Voici, dans l'un de ses plus incroyables "speech act", la personne qui soutient le possible prochain président des Etats-Unis (dès nov. 2008) : Oprah Winfrey ! Elle appelle ça du "Word-Faith" : mais à ce régime-là, les mots n'ont vraiment plus d'importance, pas vrai ? et la politique encore moins, non ? Seule compte ici la foi, cette invraisemblable besoin de déplacer de l'énergie dans une sphère vide avec comme double effet : la solitude et la mort. Cette taupe indigne, à chaque fois qu'elle tombe sur un os (du genre : "Do you REALLY believe what you're saying ?") nous fait le coup de la mégère (shrew) qu'on apprivoise pas : vivement un gros chat pour la bouffer toute crue. Au bas mot, Obama fais la toi ! Ferme lui son bec avec ta [bip ! bip !] (Enorme ! Minimal Ethic & Sex Power)
Dimanche 16 décembre 2007
Avec stupéfaction, je découvre ce post sur le blog du député Aurélie Filippetti :
"Quelle est donc cette étrange République qui reçoit en grande pompe les dictateurs et qui empêche les députés, élus du peuple, de rentrer à l'Assemblée nationale?
Quelle mauvaise surprise ! hier, avec plusieurs collègues parlementaires nous avons été empêchés d'entrer dans l'enceinte de l'assemblée nationale parce que le Colonel Khadafi était reçu en grandes pompes à l'hôtel de Lassay par le Président Accoyer. Nous avons montré nos cartes et malgré cela avons été repoussés très fermement.
Je suis indignée par de telles pratiques qui relèvent d'une insulte à la démocratie.
Nicolas Sarkozy pratique donc désormais, la diplomatie du carnet de chèque. Il félicite chaleureusement son ami Poutine, reçoit en grande pompe un dictateur sanguinaire comme khadafi et s'assoit sur la démocratie en Algérie au nom de juteux contrats. C'est donc cela la rupture ? " (Mercredi 12 déc.)
Interdire aux élus du peuple la Chambre ? Il me semble que c'est assez nouveau ça, non ? Et bien entendu, ça passe. Tout passe. Une belle glissade, en attendant la gamelle.
Encore un rêve décidément [Changement d'alimentation ? A ce propos, existe-t-il un lien entre aérophagie, flatulence et production onirique ? En clair : l'air que j'expulse à longueur de temps (cf. la canzone Ich bin un Grosse Petoman... du baron Zeppelin) se fait plus rare, on me le dit d'ailleurs, ici et là, donc cet air doit bien passer quelque part : pneuma et rêve, ça me rappelle les séminaires d'Hersant)]
On est à la campagne. Je ne sais qui est qui, si je suis l'élève ou bien le maître, ou les deux à la fois, toujours est-il que tout ça s'ouvre sur l'une de ces magnifiques leçons de choses, une leçon comme on a toujours voulu, comme si Tout l'Univers devenait clair, précis, un mélange d'abécédaire avec pochoirs, petites poèmes en prose vous expliquant pourquoi telle ou telle chose s'appelle ainsi, est de telle forme, etc.
Il y a le bol. Il demande pourquoi le bol est un bol.
Alors les vieilles mains forment un bol en se rejoignant.
Elle approchent d'une fontaine.
Elles recueillent un peu d'eau.
Elles font boire l'enfant.
Mais l'enfant insiste : pourquoi les bols en plastique et en terre, pourquoi ça.
"Un jour, quelqu'un s'est rendu compte que son récipient en bois, en coquillage, c'était certes plus pratique que les mains, mais bien moins résistant que le terre cuite, voilà."
Alors l'enfant boit directement à la source.
"Un jour quelqu'un, une maman a voulu porter de l'eau à son bébé. D'abord elle l'a fait avec sa bouche. Et aussi avec ses mains. C'est plus propre avec la bouche, tu sais... Et puis elle a cherché un récipient. Les autres créatures sont peu nombreuses à se servir d'ustensiles. On connaît le cas de la loutre, qui tend à disparaître de nos rivières. C'est bien dommage, si tu voyais les yeux de la loutre... La mère en fin de compte a cherché un moyen plus pratique, avec l'usage : l'important ici ce n'est pas la signification du bol, c'est l'usage. Au bord de la mer, elle utilisera des coquilles, des carapaces. Dans un endroit humide, des bois creusés, mais qui ont l'inconvénient de pourrir vite. Ce qui est intéressant vois-tu c'est de réfléchir à cet instant où ses mains ont commencé à pétrir l'argile pour former un bol. On a retrouvé des millions de bols plus ou moins cassés sous la terre. Le bol c'est fondamental."
Vendredi 14 décembre 2007
(sans alcool, au réveil)
Le 15 octobre 1634, René Descartes fit un enfant à Helena Jans (Verbeek T. et al. Institut Néerlandais, 1996) la bonne de son propriétaire. Francine naquit le 19 juillet 1635 mais l'enfant mourut le 7 septembre 1640, laissant Descartes très affecté au point qu'on raconte qu'il surnomma "Francine" une machine qu'il aurait imaginée : fable ?
A part Denis Diderot, je ne connais pas d'autre cas de philosophe (ou créateur) qui montre autant d'intérêt pour l'enfant surtout si c'est une fille : ça revient dans leurs écrits, avec constance (parlons-nous des filles de Wolfgang ? non.). NB : que deviennent les enfants de philosophes ?
