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Samedi 18 août 2007
Dépend des jours :
ou bien ou bien

1 - Heart & Soul (studio)
2 - Atmosphere (studio)
3 - 24 Hours (studio)
4 - Transmission (version Warsaw, plus electro)
5 - Disorder (studio)

Sur le block 4 fabriqué en 1997 par London Reccords 90 Ltd et déstocké depuis deux mois, on peut enfin écouter une prise en studio de 'Ceremony', bien meilleure que sur le live de Birmingham du 4 mai 1980 (micro en panne au début, "blind transmission"). Mais la voix ici comme absorbée de l'intérieur refuse de monter : comme si Summer-Albrecht savait que ce serait bientôt sa voix à lui qui prendrait le relais. Oh ! oui, un complot : "Y'en a marre de tes menaces Ian, tu fais chier !" dit Peter (puis in petto à Bernard : "Tu saurais toi, la chanter ?"). Ce morceau : enregistré aux Graveyard Studios de Prestwich (vite un voeu : en finir). R.I.P. off ?

Le block 4, tombeau (rectangle chût d'un désastre éclatant : porte élégiaque vers l'odyssée du rock des années 2000 ?) au visage embouti de moitié comme pour dire : on n'en saura jamais que la moitié de la moitié. Simon Reynolds nous abreuve de sublimes analyses dans le Blue Book (Allia 2007) mais le secret conserve son opacité (no secret ? Il pensait à ça depuis ces douze ans ? Cette histoire de pétasse belge ça le fait pas, trop cinoche indeed).

Que la Cold engendre l'électro et la transe (1984-87) tient du truisme. Quand on réécoute l'ensemble des morceaux gravés ici, on constate que New O. se trouve en gésine dans quelques morceaux de Warsaw. Transmission par ex. écrit en 1978 (Warsaw EP, pas sur le Block 4) a des accents kraftwerkien comme plus tard Isolation, très Moscow Disko bancale (trou du disque de travers) incroyables. Le look gris costard gueule cachet aspro ça sent son Düsseldorf (un courant né là bas en 1977 s'appellait "Pure Freude"...).

En 1980, j'aimais la basse de Hook (le crochet !). Maintenant c'est la batterie de MorriSS.

Obliger de bigrement creuser (dig dig) les origines des sons que nos enfants écoutent, remixent, digèrent. Ils le font plus vite, mieux, plus largement que nous. Et parfois finement : ils bloquent sur un morceau, un air, quinze secondes de basse, un jeu de batterie ("Ouais ça c'est du T.Rex moonien mais bon tu vois il devait écouter du glam à 15 ans... ou du Bowie, c'est comme dans Quadro quoi..."). Ouais.

Elle me dit : "Atrocity, Atmosphere sont des morceaux afrocombo, donc même la musique black les influence les gars de Manchester, c'est cool, c'est dingue...". Mondial sound hein ? Et pas d'Internet ipod mpeg blabla : c'est quoi le secret ?

Je ne sais pas si c'est "this is the way, step inside...", quand j'avais 16 ans et que j'écoutais ces morbides sonorités, la lumière tirait la carcasse vers la sortie, je ne sais pas si aujourd'hui c'est cool de se plonger là-dedans : nécropole chargée de miasmes, d'enfants morts sur le bas côté, ouais, la route depuis trente ans ne fut pas droite, certains ont suivi les pointillés au centre, c'est sûr, hypnotisés par un but, un objectif  ("the weight on their shoulders...")..

Rock et Morbidité, pléonasme assurément mais pourquoi ?

Le littérature aussi : Ancien testament, SF, poésie, essai politique, Ballard, Dick, McLuhan, Yeats, Baudelaire, ça lisait drôlement ces petits gars et pas juste les décadentistes ou les auteurs à la mode comme aujourd'hui.

Surtout c'est pas nostalgique. Pas comme aujourd'hui donc.

