recule. Elle ne voit pas la marche. Son corps déglingue et rigole dans la descente de cave. Bruit mat.

 

14 février

L’ambulance, le médecin, les flics, tous conclurent à un accident. J’aime la note interne du Syndic : « Rappel. Mesdames et Messieurs les habitants, vous êtes priés de ne pas laisser traîner de déchets organiques dans la cour et dans les escaliers de la cave. Danger de glissade et chute mortelle ! ». Ah ! aujourd’hui, on est privé de la Pigne sur les ondes nationales : virée, le jour des amoureux ! Mais une pasionaria comme elle se venge toujours…

 

26 février

Très bon bilan, beaux résultats ce mois-ci ! La poubelle jaune débordait depuis quelques matins mais c’est moi qui choisis cette fois de rouspéter. En silence. Et d’agir fissa. On prend goût à ces choses. Les cartons non pliés des derniers arrivants de l’année 2007, de ces quelques traders du back office sans doute ? Entassés devant leurs portes avec un mot rageur au marker rouge : « A la prochaine incartade, on vous les fait bouffer ! ». Ils ne sont pas restés longtemps. Deux semaines. Ils viennent de déménagé en grande banlieue. Hier, je trouve un ordinateur. Avec le nom de l’ex proprio dessus. Je l’ai dénoncée à la Voirie. Ils ont pris une prune. Un climat de terreur galopante règne depuis quelques heures dans la cage d’escalier. Sur chaque poubelle j’ai collé un grand poster réalisé en sérigraphie noire avec tête de mort et sigle radioactif : « Ici les déchets organiques ! Exemple : épluchures, marre de café, sachet de thé, serviettes hygiéniques, capotes (en rouge : « Les jeunes du 4e, cessez de les jeter par la fenêtre, on vous a vu ! ! »)… ». A côté : « Ici les déchets recyclables ! Bouteilles plastiques compressées (souligné deux fois), sac plastique vide, papiers, cartons pliés…

 

En grand dans l’entrée, chevillé au mur, ce soir je placarde : « INTERDIT DE JETER DANS LES POUBELLES DE LA COUR : ORDINATEUR – PILES – ELECTROMENAGER – ARMES A FEU

 

10 mars

Fin février, j’ai trouvé un luger dans la poubelle jaune, je n’en parle pas, sauf à Jo, bien entendu. Jo habite les Myriades, un quartier crade du nord de la ville, à 10 minutes d’ici. Il fait des descentes avec quelques disciples de la Pigne. Dans le genre violent : bâte de base ball, « body wrapping » (corps enroulé dans du polyvinyle et torsadé de bandes adhésives, le tout laissé sur place avec inscription à l’antirouille : « GROS PORC »), camion benne déversant du purin sur les paliers, lettres de menaces et de dénonciation, vidéo témoin diffusée sur notre chaîne locale. Deux mois plus tôt, La Pigne décrochait auprès du PAF un canal baptisé « BIO KOMMANDO » puis BIO-K, j’y pris le créneau de la nuit, rappelant nos troupes à l’ordre, diffusant en boucle les vidéos des contrevenants, bientôt de mèche avec les gardiens et les agents de surveillance qui me fournissaient en images. Les flics nous couvraient : grâce à nous, furent coffrés les trois bandes d’incendiaires qui emmerdaient la cité depuis cinq ans.

 

25 avril

Si nous ne manquons de volontaires, notre morale, elle, souffre encore de quelques paradoxes : une télé citoyenne ça pompe de l’énergie, et si l’on abandonne les tracteurs et voitures, nos trottinettes, skate, rollers et vélo, eux, ralentissent nos actions. Un petit malin de Sciences-Po qui avait pris le créneau du 12-14h sur BIO-K a donné la semaine dernière dans l’autoflagellation et la balance. Jean-Mathieu trouva tout drôle qu’on le laisse suspendu par les pieds recouverts de compost. Mais moins lorsqu’on l’y planta pendant deux jours. Sa tête ressemblait à une grosse boule de noël, ses clignotants au blanc, les oreillettes bleues comme chez Mickey. Ce fut ce mort là qui décida du schisme. La Pigne posa un ultimatum. Elle dit en gros, et ça n’a pas changé depuis, « de ne pas faire de quartier, d’être intolérant au quotidien avec les pollueurs du quotidien : IN-TO-LE-RANT !».

 

Mai

Je vis avec elle. Elle est plus grande que moi. C’est pas grave. Elle veut un mariage bio, des enfants bio, bouffer bio et dieu merci, baiser comme des bêtes.

Une grande éolienne fouette l’air au dessus de notre demeure, un vaste château qu’elle tient de ses ancêtres. Tous les matins, j’astique les panneaux solaires et je remplis de sciure l’énorme fosse sceptique. Sous les lambris, on héberge BIO-K, et une dizaine de bureaux équipés en ordinateurs recyclables. Quelque part, y’a un truc qui m’échappe. Dans la chaîne. Je ne sais pas si j’oserai lui en parler. Violaine si pleine d’amour peut parfois disjoncter. Vivement l’été. Les vacances équitables. Putain, pourvu qu’on prenne pas un catamaran pour rejoindre Formantera, je vais tout gerber moi…

 

Ce texte a failli paraître dans feu la revue Carbone

puis dans le magazine DeDiCate (trop tard, bouclé !).

par Di Folco publié dans : Quelques inédits communauté : L'écriture comme antidote !!!
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Samedi 12 avril 2008
Entre 6 et 15 ans (de 1970 à 1980), pas un trimestre ne se passait sans que je ne file chez le kiosquier du Mont-Mesly (Créteil), Mr Koutrix, pour choper la dernière livraison de Michey Parade. Ce format poche illustré tiendrait du roman conceptuel aujourd'hui, et valait tous les mangas, qu'on se le dise : conçues par des équipes de dessinateurs et de scénaristes italiens, les 4 ou 5 histoires rassemblées par numéro (des n°bis, en fait des suppléments au Journal de Mickey) valaient parfois le détour. Certaines, traumatisantes, puisaient en Buzzati, Kafka ou Borges, en tous les cas, l'absurde, le burlesque flirtaient avec la dialectique Argent / Hédonisme. Difficile de s'identifier à Donald, pourtant, depuis cette époque, bien entendu, mes rêves sont imbibés de bouts de strips issus de Michey Parade et dans ma vie d'aujourd'hui, je me retrouve pris en des situations qui évoque étrangement celle qui suit. Voilà, en gros, résumé le début de l'histoire...







                                        Cet exemplaire a été publié le 4e trimestre 1966 (n°756 bis).

par Di Folco publié dans : Troubles in Mind
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