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Dimanche 15 avril 2007

Toute personne peut tenter de se souvenir de ses premiers voyages (entre trois et vingt ans), les classer par ordre chronologique, en donner un petit compte-rendu.

 

Ici ??? dans ma tête ?? et, ailleurs ???? en d'autres pays que la France. Depuis que je suis né. Exercice de mémoire (d'écriture). Le cahier des charges est posé. Pas d'utopie ni d'uchronie. Quelque chose qui revient, tout le temps : je marche ailleurs que dans le pays où je suis né. On dit que les voyages forment la jeunesse : moi, je n'ai pas beaucoup voyager, enfin, je veux dire pas très loin. Rien de spectaculaire. Ce classicisme dans les destinations, cette relative inertie, contribua sans doute à générer en moi quantités de fantasmes pérégrins.

 

Un raison, il en faut une : la perte de mémoire accidentelle et la peur de mourir.

 

D'abord les véritables déplacements physiques de ma carcasse dans l'espace. Il me souvient en :

 

Avril 1971 de :

Bristol, Grande Bretagne. 1er voyage hors de France. Mon père conduit une 204 blanche 4 portes aux sièges tapissés de faux velours rouge. Un mariage loufoque de l'un de ses collègues français avec une Anglaise blonde. J'ai raconté ce prototype de déplacement, inédit pour moi, dans mon 2e roman, en termes arrangés, bien entendu.

 

Avant il n'y aurait rien, mais puis-je en être sûr ?

 

Juin 1972 de :

Strasbourg, Alsace puis frontière allemande, croisière sur le Rhin. Classe de 9e (CE2), Melle Huvet (vérifier sur le site mescopainsdavant), la maîtresse (je suis amoureux d'elle, elle m?enverra des cartes l'été suivant) nous guide. Je prends des photos (floues) avec mon instamatic kodak métalisé. La montée vers le Haut-Koenisburg, mes genoux en sang car je me pète la gueule. En me relevant, je découvre une pièce de 2 pfennings en bronze de 1875. Les repas étaient immondes (poulet au goût de poisson).

 

Août 1976 de :

Crans-Montana, Suisse. Cabanes dans les pins. Confection de boulettes de résine. Massacres de fourmis géantes. Journal de Mickey spécial bicentenaire USA. Un milliardaire veut que je sois son caddy sur le terrain de golf (50 Fr. suisse par jour !). On loue un mini bateau, mon père détruit le quai d'accostage en reculant. 1er verre de fendant. 1ère raclette. Plein de raclées. Vengeance sur un petit Suisse que je perds dans la forêt et qui hurle, à la nuit tombante. La 304 bleue du père déconne, l'injection encrassée, ça flippe à l'arrière, le plastique des sièges me brûle le cul. Douaniers : faut fermer sa gueule (pourquoi ?).

 

Juillet 1977 de :

Tenerife, Canaries, Espagne. Matériaux recyclés (assez proche de ce qui a bien pu m'arriver : mais, là encore, puis-je en être certain ?) dans mon 1er roman, My Love Supreme. Premier voyage en avion. La peur de s'écraser sur la piste, où quatre mois plus tôt, furent pulvérisées plus de 500 personnes (je cherche les carcasses de 747 de mon hublot... rien.).

 

Août 1977 de :

Dawlish, Devon, Grande-Bretagne. Voyage en train plus bateau. 1er séjour linguistique. Famille d'accueil post-concert île de Wright. Odeurs de joints. Revues porno du père près de la télé. Fernando (Abba ! quel groupe de merde...), mon roomate espagnol, me file une mandale, je lui pète les couilles. Il va dormir dans une autre chambre. J'écris un poème ridicule. Avec un billet d?une pound on pouvait acheté un mug Elisabeth II, un wimpy et un soda rose. Disques : Police, Queen. Vu un punk sur la plage : l'horreur. Visite de la ville de Shakespeare (chiante, mais on croise les Espagnols, début de rixe). Devoncream à gogo (maux de ventre, acné). Canicule, on est tous des homards. Les Anglais radins qui te font des sandwichs aux concombres et à la crème de pâté pour chat. Argent de poche liquidé en 10 jours. 1er slow avec roulages de pelle.

 

Août 1978 de :

Reading, Angleterre. 2e séjour linguistique. Famille d'accueil, un couple de vieux. Roomate, un lyonnais qui critique Paris. Il a plein de boutons sur la tronche. Je fais la cuisine un soir, jugée très dispendieuse. La douche est cassée. Quand les vieux se lavent-ils donc ? Ils disent qu'il ne faut pas prendre de bains ? Concert de rock, festival, Bauhaus, PIL, Wire (c'est impossible ???), révélations rock, glauques, sublimes. Achat de 45 tours, d'un t-shirt. Grandes avenues de Reading. Promenades au bord de la Thames. Visite d'Oxford. La vie est chère. Certains Anglais font la gueule, mendient, non sans élégance.

