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Mardi 10 avril 2007
Pascal m'avait invité au vernissage de l'exposition "Rembrandt et la Nouvelle Jérusalem" qui se tient au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme, Hôtel de Saint-Aignan, Paris 3e.

Quelques photos :


Il était interdit de photographier les oeuvres. Je suis resté plusieurs minutes davant la vitrine qui contenait l'édition originale (?) de l'Ethique de Baruch Spinosa, en latin, et, l'imagination oblige, que ce dernier avait peut-être croisé Rembrandt...
par Di Folco publié dans : Troubles in Mind
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Samedi 31 mars 2007
Vendredi soir au Théâtre du Châtelet, perchés au Paradis, on a vu et entendu cette Passion selon Saint-Jean de Bach, mise en scène par Bob Wilson et Lucinda Child, dirigée par Emmanuelle Haïm. J'ai bien aimé le choeur lithique, cette "turba" tellurique, presque tectonique, qui glisse sur la scène, ressort, revient par la cour et le jardin. On dit que Bach aurait inventé cette division du choeur en deux. Il y avait un Christus d'origine italienne aussi beau qu'un saint Sébastien. Lucinda, blonde platine et coupe de cheveux d'aigle, exécutait des allées et venues tandis que de longs rectangles noir rayaient, en glissant, l'écran bleuté du ciel. Par ces fonctions scéniques épurées, les oratorios n'en jaillissaient que plus beaux. A la froideur métallique et granitique des jeux scéniques, s'opposaient la chaleur humaine, la ferveur populaire contenues en ces compositions écrites et voulues par Bach entre 1717 et 1749 (pas une musique savante mais "pansante"). "Il faut un temple simple, beaucoup plus de violons, un choeur mobile, pour tous les habitants de la ville de Leipzig...". Le lendemain, je fus très surpris de lire dans Le Monde une critique où une journaliste boudait son plaisir : "une passion sans épine", c'est bien là pourtant ce que nous cherchions, loin des néobarroqueux trash et autres pseudo performances scandaleuses d'un jour auxquels ce lieu nous avait habitués.
par Di Folco publié dans : Troubles in Mind
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Dimanche 25 février 2007

Vendredi soir, l’avant-dernière de la reprise Le Roi Lear  avec Michel Piccoli aux Ateliers Berthier. Je découvre pour la première fois ce lieu situé porte de Clichy, un ancien hangar des années 1930, peut-être. Je m’en fiche. Je vais fumer deux cigarettes dehors, dans l’humidité de cette soirée qui n’est plus tout à fait hivernale ni déjà le printemps, je téléphone à ma mère qui m’apprend qu’elle a perdu tous ses cheveux, que les rayons s’arrêtent sous peu, je rallume une clope, je la jette, le vent pique, je regarde les publics s’agglutiner dans l’entrée contrôlée par deux physionomistes, puis je me dirige vers le bar, je n’ai ni soif ni faim, je suis un peu agacé comme autrefois quand j’allais au théâtre toutes les semaines, par ce côté « nous autres on ne fréquente que le théâtre de création, on en est et on vous emmerde… », je pense à l’ère Lang pérenne, au fric que ce lieu doit coûter, puisqu’il s’ajoute à l’Odéon bientôt dirigé par Olivier Py qui nous servira des « créations » de 6 heures voir plus, comme au tant de l’Aquarium Mouchkine, les samossas et l’encens en moins, mais le spectre de Jean-Luc Lagarce en plus, oh oui, Lagarce que c’était chiant, et que j’en ai marre du culturellement correct, du faussement transgressif, du « s’il a le sida, c’est que cet artiste est sublime, forcément sublime », et j’ai envie de fumer, mais la sonnerie retentie, et là j’aperçois la comédienne Dominique Reymond, venue avec une jeune fille, elle m’avait bouleversée chez Sobel du temps de Gennevilliers (on était abonné, on faisait l’effort dans les années 1990-1995, de se taper le métro, les retours en taxi, mais on sortait ravi d’un Mort de Danton de Büchner, ou alors d’un Thomas Bernhardt, d’un Peter Handke chiantissime (on en riait), je me souviens aussi de nos abonnements au théâtre de la Bastille, de David Warrilow, l’Acteur préféré de Beckett, oui celui de Quad tant admiré par Gilles, vu dans L’Institut Benjamenta, avec un Philippe Demarle éberlué, fragile et postillonnant, l’accent du pays déboulant de temps à autre, que tout ça est loin et je mélange tout), Dominique Reymond donc, que je recroise au bar après les 2 h 45 de neige en plastique et de pétards « ambiance mafia Chicago » voulus par le metteur en scène André Engel, après quelques répliques souvenues (on a tant piqué au Lear, à W. S. que là on est en terre familière), et tout en l’écoutant, cette belle voix grave, je repensais à son jeu dans Sade de B. Jacquot, dans Les Destinées sentimentales de O. Assayas ou dans Presque rien de S. Lifshitz, trois films sortis en 2000, et je la trouve mieux qu’à l’image, je veux dire qu’elle est bien comme ça (les acteurs dans la vie courante, certains glissent, ils ont cette grâce), son verre de vin rouge à la main, sa fille de 20 ans, et puis l’éclair, l’absence, soudain, je me souviens de son rôle dans Ma Mère de C. Honoré, totalement nul ce film, comment prétendre pouvoir filmer d’après Bataille, ça me dépasse, mais elle sauvait une partie du film, en fait c’est le seul film où la Huppert ne joue pas bien, je trouve ça, je pense ça, et je repense à elle, son crâne chauve, ses petites touffes de cheveux blancs, sa perruque, je pense à la vieillesse, aux marques indélébiles, à la dégradation des corps, aux désirs intacts, je pense aux désirs sexuels dans un corps qui sent la mort, qui voit la mort dans le miroir du matin, je me dis que devenir aveugle comme Gloucester c’est pas si mal, guidé, sans le savoir et sans le voir, par la main d’un fils qui joue au fou, là-dessus je veux fermer les yeux, cesser de penser à elle, mais l’image hideuse me poursuit, jusque dans un rêve que je fais vers 5 heures du matin je crois, puisque ne parvenant pas à m’endormir, même après m’être enfilé trois heures de Profit (série culte de 1993, 8 épisodes), elle est encore là, la mère confondue en des centaines d’avatars, et que quelle que soit la métamorphose que je me propose de lui plaquer sur la face (pour m’échapper de ce qu’elle a été, de ce qu’elle est devenue), elle rôde encore, alors que les oiseaux chantent dans la cours, que je me lève du fauteuil pour aller me faire un café, que je me prépare pour la piscine, que je me heurte aux vieilles nageuses, que je me frotte après la douche et que je découvre que je peux encore me prendre un kilomètre de brasse sans arrêt cardiaque. Ensuite, place de la Contrescarpe, le soleil, le petit chocolat, tout ça convoque les beaux souvenirs, du temps où tu m’emportais avec toi, rue du Montparnasse, chez Larousse, tu portais un tailleur sexy, et je t’aimais.