Comète, éclair, étincelle, affect, project : pro-formateur. On a du mal à pas dire "encore" mais faut que ça s'arrête. Passons à autre chose. Surtout que sur le sceude 4, les lives, assez pourri dans le genre. On a l'esprit mais pas le glacis du perfecto. Ok la gestuelle épileptique (en vidéo !) sur le drum mais la voix assez faiblarde en réalité à mon oreille (New O. aura le même problème, voir sur Low Life, Bernard ridicule, même en studio en fait, ce morceau 'Subculture' pourtant très inspiré par l'autre). Consoréac donc. JD a ses limites : la technologie, les crises de l'autre, l'agoraphobie macunienne. Merci Tony Wilson et Martin H. pour vos sélections et vos manettes (ici, pas d'épilepse mais des mathématiques).

Chère, tu as raison tout ça manquait de filles sur scène : I PUT MY TRUST IN U : FUTURE BUT NO MORE PAST(RIES). Après le spleen, le spin ?

Y'en a de sacrément belles aux côtés de Rufus Wainwright, Release the stars. Si, écoute 'Going to a town' ("I got a life to lead..."). Bon, allez, on part ?

par Di Folco publié dans : Fuck WallMart
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Vendredi 3 août 2007
Hier, jeudi, je suis allé voir Tel père telle fille avec I.

Très content de ne pas ressembler à Patrick Eudeline (il joue bien ce con) ou à Vincent Elbaz, en sortant, je lui dit : "I., tu n'es pas d'accord avec Elbaz quand il dit que c'est quand on commence à avoir peur que l'on comprend ce que c'est d'être père ?"
I. répond : "C'est pas exactement ça : Elbaz dit qu'il a compris enfin le métier de père quand il a commencé à avoir peur pour sa fille...".

Dyslexie (ou solicisme) quand tu fais de moi un crétin, une anacoluthe... et de toutes façons, je suis nul en guitare et en accords. Ah ! et ce complexe d'identification à chaque fois que l'on va voir un film !

Nous sommes allés manger ensuite un bout chez Lina's en face du Luco.
Deux jeunes filles me regardaient manger, ou plutôt dévorer, avec insistance. I. n'avait pas faim. A un moment donné, j'ai dit aux filles : "Vous voulez ma photo ?"

I. a rigolé et m'a dit : "Pas devant moi, s'il te plait !"

Au même moment, Bacri passe sur son vélo, descendant la rue de Médicis à fond de calle. Je ne sais pas pourquoi, y'a des jours comme ça où je me dis que c'est inutile de chercher à changer mon grand caractère. C'est trop tard. Si je suis arrivé jusque là à peu près sain et sauf, et tant que je pourrais assurer avec I., pourquoi devenir "un type bien, souriant, constant, gentil, etc.".

Ce que j'aime par dessus tout c'est surprendre son silence, ses méditations, son regard, quand elle marche non loin de moi. Je respecte ça.

Elle te ressemble, elle nous ressemble et c'est vrai, j'en tremble. De joie, de peur ? Cette ambivalence donne de la consistance aux jours qui sont de plus en plus courts, et comme je ne suis jamais content de se que j'en fais, de plus en plus vides.
par Di Folco publié dans : Fuck WallMart
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Dimanche 22 juillet 2007
Clisson et Eugénie n'est pas encore en librairie. On risque sans doute de reparler de cet opuscule assez lamentable publié aux dépens de Fayard. L'histoire est connue : le jeune Napoleone Buonaparte s'essayait à la littérature. Il s'ennuyait. Devenir célèbre en tant que romancier, ça l'a toujours fait. En 1803, il aurait dit à Claire de Rémusat : "Lorsque j'entrai en service [dès 1786, il a 17 ans], je m'ennuyai dans mes garnisons ; je me mis à lire des romans, et cette lecture m'intéressa vivement. J'essayai d'en écrire quelques-uns, cette occupation mit du vague dans mon imagination, elle se mêla aux connaissances positives que j'avais acquises, et souvent je m'amusais à rêver, pour mesurer ensuite mes rêveries au compas de mon raisonnement. Je me jetais par la pensée dans un moinde idéal, et je cherchais en quoi il différait précisément du monde où je me trouvais." C'est pas mal, on dirait du Mitterrand.