 

Août 1979 de :

Bexhill-on-Sea, Angleterre. 3e séjour linguistique. Belle maison, comme hantée, 5 étages, en bois. Dragues. Lisa sort avec le libanais. Isabelle sort avec le 2e fils de la famille, Michaël, et je tiens la chandelle. Juliette qui accepte de danser des slows avec moi mais qui a peur d'aller plus loin. Slow de plus en plus longs et chiants. Bob Marley, Exodus. Les Clash. Roomates allemands qui pètent. Machines à sous. Disco ou punk rock ? crise de conscience. Tentative de coupe de cheveux. Roomates libanais qui disent que les Français sont des cons. Je pars dans de grands délires politiques. Le soir à table c'est l'ONU puis le conseil de crise. Super bouffe. Le père fabrique de la bière. Le grand-frère roule des joints. Grandes discussions très tard sur les différentes façons de baiser dans les pays européens, les Allemands donnent des détails terrifiants. Je dégueule souvent. La mer est grise, pleine de vase et froide.

 

Août 1980 de :

(Re) Reading, Angleterre. 4e et dernier séjour linguistique. Les cours sont super compliqués. On a des professeurs mythomanes (d'Oxford ?). Ma famille d'accueil est irlandaise, trois mômes hurleurs. Week-end en famille avec eux, à droite à gauche. La manie des parcs d'attractions avec des mini maisons, mini villes du monde, les casinos avancés sur la mer, les grosse glaces à la vanille chimique. La nuit je me fais la belle par la fenêtre. Pub, première vraie cuite, avec deux français genre « gueule de voyous ». On dort dans un parc avec des filles très délurées. On insulte les profs. Joints tous les soirs grâce à Alain, de Grenoble. Premiers textes, pastiches bidons des Illuminations. Je grandis, j'ai des douleurs atroces dans les jambes : 1 mètre 80 puis 87 puis 91. Rapport aux familles, engueulade au retour : « Tu n'y retourneras plus ! ».. ! Je veux me coiffer en pétard (Peter Murphy, The Cure, GenX ?).

 

Juillet 1981 de :

L'Irlande. Traversée en bateau, la 2CH verte de mes parents est dans la soute. On doit faire le tour du pays, mes parents, mon petit frère et moi. Contrariétés : cette histoire de gouvernement socialiste qui interdit d?emporter une certaine somme à l?étranger. Différents hôtels et gîtes : châteaux, fermettes, etc. Michel Sardou qui chante (je veux dire : mes parents tentent de chanter en apercevant, au loin, dans la brume, le Connemara, LE tube populo de l'année 1980). Ennui mortel. Monuments druidiques chiantissimes. Rêve de l'Amérique. Partir seul. 17 ans, plein de délires érotiques dans la tête, incertitudes du désir (je note sur un papier un début de conte étrange entre un fils de pécheur et moi, nous partons sur l'eau, on se noie : ça deviendra un texte dans mon 2e roman ! Freud est passé par là ! A vrai dire, il ne s'est rien passé : j'étais trop timide pour dire « oui » à ce jeune pécheur qui m?avait demandé de l'accompagner un matin, ses yeux bleus étaient ceux du Diable, bien entendu, et les églises me fascinaient tant !). Les parents étaient plutôt sympa en fait. Mon petit frère qui a failli se faire enlever par un sadique sur une plage. Ça aurait pu être trépidant.

 

Juillet 1983 de :

Londres. Je pars avec l'un de mes meilleurs potes, sac au dos, c'est l'aventure : on va pas loin mais les parents sont affolés ! Problèmes de fric énormes (j'ai bossé en juin dans une banque). Je me souviens de la recherche d?une chambre à moins de 5 livres ! On partage avec des noirs américains qui réveillent en nous notre envie désespérée d'aller à New York. Achats de disques et de fringues à Portobello. Rencontre avec deux québécoises. On part avec elles à Amsterdam. On dort sur une péniche, dans une chambre commune où se trouvent une dizaine de matelas pourris. La taulière est une mystique new age qui nous enseigne la relaxation, la prière, le « ouuuummm » qui apaise. On bouffe que dalle : des germes de blé. Vengeance sur la bière. Les deux québécoises veulent baiser un soir mais mon pote qui prend sa douche, je le sens pas dans ce plan. Je file seul dans la nuit. Découverte des putes en vitrine. Grande tristesse, sa bouche dégueule de rouge à lèvres, ça marche pas. Puis joints mais sans plus. Je ne me souviens plus comment ça se termine. Je crois que je rentre seul en train pour Paris.

