Mais où trouver MLS ? Là :
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"Super chiantissimes les discussions sur le site La Terre est plate recommandée par Monierza et fréquenté par Nikita et Cie. Me retrouver-là en plein café les Marronniers, façon rue des Archives millésime 1996... euh 1997 à la rigueur... Super chiantes oui, les filles de 30 ans qui se posent des questions sur l'usage du mot "genre" ou "sexe" et se la pètent EHESS de mes fesses avec un détour par éditions d'Amsterdam (et ça parle de pipe !!!). Ces filles qui ne parviennent pas à baiser avec d'autre filles sans se justifier par un minable : "Les mecs sont des alcoolos qui bandent mous", etc. Oui je sais, c'est devenu ordurier par ici et alors ? Le cru ça choque qui quand ça dit ce que ça dit ? Les masqués du blog ? Les anonymous post ? Les angliconnissimes ? Parce que c'est ça aussi le truc : on mixe des anglicismes, des onomatopées et des petits mots bien barbelés et on se fait un ping pong tourne en rond. Quelle perte de temps ! Feriez mieux de relire vos classiques les filles et puis, merde, croyez à l'amour, donnez-vous cette opportunité de croire à ce ravissement. lol ! " (V. Stein).
Vers la Loire...
La grue rescapée
Anneaux Buren
Eléphant pneumo-mécanique
Le magazine hebdomadaire Challenges (19 juillet-29 août 2007), spécial "Fortunes de France classement 2007" constitue toujours un bonheur de lecture estival. N'était pas joint à celui-ci, reçu par la poste, le "petit polar de l'été, Paranoïa", et je le regrette. Sur le classement en lui-même, aucune surprise : le luxe, la grande distrib', les cosmétiques, l'armement, la pharmacie et les services financiers occupent le devant de la scène des milliardaires en euros. Je me suis demandé si les livres, le papier, les contenus en ligne, ça rapportait. Réponse : Bolloré, 12e. Wertheimer (majorité dans Seuil / La Martinière), 16e et Wendel (contrôle d'Editis), 20e. Les danseuses ont encore des maîtres de ballet solides. Les reins des filles de l'édition encaissent restructurations, directives de programmes, licenciements, et parfois, une bouée leur est glissée sous leurs bras agités depuis une perche actionnariale par un nageur en eaux troubles expérimenté depuis le bord d'une piscine d'eaux acides (l'enchâssement est une figure du pouvoir rhétorique). Première fortune à s'afficher "Editeur", Josette Robin et la famille Lefebvre, avec le groupe Editions Lefebvre Sarrut (101e). Je confesse que j'ignore à peu près tout de cet éditeur là. Comment générer 400 millions d'euros avec des guides juridiques, financiers, etc., je ne sais pas, sans doute en appliquant à son propre management, les recettes et principes prodigués par ses propres auteurs. Belle leçon en vérité. Page 88, l'article "le privilège d'avoir la carte blanche" analyse quatre "sésames", quatre cartes bancaires dont la fameuse Centurion Amex conçue en titane et regroupant 900 membres en France. Elle ne coûte que 2000 euros l'an mais nécessite un examen d'approbation de la part d'Amex. Du coup, la Visa Premier fait un peu commun, sa dorure en prend un coup et l'Exclusive, pour avoir été témoin d'un achat récent, ça passe pas au delà de 10 000 euros. Avec la Centurion, on peut aller jusqu'à 50 000. Au delà de cette somme, on peut pas. On en deviendrait inquiétant. Les riches ont des problèmes de cash, de disponibilité immédiate d'argent, de liquidités. On pose la question sur Bernard Arnault (n°1) au cours d'une enquête : comment a-t-il fait pour trouver 1 milliard d'euros pour s'emparer d'une partie de Carrefour ? Une sorte de réponse ne se trouve pas p. 78 : "Légitime l'héritage ?" demande Vincent Beaufils, l'éditorialiste de Challenges (qui appartient au groupe Perdriel) qui rappelle la (trop) fameuse phrase de Carnegie : "Un homme très riche doit laisser