Pour la modique somme de 13 euros, on aura l'impression d'avoir en main un roman de 128 pages. Mais, surprise, le texte du futur empereur (un composé de brouillons, c'est pas moi qui le dit, on y voit même des trous) ne fait que 26 pages en corps 16 (taille du caractère en général réservé aux personnes ayant une vue déficiente - les vieux donc). L'appareil critique lui, de 122 pages, est souvent redondant, parfois intéressant mais on connaissait déjà cette histoire. On se demande en revanche (raisons bassement commerciales !) pourquoi l'éditeur, mais aussi Emilie Barthet, Peter Hicks et Gérard Gengembre, historiographes patentés et très reconnus, n'ont pas voulu ajouter à "cette esquisse de roman" rédigée en 1795, le Dialogue sur l'Amour, Le Souper de Baucaire ou mieux la nouvelle Le Masque prophète. Quelle perte de temps, là encore ! Et NB aimait la vitesse. En amour comme en littérature, en statégie militaire comme en cuisine. Après tout, on dit tellement de choses sur NB. Et ça permet de faire tout autour ses petits trafics.

Pour les fous de reliques, tous les manuscrits de ce petit Clisson, de la main de NB, sont consultables ICI (enfin, si vous y arrivez !).
par Di Folco publié dans : Fuck WallMart
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Mercredi 16 mai 2007

Do you know something about funky foooooooooooood ?


BISTO

C’est moins grand qu’un pack de Lucky. Je l’ai trouvé en Angleterre sur l'étal d'un vendeur au marché aux puces de Campden en 1991. A l’intérieur, on trouve une poudre marron. De la drogue ? Non. On raconte que les enfants brittons (on aperçoit deux de leurs têtes dickensiennes dans le coin gauche) se régalaient (les pôvres) de cette poudre qui une fois transformée en « gravy » (jus de viande recomposé) servait à arroser le Yorkshire Pudding ou tout autre désert sucré-salé (en Inde on connaît ça, remember cette immonde sauce à la menthe artificielle !). Datation au carbone 14 : 1965. Prix indiqué : 4 pence ½. Pas  si conservateurs les Rossbeefs...

 



GOLIA

Petit bonbon italien au réglisse mentholé inventé en 1937 par la famille Caremoli (sic) et distribué par Perfetti. Caremoli eurent maille à partir avec les fascistes et le pape, perque l’étoile de David. « Golia » signifie Goliath (« le combat contre David »). « Mais je ne vois pas le rapport ! ». En effet… on en perd la tête. Ce micro disque pas si mauvais, placé sous la langue, diffuse un rafraîchissant « haleine killer spécial fin de repas ail et fines herbes ». Les Ritals puaient l’ail et perdaient la face lors des signatures de contrats ou de traités de paix. En 1937, il fallait faire quelque chose. Entre 1960 et 1980, les Golia serviront à rendre la monnaie.

 


GOPLANA

Boris m’avait rapporté de Varsovie cette chose que l’on disait être la "Roll's Royce" du caramel mou. Fabriqué en Pologne. Assez rare désormais depuis la libéralisation de l’économie, et Nestlé, je crois, a tenté vers 1993 de racheter Goplana pour en faire du Kréma ou un truc moins sucré, avec plus de poudre lactée dedans. Le package design n’avait pas évolué depuis 50 ans. Culte !