Lear retrouve Cordelia bien après qu’il l’eut chassée : « Oui, ce que mes yeux voient, ne peut tromper le cœur d’un vieil homme ! ».

Cette absence de clairvoyance des vieux ne serait rien, si nous parvenions à échapper aux illusions dans lesquelles nous devons parfois fusionner, arrivistes postichés que nous sommes tous condamnés à être pour devenir.

par Sénéchal publié dans : Troubles in Mind
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Mardi 30 janvier 2007
Extrait de la fin du film culte introuvable Deep End, de Jerzy Skolimowski (1971) dont Travail au noir (1980) reste pour moi sans doute le meilleur film (et aussi le meilleur film sur cette question-là, celle des travailleurs sans papier).

Dans Deep End, un puceau de 15 ans, employé comme garçon de piscine, est sadisé par sa collègue, sublime petite blonde londonienne. Ici, ils viennent de faire l'amour (enfin... il est parti un peu vite). Sur cette question-là aussi, la justesse est rare chez les cinéastes.

Des générations de jeunes ont été marquées par ce film ultra rapide, qui ressemble à un tableau multimédia, une composition étrange, une performance hors du temps, sans âge.

Visionnaire, oublié, Jerzy, quand on y repense, relègue un peu Polanski au rang d'amuseur sympathique.

Bon, j'exagère.

par Sénéchal publié dans : Troubles in Mind
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Dimanche 14 janvier 2007
Mais tout cela ne signifie rien. N'allez pas croire que.
Y'a des jours et des nuits... On écoute la même en boucle.
De lui, s'il ne devait en rester qu'une, ce serait celle-ci :




Comme tu as su attendre
Comme tu lui as parlé
Et comme elle résistait
Elle voulait se défendre
Et c'était presque beau
De vous voir, presque beau
Ta patience infinie
Ses "non, "oui", "pas ici".
Un jour ça s'est passé
Elle voulait dans ta chambre
Et tout a bien été
Et tout était très tendre ;
Mais après, comme toujours,
Ça t'as rendu tout chose.
Elle s'est lavée vite fait ;
Tu savais bien comme c'était mais

Qu'est ce que tu n'ferais pas pour la peau ?

Ton sang chauffé d'un coup
Tu le sens cavaler
Te porter n'importe où
Te faire faire un peu tout, sans frein ;
Là, tu es dans un lit
Où ton sang t'a mené
Et la fille est jolie
Et après, vous parlez
Et tu dis "j'ai quelqu'un" ;
Tu dors sous d'autres draps
Depuis longtemps déjà,
C'est pourquoi tu es là
Avec ton sang qui dort
Sous tes mains, sous ta peau ;
Ton sang paisible enfin
Paisible, lui au moins.

Qu'est ce que tu n'ferais pas pour la peau ?

ET TOI ?


Fr. l'album Auguri (2001).
par Sénéchal publié dans : Troubles in Mind
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