 

Septembre-octobre 1985 de :

La Grèce. Athènes, les Cyclades avec deux filles de la fac. Photos en pagaille, en noir et blanc, que je vais développer à mon retour dans mon labo. Flirts de vacances : une allemande, une anglaise, une espagnole (à Athênes, dans un hôtel sordide, quand mes deux copines étudiantes m?auront lâché pour la Crète). Sur la place Omonia, je trouve un Libé avec Orson Welles sur la couverture (le 10 ?). Je me souviens des tours en scooter de l'île de Ios ("fumer du Homère"), de la grande porte en marbre de Naxos, de la petite auberge à Antiparos où nous déjeunâmes comme cent, et bûmes des dizaines de verres d'ouzo. Je me souviens de l?énergie sexuelle le matin avec Alexandra (« The French only think about it » dit avec cet accent allemand sublime de la Folie des grandeurs), des cochonneries que l'Espagnole, Isabella, m'enseignait. Je me souviens des champs de fouille de Santorin. Je me souviens que j'aurai pu être à 20 ans, tout à la fois, tout, c'est-à-dire, photographe, cinéaste, archéologue, et surtout baiseur.

 

Avril 1986 de :

>> Berlin.

 

Novembre-décembre 1987 de :

Trier, Allemagne. Dois-je demander à Pascal des détails ?

 

1988

Londres, long séjour...

 

Juillet-août 1988 :

Les Etats-Unis. Côte Ouest. Ma copine et moi économisons depuis un an pour ce grand voyage de 7 semaines. Le dollar est au maximum (9 F je crois). On vend des livres, des trucs plus ou moins précieux, on participe à des tests pharmacologiques, bref, on réussit à avoir deux billets charter A/R pour San Francisco. Ma copine a beaucoup d'amie(s) artistes qui ont des points d'attache en Californie. On dort chez Artur, un gay, qui héberge deux jeunes français, une brésilienne, son ami français, et nous plus un chien. Ensuite on préfère aller dans un hôtel. Le Saint-Charles. Aux portes du Chinatown. Un bordel en fait, dirigé par une famille de pakistanais. Tout empeste le curry ! Chaque étage comprend des chambres de passe, des cloaques où filles et garçons se droguent et baisent en hurlant. Dessins psy sur les murs. Draps troués et tâchés. Evier peint à la dorure. Porte qui ne ferme pas. Et pourtant on réussit à s'aimer là-dedans. Puis on prend un vol de nuit pour Los Angeles. On dort chez Pierre, un photographe. Je retrouve un pote de fac, Olivier, qui nous montre Beverly Center. Pour la première fois je découvre le pouvoir de la carte bancaire : elle ouvre les portes des clubs, elle permet de passer devant en cas de foule, elle permet surtout de payer à crédit, sa fonction première, quand on a pas un cent en poche ! Un matin, on prend le Grayhound direction Santa Fe, où nous attend un ami photographe. 72 heures de voyage, par Grand Junction, Pheonix, etc. La maison est sublime : basse, rouge, lovée dans la terre, avec des grandes bais vitrée, face à la grande falaise aux pieds de laquelle passe la fameuse ligne de chemin de fer, la plus ancienne. Je ne sais plus comment nous retournons à SF. Etc., etc.


                   

Alors d'autres voyages émergèrent
Quand nous devînmes prisonniers des bureaux.
Et que nous rêvions en écoutant la radio tard dans la nuit

                                    à repartir.

et nous repartions.

        Immobiles.

                Sur notre grand lit.

           Nos corps assemblés et médusés

                            par des vents si possibles.

(Carnet 23 - Rêves/Voyages, folio 76)

 

par Di Folco publié dans : Outre France
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Mardi 10 avril 2007
Pascal m'avait invité au vernissage de l'exposition "Rembrandt et la Nouvelle Jérusalem" qui se tient au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme, Hôtel de Saint-Aignan, Paris 3e.

Quelques photos :


Il était interdit de photographier les oeuvres. Je suis resté plusieurs minutes davant la vitrine qui contenait l'édition originale (?) de l'Ethique de Baruch Spinosa, en latin, et, l'imagination oblige, que ce dernier avait peut-être croisé Rembrandt...
par Di Folco publié dans : Troubles in Mind
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Dimanche 8 avril 2007
Ai passé deux jours à Marseille alors que paraît Le goût de Tunis (Mercure de France).

Le premier vers le soir il a fallu parler sous l'oeil complice de Jacques Bienvenu devant des gens qui attendaient des histoires d'impostures et de trafics de textes...
C'était aux Arsenaulx, quai Estienne d'Orves, à la librairie Laffitte.














Le deuxième vers le soir il a fallu au CIPM réciter Chantiers et présenter les travaux de Marie-Laure Dagoit (Derrière la salle de bains),
Gilles Berquet, Mirka Lugosi, et Philippe Pigeard (Tanger).














Aujourd'hui, je suis à Paris et tu es là :













par Di Folco publié dans : Outre France
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