 


SUCRE SOVIET

J’ai trouvé cette relique politburienne fabriquée à partir de canne cubaine dans un mess de l’armée soviétique à Berlin en 1986. Datation au césium tchernobylien : 1966. A l'intérieur, un disgracieux petit rectangle brun qui avait le goût de plâtre. A ce propos, une anecdote : aux temps joyeux de la DDR ("On obéissait en ce temps-là !"), il existait sur Alexander Platz un café du peuple, une sorte de grande cafétéria années 1970, avec des serveuses blondes en tablier noir, très constipées. Je commande un café et je me sers généreusement du lait disposé sur la petite table rouge pour noyer ce jus de chaussettes (de la chicorée ?). Hurlements de la Walkyrie, à n’en pas douter membre de la Stasi. Je n’ai rien compris à son saxon. Un type lugubre m’arrête à la sortie et me dit en un anglais martelé : « The-people-here-share-the-milk : can-you-understand-it ? » (ça c'est du Bobby Womack 1973, faut vérifier s'il n'a pas fait son service à Berlin celui-là).

 


GLOBO INQUISITAT
Je cherche depuis des années (in pace non requisitat) un paquet de cigarettes Globo. Une pièce manque à mon puzzle vital. Il était rouge ce paquet, il contenait des tiges blanches remplies de gomme à mâcher vert clair ou rose, et ça avait un goût d’anis. Je vais disparaître sans savoir ce qu’est devenue la joie de mes mâchoires de môme. J’avais 7 ans. Qu’est-ce qu’on se contente de peu à cet âge…

par Di Folco publié dans : Fuck WallMart
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Vendredi 16 février 2007
Trois claviers bien tempérés

Hier soir je suis allé écouter à 21 h., un extrait du Clavier bien tempéré (Das wohltemperierte Klavier) de Johan Sebastian Bach. J'avais décidé ça la veille, car la veille tous les lieux de convivialité avaient été pris d'assault par des couples prétextes. Je me suis assis au fond de l'Eglise Saint Louis en l'Ile, sur ma petite chaise, et j'ai écouté la présentation donnée par l'organiste Pascal Vigneron, enseignant à l'Ecole Normale de Musique de Paris. Une seule phrase m'a touché : "On vient à Bach comme on vient à un ami, il est là au moment précis où quelqu'un vous manque, ou quelque chose fait défaut. Appelons ça la foi, appelons ça l'espérance, comme vous voulez : Bach est là, il y a Bach, éternel." Deux japonaises devant moi, deux japonais derrière. Des couples plutôt jeunes, des mamies, des grands messieurs secs et dignes, des rombières en fourrures, de grands bourgeois costumés comme pour aller au Lido, des étudiants solitaires, les deux prêtres catholiques cachés au fond d'une chapelle... voilà pour le public, environ 300 personnes. Sur les 4 h. 30 que dure les deux livres de la partition originale du Clavier, nous avons eu droit à un peu moins de deux heures. Une alternance de fugues et préludes (BWV 840 à 866) de piano forte (Dimitri Vassilakis, Soliste de l'Ensemble Intercontemporain/Pierre Boulez sur un Steinway), de clavecin (Christine Auger, des Conservatoires Supérieurs de Musique de Paris et de Lyon sur un Ducornet) et d'orgue (Pascal Vigneron donc, sur le grand orgue conçu par l’organier-maître d’art Bernard Aubertin et inauguré en juin 2005).
Bach n'est pas du tout un triste au fond, un froid calculateur, un tyran pour l'esprit. Quand je sors de ça, je flotte bien sûr, mais surtout j'ai l'impression que tout est bien rangé là haut, réconcilié avec le bas, en acord avec quelque aspiration, quelques rêves et aussi, j'ai oublié pendant deux heures ma seule présence, mes petites douleurs, mes tracas. Un peu c'est tout. Le sourire. Qu'il faut noyer dans le vin et les acides gras. Eh bien, les oreilles de cochon en sauce avaient le goût de Bach, les joues de lotte aussi et le vin, un Terre rouge, embaumait son Bach à plein nez. Le chauffeur de taxi racontait sa vie, devenue à force de travail, harmonieuse et finalement, il en était content. Bach ou l'étrange pouvoir narcotique de sa musique, qui, le temps d'un soir, me donne à espérer que ce monde vaut encore la peine. Comme un ami... comme l'Ami.
par Sénéchal publié dans : Fuck WallMart
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