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Dimanche 14 janvier 2007
Mais tout cela ne signifie rien. N'allez pas croire que.
Y'a des jours et des nuits... On écoute la même en boucle.
De lui, s'il ne devait en rester qu'une, ce serait celle-ci :




Comme tu as su attendre
Comme tu lui as parlé
Et comme elle résistait
Elle voulait se défendre
Et c'était presque beau
De vous voir, presque beau
Ta patience infinie
Ses "non, "oui", "pas ici".
Un jour ça s'est passé
Elle voulait dans ta chambre
Et tout a bien été
Et tout était très tendre ;
Mais après, comme toujours,
Ça t'as rendu tout chose.
Elle s'est lavée vite fait ;
Tu savais bien comme c'était mais

Qu'est ce que tu n'ferais pas pour la peau ?

Ton sang chauffé d'un coup
Tu le sens cavaler
Te porter n'importe où
Te faire faire un peu tout, sans frein ;
Là, tu es dans un lit
Où ton sang t'a mené
Et la fille est jolie
Et après, vous parlez
Et tu dis "j'ai quelqu'un" ;
Tu dors sous d'autres draps
Depuis longtemps déjà,
C'est pourquoi tu es là
Avec ton sang qui dort
Sous tes mains, sous ta peau ;
Ton sang paisible enfin
Paisible, lui au moins.

Qu'est ce que tu n'ferais pas pour la peau ?

ET TOI ?


Fr. l'album Auguri (2001).
par Sénéchal publié dans : Troubles in Mind
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Samedi 13 janvier 2007

La littérature est mauvaise fille, anthologie critique (Atelier du Gué, déc. 2006)

 

 

Je dois confesser que je n’ai jamais rencontré Dussert (le Charles Monselet de notre époque ? un rat de bibliothèque qui refuse la scène ?), ni chercher à devenir un ami, un proche : j’ai toujours su respecter les « sectes livresques », me tenir à distance, en « spectateur permanent » (en consommateur éberlué aussi, il faut bien des gens pour acheter des livres), surtout quand le spectacle se veut discret, faute de moyens. Cependant, j’aime fortement l’esprit curieux et vif de Dussert : il prodigue depuis 1992 aux lectrices et lecteurs attentifs (et j’ai l’audace de croire que j’en suis), nombre de notices, de commentaires critiques, parfois énervés, sur des auteurs oubliés (égarés ?), ici, des francophones ayant écrits grosso modo entre 1850 et 1944 (à l’exception de ce cher François Valorbe, l’ami d’Eric Losfeld dont on attend la réédition de ses souvenirs, Endetté comme une mule, par sa fille).

 

Avant d’aborder le petit compte-rendu proprement dit de son dernier ouvrage, une anthologie critique qui met à jour 15 auteurs, qu’il me soit permis aussi d’avouer ma passion pour le « culte des auteurs rares ». Celles et ceux qui connaissent My Love Supreme, mon premier roman (Denoël, 2001), se souviennent du chapitre où trois amis fondent « l’escouade de la rare lecture » en circonvolutionnant autour du lac de Créteil : ils se croyaient, comme l’auteur, un lointain descendant des membres de l’Abbaye – ils se trompaient, mais c’est une autre histoire. Ou plutôt non, car, nous plongeons-là tête baissée dans les eaux ombrageuses du sujet même du livre de Dussert : dans l’introduction, n’écrit-il pas, façon cri d’amour repenti, « éponges que nous sommes, perméables sujets de la manipulation, victimes volontaires de la mercatique, de la frime et du toc –, dès que l’on a remisé les GRANDS NOMS […], il reste la COHORTE FABULEUSE des seconds couteaux. »

 

Parmi les 15 notices biographiques écrites par Dussert, 8 auront été de véritables découvertes – de la remise donc passons au séjour solaire. J’ai pu enrichir mes fichiers bibliographiques (des carnets accumulés depuis vingt ans) des noms suivants :

  • Charles de Coynard (1863- ?) qui reste « un beau morceau de mystère » 
  • Léo Lespès (1815-1875)
  • Jean Richepin (1849-1926)
  • Charles Fegdal (1880-1944)
  • Alexandre Mercereau (1884-1945)
  • Gabriel de Lautrec (1867-1938)
  • Pierre Coutras (1889-19… ?), le plus énigmatique
  • Joseph Méry (1797-1866)

 

En excluant cette salutaire et éclairante anthologie (l’ordre du classement m’échappe, mais à chaque notice d’auteur, une nouvelle est accolée, le choix est parfait), Lespès, Fegdal, Paysan, Mercereau, Coutras demeurent à ce jour non réédités. Gageons que Dussert s’emploiera, comme il le fait souvent depuis quinze ans, à inviter quelques éditeurs (les rares, les « petits », ceux qui prennent des risques comme l’Atelié du Gué, L’Archange minotaure, Des barbares, Stalker, etc.) à rééditer de façon critique ces « seconds couteaux », que j’adopte derechef comme membres actifs de mes services, où je mets petits plats dans les grands, relisant Proust ou Perec, non sans oublier, sans qu’un ne jour ne se passe sans, de revenir à Marcel Cohen, Georges Lambrichs ou Pierre Herbart, par exemple. Les négliger serait « comme un jour sans pain » pour citer Dussert.

 

Ma nouvelle préférée reste L’Expiation de Gabriel de Lautrec, sombre et implacable, mettant en scène entre deux écrivains une vengeance meurtrière aux surprenants démêlés. Dans le Paris de 2007, il me semble que l’on côtoie encore des auteurs (ou libraires) amers, indélicats, abusifs, ou irrévérencieux. Mais je peux me tromper. Je me trompe sûrement en fait. Seul le temps fera son froid travail de tri. Et le livre de Dussert donne beaucoup d’espoir : l’on se dit qu’un jour, un curieux (ah, l’expression de Paul Léautaud : « qui prend soin de tout ce qu’il considère ») redonnera un peu de vie à quelques livres oubliés – ceux des Autres. Comme un pied de nez à la mort.

 

202 pages – illustrées par Michel Nedjar – 19 €

par Sénéchal publié dans : Rapports de lectures communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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Mardi 9 janvier 2007

Idiotics

Ai passé ces derniers jours avec Lenny Bruce (1925-1966), en voyant pour la première fois le film de Bob Fosse (Lenny, 1974 avec Dustin Hoffman) sur une vieille cassette VHS. Tons lessivés du noir et blanc comme le visage de Valerie Perrine qui interprète la stripteaseuse dont Lenny tombe fou amoureux (scène du self). Elle joue à raconter leur descente dans l’enfer de la drogue, la naissance de leur fille, leur séparation, le bannissement progressif de Lenny des cabarets, ses diverses condamnations pour « acte de langage obscène », sa mort.

 

Voici un extrait du film :

 


Il disait, entre mille autres choses qui continuent à frapper juste là où ça fait mal, "I'd rather take a child to a porn movie than to King of Kings" [la vie de Jésus selon Hollywood, Nick Ray ayant été réduit en esclavage par le système].

 

Il me semble qu'approche une période en France, les "présidentielles", où les mots d'un Lenny seraient salvateurs, mais je me dis aussi qu'un tel type pourrait être liquidé tout autant, du moins récupéré. Et transposer et croiser des époques est inapproprié, non ?


Ci-dessous, sa voix, sur fond d'une photo d'arrestation. Il faut l'imaginer dans un club, jouer aux enchères avec les faciès. I would have been a real fan.

 


 

par Sénéchal publié dans : Rapports de lectures communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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