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Dimanche 8 juillet 2007

"Tu devrais chanter la comptine stupide de Supertramp et nous ficher la paix ! Vieux râleur !" En fait de trempe, je veux en coller une à Joël Collado, le collabo du système médiatico-météorologique. Ce type DOIT ÊTRE LICENCIE SUR LE CHAMP ! Il bosse pour le groupe Radio France et tous les jours, régulièrement, nous assène sur un ton suave et roucoulant ses prédictions de sous-batracien schizophréneux. Je l’ai pris en flagrant délit, vendredi soir, si si, en train de proférer : « Ce week-end il fera enfin beau, décidément, il était temps, alors la pluie va cesser… » avec un petit air chafouin (ou un ton, oui, thon, poisson…) de celui qui va partir en fin de semaine accompagné d’une sublime réalisatrice radio. Quel amateur ! La pluie tombe en ce moment même sur mes géraniums. Sur Mouffetard. Et pas sur sa tronche, j’en suis certain. Une amie, E., qui vit en banlieue ouest, et possède un petit jardin (une jungle, rapport aux eaux de pluie incessantes), me disait ce matin l’avoir surpris en train d’user d’expressions qui trahissaient le mécontement des auditeurs : « Temps pourri » aurait-il lâché, ce fumier ! Ah ! non, pas de cadeau. Le mec est payé pour dire la météo, pas pour mentir, pas pour nous bercer d’illusions. La radio c’est pas la télé. Tu imagines E., si miss Météo Marine déclarait : « Avis de temps calme sur tout le littoral » ? Les marins sont pas si cons, mais tout de même. Du temps des Romains, ce genre de type, on leur coupait la langue pour fausse prédiction. C’est dans Astérix et le devin. « Collado, aruspice de mes couilles, tu finiras à l’auspice ta tambouille » (j’entends déjà les cris des auditeurs sous les fenêtres de la grande maison ronde, avenue Kennedy, dès ce soir, la meute est là, elle veut ta peau…).

 


par Di Folco publié dans : Baffes qui se perdent
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Vendredi 6 juillet 2007

"Il en va des sardines comme des bons vins, elles se bonifient avec l'âge car l'huile confit la chair de la sardine au cours des premières années. C'est pourquoi on parle de millésime pour les sardines. Il convient cependant de retourner les boîtes tous les 5-6 mois environ afin que toute la chair soit baignée par l'huile. Les sardines peuvent se garder ainsi plusieurs années."

Ce matin, dans mon café-bar habituel, un individu accompagné de son petit batard (un chien, prétexte à Vélasquez, allez savoir pourquoi...) m'affirme qu'il aurait dégusté des sardines datant de... 1915 ! Des sardines de poilus... qu'il aurait tout aussi bien pu accompagné d'un vieux schnaps.

Il existe des collectionneurs de vieilles boîtes de sardines scellées. Il semblerait qu'avant les années 1970, la date n'était pas obligatoire. La Maison de Bretagne (Paris) et aussi l'épicerie Fauchon vendraient des boîtes de sardines vintage (années 1950 ?), encore comestibles !

Lors d'une prochaine rando, dans le sac à dos, ma vieille boîte de sardines millésimée (date de ma naissance ?). Et le botulisme dans tout ça ? Le mythe de la vieille sardine qui aurait connu les yeux dans les yeux Clemenceau (tigre ou gros chat, c'est dire !), tout un programme... Qui a là dessus de l'info sans intox ?
par Di Folco publié dans : Le goût du goût
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Jeudi 5 juillet 2007
 

Une lecture faite vers l’âge de dix ans m’a marqué à jamais : Le piège diabolique d’E.P. Jacobs. Depuis cette « BD dévoration » (ou adoration), j’ai toujours cherché à retrouver chez quelques écrivains, ces ambiances de souterrains et de machines à voyager dans le temps. Le principe est toujours le même, car il s’agit d’un motif immuable(*), d’un lieu d’écriture familier, d’un Ulysse aux mille tours ou ruses, que ce voyageur solitaire qui affronte les paradoxes du Temps. Certains écrivains parviennent à restituer cette sensation à la fois de perte, de bonheur dans la fuite, de solitude et d’ouverture maximale des possibles, tout en respectant la linéarité propre au roman classique : Voyages au pays de la 4e dimension (Pawlowski, 1920 ?), L’enchâssement (Ian Watson, 1973), Le jeune homme, la mort et le temps (Matheson, 1975), et dans une certaine mesure, L’Invention de Morel (Bioy Casares, 1940), possèdent cette aura. Sans doute certains textes m’auront échappé – si un œil compatissant pouvait ici-même m’en conseiller d’autres ?

