Je ne
connaissais pas il y a deux jours l’auteur britannique Ben Elton né en 1959 (Devine qui vient mourir ce soir, 2003). Son nouveau polar Amitiés mortelles
(Past Mortem, Belfond noir, mai 2007) est une pure merveille. A Londres, au New Scotland Yard, Edward Newson, inspecteur de petite taille, rouquin, âgé de trente quatre ans, célibataire,
enquête sur une série de crimes mystérieux. Assisté par la brigadier (loin d’être moche) Natasha Wilkie, il examine le gros corps mort d’Adam Bishop, percé de près de 400 petits trous. Le duo de
flics, très attachant (frustré de sexe depuis deux ans, Edward est secrètement amoureux de Natasha qui, elle, vit avec Lance, une brute épaisse), découvre que ce Bishop était détesté par son
entourage. Peu à peu, dans un Londres contemporain bien restitué, avec ses nouveaux riches qui dépensent 15 livres pour un simple verre et ses embouteillages dantesques, le lien est établi entre
ce crime et d’autres meurtres plus anciens. La signature serait la même : à chaque fois, les victimes auraient accueilli l’assassin les bras ouverts, se seraient retrouvées ficelées dans des
postures indignes, torturées et soumises à l’écoute d’une compile de tubes datant de leur adolescence. Le crime suivant inquiète les autorités plus que tout : cette fois, c’est une future
parlementaire qui est touchée, Farrah Porter, retrouvée nue dans sa baignoire, le corps plongée dans un bain d’acide, les cheveux décolorés : seul indice, un petit poil roux dissimulé sous
un savon. Elle aussi s’avère avoir être détestée par son entourage.
Edward vit donc seul. Comme beaucoup de gens, il surfe sur le net. Inscrit sur le site « Temps des copains » (l’équivalent de notre copainsdavant.com), il retrouve une partie des ses camarades des années 1984-88. Une seule manque à l’appel : la Christine Copperfield. Un soir, c’est Helen Smart qui le contacte. Helen était une petite post-punk militante anti-thatchérienne, la seule à ne pas se moquer de « Newson le gnome ». Ils vont se revoir. Celle-ci va lui faire vivre une nuit de sexe absolument bizarre et extrême. Un truc cloche chez elle : des lacérations, là, sur ses bras. Quelques jours plus tard, c’est au tour de Christine, le 1er amour de Newson, de déposer une fiche sur « Temps des copains » et de rameuter toute la promo en ligne à une soirée cocktail concert. A partir de là, tout va déraper ; le criminel semble rattraper Newson qui devra se battre pour tenter de prouver que les apparences sont trompeuses et lutter contre ses propres démons. Bien sûr qu’on ne va pas raconter la fin, d’autant que jusqu’au dernier chapitre, rien n’est sûr, le nom du coupable est là mais on ose y croire. Ce qui m’a séduit dans cette histoire ? Se servir d’un outil relativement connu, le net, et d’un genre de site aujourd’hui très populaire (« retrouvez tous vos amis de l’école ! ») pour bâtir un récit très palpitant, plein à la fois de ce légendaire humour british (les rapports de Newson et de Natasha) et d’une inquiétante étrangeté (les prospectives psychologiques et les motifs criminels), juste ce qu’il faut en somme pour faire de ce livre un excellent polar.
Tiens, de coup, moi, je crois que je vais me désabonner du site mescopainsdavant.com. D’autant plus que ces derniers jours, je reçois d’étranges mails de menaces… Brrrrrrrrr !
Ben ELTON : Amitiés mortelles, Belfond Noir, 2007
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Avec le bon petit cinéma français, on caricature rarement, de façon efficace s’entend, notre « propre » patronat et le système managérial qui en découle, produit du complexe X-HEC-ENA, forcément parfait. Même si c’est un remake, le film Fun With Dick & Jane (2006) produit par Jim Carrey, fonce dans le tas et fait mouche. La cible : l’argent facile au début des années 2000, les faillites de grands comptes et le sort désastreux réservé aux employés. A sa sortie sur notre sol, je veux dire le pays des Le Plope-Prigent, Messier et Fourtoudanslapocket, seuls les Cahiers du cinéma saluèrent ce petit chef d’œuvre d’insolence et de justesse, montrant un couple de cadres drogué de travail qui s’extasie à l’idée de faire l’amour « samedi prochain ». Enorme société de fonds de pensions californienne dirigée par Jack McCallister, héritier vulgaire et grotesque, Globodyne a trafiqué les comptes, passant les pertes en profits. Après une fuite, elle dépose son bilan en 24 heures (chrono), Jack, lui, s'envole en hélico vers sa villa de Malibu. Viré comme 6000 autres employés, Dick Harper (Carrey, toujours aussi fou mais pour une fois dans les limites du réalisme) et son épouse Jane (Téa Leoni) se retrouvent en trois mois au bord de la faillite. Jack avait tout placé en actions Globodyne qui ne valent plus un cent. Seuls les murs de leur maison sont encore là mais une lettre annonce que la banque s’apprête à les saisir. Jane et Dick tentent de sauver les apparences et puis s’en fichent. Mais bientôt ils en viennent à commettre des délits : les scènes, très burlesques, sont à mourir de rire – on retiendra un défilé de postiches comme ce mémorable Sonny (Carrey) & Cher (Leoni). Produit par la Paramount, ce film ne prend aucune pincette avec les crimes en principe invisibles commis par la haute finance, le consumérisme outrancier et l’absence de morale inhérente à l’argent : si on est bien en Californie du Sud, ça ressemble à de par chez nous. Étonnement, ça fonctionne. Même si on termine avec un « overall donation funds grand tour », la dernière image nous montre une famille heureuse roulant dans sa vieille Panda sur Sunset croisant un ex-employé Globodyne au volant d’une Bentley. Il a retrouvé un job : chez Enron. Au générique de fin, sont remerciés les défuntes Arthur Andersen, Enron, Adelphia, HealthSouth, WorldCom et tous leurs ex-dirigeants. On se demande bien ce que deviennent leurs ex-centaines de milliers d’employé(e). A la rentrée, sortira sur nos écrans La Question humaine (Nicolas Klotz, d'après le bouleversant récit de 
A un moment de la journée, il fait chaud, orageux disons, tout le monde a soif et tout le monde s’ennuie ferme. Le chaland est rare. Les livres exposés fondent un peu.
On dirait une journée ordinaire qui commence mais il n’en est rien. La petite douleur fait son chemin. D’abord dans la racine, puis entre la joue et la mâchoire gauche et enfin dans l’oreille interne, le long du temporal et au dessus des cervicales. Elle diffuse. Impossible de se concentrer. Que manger, que boire, que faire ? Si je bois du thé vert, la chaleur est toujours trop grande et la petite cavité couine, élance et semble vouloir se contorsionner. Si j’avale une cuillérée de fromage blanc additionnée de miel, les glucides et les peptides s’insignent en croisillons, leurs stridences lamentables transforment ma joue en pièce de Stockhausen. 