assez à ses enfants pour faire faire quelque chose, mais pas assez pour ne rien faire". Ah bon ? Je trouve que les très riches devraient acheter des enfants ou mieux, des adultes, et les élever à ne "rien faire" - à écrire par exemple. "Bonjour, je représente Bernard Arnault et je souhaite vous faire une proposition : mon patron met à votre disposition tous les moyens nécessaires à l'accomplissement de votre oeuvre littéraire. Vous avez été sélectionné par notre cabinet d'études. Vous ne pouvez pas refuser." Plus fort que les rois, plus fort que François, Christine, Louis, ou Catherine. Hello ? n'y a-t-il un esprit qui soit à vendre ici et là pour ne rien faire d'autre qu'écrire ? (Submergé par l'ampleur de ses désirs, l'esprit se cache, se recroqueville, disparaît peu à peu : la nuit tombe : rideau).Sortie en DVD du Stade de Wimbledon, M. Amalric, 2002 (Gemini Films, Cahiers du Cinéma)
« Je ne sais pas si je te l’ai dit mais au cours du printemps 1997, nous nous étions mis en tête, H, O. et moi de fonder une sorte de centre culturel basé à Trieste. H. en avait marre de faire des recherches et de rester penchée au dessus de souches qui la fixaient comme deux ronds de flan : elle avait démissionné ; O. elle, désespérait de retrouver son amant italien et de se faire licencier ; moi je n’avais plus de travail, pour la première fois. O. me dit un jour : « mon mec, il est de Trieste… » Trieste ! Je savais depuis la fin du lycée que c’était le port d’un empire disparu qui avait accueilli pendant quelques deux trois décennies toute l’avant-garde intellectuelle occidentale : les Nietzsche, Rilke, Freud, Joyce, Svevo, Saba, que j’imaginai à tort s’être tous croisés au soir de la Belle époque, caffé San Marco. Quelques années plus tôt, parmi les lectures de fin d’étude qui allumèrent résolument la passion triestine en moi, il y avait Le Stade de Wimbledon. Je dis à O. qu’il était temps de partir, oui, de quitter Paris, que plus rien ne m’y rattachait. Nous dévions entreprendre au préalable, avant le grand saut ou du moins la migration vers le sud, un voyage d’études. En quelques jours, je fabriquais un petit texte qui expliquait : « Il est temps de construire un Centre culturel européen. L’Europe a besoin d’un centre et ce centre c’est Trieste. » Je trouvais cela charmant : si l’on trace un cercle autour du territoire européen (on ne finassait pas sur la géopolitik cette année-là), Trieste se trouvait en son exact milieu. H., O. et moi avions besoin d’oxygène. Il y soufflait là-bas un vent frais en boucle, nous fûmes happé par cette chevelure de Bérénice, en quelques heures, de la gare au port, nous rencontrâmes des dizaines de témoins de notre potentielle résurrection. Tout le monde comprenait ce qui était en train de se passer dans nos têtes.
Le Stade de Wimbledon a été composé au début de l’année 1981. Publié l’année suivante en Italie, son succès fut immédiat. Premier livre d’un auteur. Livre culte dès à peine traduit en français. Je l’ai dévoré lors d’un séjour à Londres. Ayant laissé tombé les parcs et les chimères d’un vieux film des années 1960 (« le cinéma c’est du vrai avec du faux » dis-tu, et je m’en suis rendu compte avec Blow Up : le parc n’existe pas, il est un recomposé de dizaines de parcs…), je me souviens avoir terminé le livre en pleurant, non pas parce que cette histoire de jeune homme qui enquête sur un écrivain mort en 1965 sans avoir publié fut triste, mais bien parce que j’allais devoir arrêter de jouir d’un livre, au fond, comme d’un être qui vous est cher, dont vous tombez amoureux alors qu’au début vous le trouviez austère, aride et pas sexy, ou qui vous fait signe de loin, c’est pareil, et c’est bien ça qui est touchant : ce livre m’avait fait signe, alors que je sentais que rien ne pouvait arriver que d'insignifiant.