 

Chroniques des jours à venir possède bien cet air de famille, étrangement inquiétant, singulièrement « reconnaissable ». Lambert, archéologue anglais à la trentaine affaiblie par l’ESB, vit à Londres à la fin des années 1990. Entre paléontologie et égyptologie, il voue aussi un culte à H. G. Wells. Un jour, son mentor de Cambridge lui faxe un codicille au testament de l’auteur de Time Travel Machine (1897) daté de 1946, l’année de la mort de l’écrivain britannique, qui précise que la machine existerait bel et bien, qu’elle aurait été conçue à Londres par une jeune chercheuse russe à la fin du XIXe s., une ancienne assistante de Nikolas Tesla. Elle l’aurait même essayé trois ans après le début de ses recherches et aurait disparu depuis lors mais reviendrait cent ans plus tard, soit en 1999. Wells écrit que comme ils furent amants, il ne souhaitait communiquer cette découverte qu’à un honnête savant du futur, une fois supposé le progrès humain accompli pour gérer au mieux cette découverte, et quand les passions se seront calmées. Vérification faite, le document s’avère être authentique. Les rares personnes mises au courant crient au canular de la part d’un vieil écrivain devenu gâteux. Lambert, au contraire, piqué par la curiosité, retrouve le laboratoire de la jeune russe devenu un vieil hangar squatté par des punks SM, et qu’il entreprend de louer au mois. Car entre temps, la machine est réapparue ! En pleine fête du jour de l’an. Le 31 décembre 1999. Un éclair violent et voilà une sphère hérissée de pointes et connectée à des convecteurs électriques en laiton. Comme prévu. Mais la capsule est vide : à l’intérieur flotte un parfum ancien, et gisent sur une espèce de fauteuil de dentiste des habits de femme… encore chauds.

La deuxième partie du livre s’ouvre sur l’estuaire de la Tamise. Nous sommes en 2500. Lambert a donc décidé de partir vers le futur. Entre temps, il apprend pourquoi et comment est mort son seul amour, Anita, qu’il a disputé à son meilleur ami, Bird : l’encéphalite spongiforme aigue (ESB). Epuisé par ses recherches sur la machine, le voici bientôt sujet à quelques fièvres et faiblesses violentes. Il subit des examens. Le test ESB est positif. Persuadé de mourir dans moins de trois ans, il fait tout pour remettre la machine en route. Se mettant en disponibilité de Cambridge, il réussit dans le plus grand secret, à trouver des fonds importants en revendant à un collectionneur américain d’impeccables compteurs et des réseaux tubulaires vintage Charles Morris & Cie (des pièces du patrimoine industrielle extraites de la machine qu’il modernise avec un PC, des diodes électroniques, etc.), que même le British Museum ou le Smithsonian ne possèdent pas.

Lambert tiendra pendant quelques mois le journal de son voyage en solitaire dans une Angleterre recouverte par une jungle tropicale et peuplée seulement d’animaux échappés de quelque zoo. Dans les ruines de ce qui fut jadis le Grand Londres, puis dans Edinburgh, sous un soleil implacable, sac au dos, accompagné d’une panthère noire sans oreilles, il avance vers son destin.

Il avait choisit la date 2500 car sur un compteur mis à la vente, la loupe d’un expert découvrit celle-ci comme gravée au stylet. Un message de la jeune Russe ?

Ce livre se lit d’une seule traite. 420 pages où s’entremêlent les souvenirs de jeunesse de Lambert, ses années de formation, son épisode amoureux avec Anita et son amitié trahie avec Bird. Ses doutes. Ses espoirs. Et la disparition de notre monde, programmée, implacable, qui surgit là, au milieu du livre, comme une évidence. Par ailleurs essayiste soucieux de l'environnement, le canadien Wright écrivait dans La Fin du Progrès (Naïve, 2006) : "Notre civilisation est à la croisée des chemins. Reste à choisir la bonne route... Elle peut ici et maintenant réparer ses erreurs, corriger le tir. Après, il sera trop tard."