Hier au soir, en regardant les doigts d'I. ("i" majuscule) se promener sur la harpe, remontait en moi la légende de Sainte Cécile.
Depuis quelques mois, s'imposait pour un récit de feu et d'eau la métaphore de "l'ange harpiste aux doigts lactescents" que l'on aperçoit sur une frise, côté gauche de Notre Dame, en partant du porche. Hasard objectif (une photo en se promenant avec toi chère I., déclencha le process) ?
En rentrant, le soir, après le concert d'I., j'ai réécouté Odes for St Cecilia's Day d'Henry Purcell (Taverner Consort, Choir & Players - Adrew Parrott, dir., Virgin, 1999). Dans celle de 1692, composée à partir d'un texte de Nicolas Brady, le huitième mouvement m'a toujours paru mystérieux et en même temps, si lumineux pour notre temps.
Il y aurait beaucoup à dire. Trop sans doute donc mal.
Cette profusion de connexions nuirait à l'étincelante Cécile.
Juste s'étonner encore que dans ce 8e mouvement qui dure ici 6'06, l'on commence par un prélude à l'orgue intitulé Volontary, en ré mineur. J'aime le ré mineur (D-moll), écoutons-le chez Mozart et Schubert, bien sûr, chez les "anges de passage"...
Plus étrange (car je me perd là en suppositions), à l'écoute, cette intro "volontaire", qui n'évoque rien de religieux, qui n'appelle pas le recueillement comme d'un air d'église, semble subsumer la Joie même. "Il faut déterminer que l'on est joyeux". C'est déjà du Bach mais sous un roi catho. Mélangeons-nous donc pour l'allégresse et fi de l'informe "global culture" vide de sens, affection négative comme l'est toute news, mortifère car immédiate.
Que cet air particulier qui se transforme a 3'45 en une voix de basse qui entonne un "Wonderous Machine", voilà qui ne cesse de me réjouir.
Wonder Woman, super jeune fille...
Entre mars et juin 1630, on présume que Descartes se trouve en Angleterre.
Les pensées mettent quelques temps à se féconder les unes les autres. Quand je lis la vie de Descartes, je lis en même temps des bribes de Spinoza commentées par Deleuze parce qu'un ami m'a écrit un essai sur les Anges et que je découvre par hasard un essai de Jean-Claude Dumoncel, Le Pendule du Docteur Deleuze (1999) où je lis :
"Tout ce qui est joyeux est créateur
Tout ce qui est désir est joyeux
Donc tout ce qui est désir est créateur."
L'intérêt des syllogismes, fussent-ils deleuziens, consiste en un appel à la glose.
Dumoncel j'en avais entendu parlé par Lecourt à cause de Wittgenstein et aussi de Diderot, des encyclopédistes, etc., etc. Parfois nos modes de pensées sont comme une composition musicale mais il y manque le coda, les mesures, les clefs. On y trouve les accords en différents modes mais rien d'autre.
Que ces gloses, nous les imaginions possible par delà les époques, intermédiants nos propres pensées à celles des fantômes ;
qu'un petit morceau de musique affleure à dire tout cela ;
que les petites doigts agiles durant quelques minutes donnent raison au désir, à l'éphémère, à l'amour en ré mineur.
(ici, virage)
ENFIN, tout ça pour dire que en quelques tavernes des Pays-Bas espagnols au XVIIe s. on aimait sans doute les guitares et donc le flamenco. M'est avis que les Anglais adopte sous Elisabeth ce genre d'instrument à corde et le style (on a ça chez John Dowland, loué par K. Dick), subsume la guitare pour s'approprier les forces de l'ennemi catholique n°1, l'Espagne.
Avec Purcell, on est dans la fusion des arts italiens, français (l'Ennemi catho n°2 devenu n°1 après l'Armada éventée) et ce quelque chose de profondément anglais.
Cet esprit anglais quand I. écoute du rock, et qu'elle s'en délecte, qu'elle est dans la Joie et pour la Joie, je ne saurai dire s'il est né quelque part dans le Grand Siècle à Londres, mais oui, la tentation est là. Et j'y cède plus volontiers encore quand je réécoute Volontary, un chant de machine qui met en marche toutes les machines musicales à venir, un chant de machine pour le cerveau-machine des Francines fluides, habiles et pulvérulentes, soft, douces et oui, lactescentes. This is the Way, step inside.
Cependant, Dumoncel me prévient dans son essai page 17 que : "Et comme le dit un proverbe borgésien, l'Inde est plus grande que le monde [sic]. L'émergence d'une philosophie de l'histoire a imposé à la philosophie un registre monographique où tous les noms propres du monde veulent sonner à tour de rôle pour faire entendre chacun le son de cloche qui est propre. C'est ce que Deleuze appelle "la mer des noms propres" (Anti-O., p. 371)"
et aussi p. 31 cette "wondorous" pensée-rapt : "J'appellerai focalisation ostensive la série formée par une Grande Machinerie et une Moyenne Machine montrées en raison d'une "petite machine" de l'horreur ou de l'extase qui demeure en retrait (et qui est aussi ce que Deleuze désigne comme le "trop grand"). Ce qui demeure en retrait, c'est l'outlandish. Ce n'est pas qu'on puisse le montrer aussi et en parler, mais il y a toutes les chances que ce soit en vain, à moins que la manière y soit mise. Et la procédure de la manière, c'est l'outlandish."