"Je pense que tu as eu raison d’en faire une jeune fille. J’ai aimé immédiatement le visage de Daniele car il ressemblait à F. et que c’est F. qui s’est emballé pour Le Stade. Pour essayer de me démarquer (le mettre non pas hors-jeu mais créer l’écart, et tenter le set), je jetais mon dévolu en rentrant de Londres sur Atlas occidental. Contrairement à toi, personne n’a su me voler mes livres annotés de Daniele. Ils ont bien du essayé. Je veux dire d’envoyer des gens. Tu sais bien, la bora."
Comme je tournais en rond entre 1988 et 1996, à un moment donné je me suis dit qu’il fallait tenter de renouer les fils. Nous sommes descendu en piqué sur Trieste en 1997. O. a connu le grand amour et H. et moi, avons connu l’extase multiple devant le Temple, la clinique antipsy et les marches blanches de Duino. Elisabeth Sanzanarro nous avait reçu dans son appartement. Elle possédait un petit dossier du Bobi (pas Jean-Do mais Robert, Bob, celui qui est mort l’année de ta naissance et je ne serais pas étonné qu’il soit mort précisément le jour de ta naissance qui est aussi celui de H.). Je me suis dit tout à l’heure : sans doute possèdent-ils tous un dossier sur Bobi, et pourquoi pas sur toi, et sur Daniele, et sur tous les autres. Sans doute savent-ils que les gémeaux s’accordent aux scorpions, qui eux, canalisent les vanités volubiles de ces insatiables signes du vent.
Les signes, donc, concordaient. Nous étions écrits. On avait désiré ça. Les livres nous l’avaient rendu. J’avais perdu un ami. Des années plus tard, après le deuil, je suis allé voir le film. Et je t’ai raconté cette histoire. Tu as parlé de la perte. De l’être aimé. Du hasard. Des constellations. Des cosmogonies. Du Tout et du Multiple. Du Plan.
Ainsi, par exemple, cher B., quand tu lisais mon roman, tu étais à Trieste, et tu devinais que sous chacun des chapitres, se tenait, prêt à te bondir à la gorge, le pourquoi d’un tel décor (tu sais ce "quand tu étouffes tellement", ce "c’est bon de lire", pas le sanglot, mais le spasme, le débord des mots sur le vertige des lèvres…), quand je t’offrais sans savoir que tu existais, le palimpseste de mon plus cher désir : écrire sans jamais être publié, devenir le souffleur sans jamais recevoir de coup, me confondre avec l’air du temps sans jamais me dissoudre dans la facilité, recevoir en partage à chaque heure du jour un morceau d’épiphanie. »
Le stylo est posé sur la petite table du café. Je lève la tête. Tu tentes d’amorcer un virage avec ton scooter. Je lève la main. Je cris. Tu t’arrêtes. Tu enlèves ton casque. « Alors c’est comme ça… ? ». « Bein oui, il fallait bien que ça arrive…les films de cette espèce ça doit servir à ça. » « Tu veux dire… » « Bein, à devenir géomètre… le stade quoi… toi et moi on est au même stade, on s’échauffe et puis tout d’un coup ça part, tchoc…, d’un coup. On met le temps, c’est sûr. Tiens, tu vois, le Crous, là : j’ai attendu l’âge de 18 ans pour donner mon premier vrai baiser… et c’était là. 18 ans ! Quel gâchis ! Quel con j’ai été. Que de temps perdu ! »
A cette époque, tout le monde comprenait ce qui était en train de se passer dans nos têtes.
Sauf nous.
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