 

Ronald Wright : Chronique des jours à venir [A Scientific Romance - 1997]

Traduit de l’anglais (Canada), par Henri Theureau - Collection « Le cabinet de lecture d’Alberto Manguel ", Actes Sud, 2007

(*) Un wiki-article pour une fois bien fichu : Time Travel (en anglais)

par Di Folco publié dans : Rapports de lectures
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Dimanche 1 juillet 2007

En fidèle lecteur du blog, un jour d'été, Emmanuel C. m'a envoyé sa lecture de Chantiers (Derrière la salle de bains, 2007). On a l'envie de continuer, rien que pour un lecteur comme lui :


"Mais, et tu ne t'en étonneras pas, j'ai préféré ton "Chantiers" par le propos. Il y a une dynamique plus spinoziste, moins nostalgique ici. Là encore, la métaphore du hérisson m'a séduite, car elle incarne ce que dit Kant sur l'insociable sociabilité de l'homme, dans ce texte fameux, mais toujours aussi mal écrit, comme d'habitude chez le philosophe lourdingue de Koenigsberg.

Tu arrives à faire de la philosophie en acte, dans ce passage: c'est très rare, très précieux.


Chantiers, peut - être la métaphore de l'oeuvre en train de se faire, le maçon, l'architecte. Cette idée que l'écrivain n'est après tout, qu'un artisan un peu particulier, comme Giono le disait.

Ce passage, très beau, p. 4 et 5, comme un tableau plein de modernité, où la couleur tient lieu de figure (et cela c'est très fort):

"Une palissade fut élevée. De ma haute fenêtre surplombant le chantier, je voyais les spécificités de la terre: argile orange, marne verte, gypses gris, sables blanc et jaune, puis d'énormes trous de béton, des galeries d'égouts, des câbles, des tuyaux sectionnés. Tout autour, délimitant le périmètre, les fondations des immeubles mises à nu. Au fond du trou, des mares boueuses, des tôles ondulées souillées, des torves rouillées ajoutaient à l'impudicité du décor. Une rampe d'accès y descendait. Il manquait juste en plein milieu, un monolithe noir fascinant. Je passais un jour la tête par l'embrasure de la palissade, hélai un bonhomme en costume trois pièces casqué de blanc, pour juste demander s'ils avaient trouvé là quelques vieux vestiges.'Non, non, on a pas le temps là, on est pressé' Deux mois, il aura fallu deux mois pour superposer l'ombre d'un immeuble à une autre ombre, non pas plus élevée: l'immeuble nouveau avait la même hauteur mais un nombre d'étages supérieur. On accélère, on tasse, et étrangement tout s'assombrit.

Bien sûr, la référence à "2001, l'odyssée de l'espace", la possibilité de quelque ruine immémoriale, la mémoire sous la mémoire, et toujours, le règne des ombres, de ce qui est absent, là, au creux de soi, et qui fait que l'on avance, que l'on est soi, que l'on écrit, que l'on se ceinture dans sa carapace de livres, de textes, et que l'on se dénude peu à peu en se recouvrant d'écritures, de graphies...La prescience, aussi, que rien ne va bien, que le temps s'accélère faussement, qu'il faut bien, par quelque procédé, quelque sorcellerie scripturale, le ralentir."
par Di Folco publié dans : Mes écrits en librairie
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Dimanche 1 juillet 2007
La Mort en cette aurore a dit qu'elle me trouvait chaud et à point comme un hot dog de la rue du Roi de Sicile et puis m'a dit encore et la vitesse et la charmante et l'opaline des flaques d'eaux gorgées d'huile de vidange.
La Mort ne me séduit plus un seul instant.
Plus un seul instant ne m'est accordé depuis lors.
Depuis lors, l'heur d'être suspecte le paraître.
"Il y a" zappe les satoris burlesques des années passées à entreprendre.
Je cherche l'ordure TEMPS.
Tu laches pas prise, hein ?
Hubris ! Aux silences des secondes de sable, ta tête doit se courber.
Tu n'es pas méchant homme, juste un peu niais.
Tu crois encore au masochisme de l'amour.
Emu que tu es du regard des biches.
Vaut mieux l'Iron Fist que le Fist F..., batard !
Grand mou ventre plat cerveau disjoncté, apprend-donc à t'endormir en paix.
La Mort en cette aurore crochette tes yeux aux spins du sein de la Vie.
par Di Folco publié dans : Troubles in Mind
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