Va falloir ajouter ce film de Paul Auster à la liste des films mettant en scène des écrivains (voir vieux débat sur ce blog ici). Epure presque confondante et nostalgique ici : quatre personnages et leurs muses, on pense à Wenders bien entendu, la lenteur en moins. Un film produit par le courageux Paulo Branco, BO signé du trop rare Laurent Petitgang... Irène Jacob est ses mini seins pas mal, pas mal... J'aime bien l'écrivain qui dit : "I want to be alone" et qui se retrouve avec trois personnages en quête de... quoi ? On cite Berkeley, Hume et Kant à propos (comment faire disparaître ce que nous imaginons et non ce qui est, simplement en cessant d'y penser). Voilà : ça a l'air simple, mais c'est bourré de choses complexes ces petits films d'écrivain parlant d'écrivains qui se battent avec leurs petits manuscrits tapés à la machine. Je suis pas sûr que ça intéresse grand monde mais on s'en fiche un peu, non ? Regardons ça comme une archive de l'échappée dans un monde où tout semble interconnecté en boucle, prévisible, confus et parasité.
C'est le
genre de livre que j'aime dévoré en deux-trois heures, comme autrefois, quand on avait le temps pour soi, toute la vie devant soi, à l'ombre des pommiers, fin août, chez la grand-mère... enfin
voilà, c'est de la SF, ça s'appelleLes Chronolitheset c'est signé
Robert Charles Wilson.
Les descriptions de notre société à venir en 2020 sont ici assez troublantes de
réalisme.On s'identifie rapidement à Scott, témoin du surgissement d'un monolithe en forme d'obélisque,
de couleur bleu, non loin d'une plage de Thaïlande. D'où vient-il, etc. ? Le bloc comporte une inscription : "Hommage à la victoire en Asie de Kuin, 2040", soit dans vingt ans et trois
mois. On verse parfois un peu dans le catastrophisme : manque d'eau, de pétrole, etc. Au moins, Wilson en tire-t-il des conclusions avec rigueur. Les monolithes continuent d'apparaître et
cette fois ravage tout : ici en plein coeur de Bangkok, là de Tokyo, puis de Pékin d'où un conflit nucléaire local, etc. Seul l'Occident semble épargné. Bien entendu. Mais bon, on passera sur
cette propension à glisser dans les récits de SF de bons vieux réflexes nationalistes, identitaires ou matchistes : comme dans une série américaine bien qualibrée, l'héroïne, une scientifique
spécialisée en "onde gravitationelle et autres particules élémentaires" est métisse, lesbienne et très indépendante. Les théories de Jung sont ici passées au tamis pour le meilleur
(synchronicité, précognition etc.) et pas de petits extraterrestres verts à l'horizon. En dernière partie, ça traine un iota mais ça va, le résultat est troublant. Scott écrit là son journal : il
commence lors de la première apparition du monolithe et se termine quand... Bon, on va pas raconter la fin. Pour les amateurs de paradoxes temporels et d'anticipation, c'est parfait.
Robert Charles Wilson, Les Chronolithes, tr. de l'américain par Gilles
Goulet, Folio SF